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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2200585

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2200585

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2200585
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantPOISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Alpha Corporation, représentée par Me Poisson, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts mises à sa charge au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la déduction à titre de charges des tickets de restaurant Edenred est appuyée de justificatifs ;

- le redressement résultant de l'intégration au bénéfice imposable de 50 % du bénéfice de la SCI Alpha Immo, dont elle est associée, n'est pas motivé ;

- le service ne pouvait pas réintégrer dans les résultats de cette société de l'année 2016 la somme de 85 000 euros que lui a versée la société Solfi, cette somme ne correspondant pas à un revenu foncier mais à une avance de trésorerie qui a été remboursée en 2017 ;

- le caractère tardif du dépôt des déclarations d'impôt sur les sociétés n'étant pas établi, l'application de la majoration prévue par le b de l'article 1728-1 du code général des impôts n'est pas fondée ;

- les redressements n'étant pas fondés, elle demande la décharge des majorations appliquées et de l'amende.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, présidente ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Alpha Corporation, qui détient 50 % des parts sociales de la société civile immobilière (SCI) Alpha Promotion, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a porté sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et qui a donné lieu à des redressements qui lui ont notifiés dans le cadre de la procédure contradictoire en ce qui concerne l'année 2015 et dans le cadre de la procédure de taxation d'office en ce qui concerne l'année 2016. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts mises à sa charge au titre de ces deux années.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la détermination du bénéfice imposable de la SCI Alpha Immo :

S'agissant de la motivation de la proposition de rectification :

Quant à l'année 2015 :

2. Il résulte des dispositions combinées des articles 8 et 60 du code général des impôts et des articles L. 53, L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales que, s'agissant de la procédure d'imposition des associés d'une société de personnes ayant fait l'objet d'un redressement, l'administration ne peut légalement mettre des suppléments d'imposition à la charge personnelle des associés sans leur avoir notifié, dans les conditions prévues à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, les corrections apportées aux déclarations qu'ils ont eux-mêmes souscrites, en motivant cette notification au moins par une référence aux rehaussements apportés aux bénéfices sociaux et par l'indication de la quote-part de ces bénéfices à raison de laquelle les intéressés seront imposé.

3. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la procédure contradictoire de redressement mise en œuvre pour l'année 2015, le service vérificateur a notifié à l'EURL Alpha Corporation une proposition de redressement qui précise qu'elle détient 50 % des parts sociales de la SCI Alpha Immo et qu'à ce titre le bénéfice imposable de celle-ci est intégré dans ses bases d'imposition à hauteur de 767 euros. Il résulte également de la motivation de ce chef de redressement qu'il n'est pas fondé sur un rehaussement des bénéfices de la SCI mais sur l'absence de déclaration par la société requérante de sa part dans les bénéfices de cette société. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé.

Quant à l'année 2016 :

4. Aux termes de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () " . Pour les rehaussements notifiés selon la procédure de taxation d'office prévue à l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, la proposition de rectification doit comporter, pour être régulière, des indications suffisantes sur la nature, les motifs et le montant des redressements envisagés par le vérificateur.

5. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre de la procédure de taxation d'office mise en œuvre pour l'année 2016, le service vérificateur a notifié à l'EURL Alpha Corporation une proposition de redressement qui précise qu'elle détient 50 % des parts sociales de la SCI Alpha Immo et qu'à ce titre le bénéfice imposable de celle-ci est intégré dans ses bases d'imposition à hauteur de 75 713 euros. Il résulte également de la motivation de ce chef de redressement qu'il n'est pas fondé sur un rehaussement des bénéfices de la SCI mais sur l'absence de déclaration par la société requérante de sa part dans les bénéfices de cette société. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé.

S'agissant du bien-fondé du redressement :

6. Si la société requérante fait valoir que la rectification du bénéfice imposable de la SCI Alpha Immo, dont elle détient 50 % des parts, résulte pour l'essentiel de la réintégration dans la base d'imposition de cette société d'une somme de 85 000 euros, qui ne constitue pas un revenu foncier imposable mais correspond à une avance de trésorerie consentie par un tiers, l'administration fiscale soutient sans être contredite qu'aucun redressement de ce montant n'a été notifié à la SCI Alpha Immo et l'existence d'un tel redressement ne résulte pas de l'instruction. Par suite, le moyen tiré du caractère injustifié de la réintégration dans les bases d'imposition de l'EURL Alpha Corporation au titre de l'année 2016, à concurrence de sa part dans la SCI Alpha Immo, de la somme de 85 000 euros doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne les charges déductibles :

7. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

8. Au titre de l'année 2015, le service vérificateur a refusé la déduction à titre de charges de la somme de 5 606,28 euros comptabilisée sous le libellé " Endered France " et, au titre de l'année 2016, celle de la somme de 5 709,60 euros comptabilisée sous le libellé " Missions " aux motifs que la société n'a pas présenté de factures ni justifier de ces charges. L'administration a précisé dans la décision d'admission partielle de la réclamation du 10 novembre 2021 que ces sommes correspondent, selon la société, à des tickets de restaurant pour lesquels les justificatifs produits ne sont pas suffisants ou probants. En se bornant à soutenir que ces charges sont appuyées de justificatifs, sans plus de précisions et sans produire de pièces justificatives se rapportant à ce chef de redressement, la société requérante n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la majoration pour retard de déclaration :

9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () b. 40 % lorsque la déclaration ou l'acte n'a pas été déposé dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai () ".

10. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 24 juillet 2018, que la majoration prévue par le b de l'article 1728-1 du code général des impôts a été appliquée à la seule cotisation supplémentaire à l'impôt sur les sociétés due au titre de l'année 2016. L'administration fiscale établit, en produisant la mise en demeure du 12 juin 2017 distribuée le 14 juin suivant que la société requérante a été mise en demeure de déposer sa déclaration relative à l'impôt sur les sociétés de l'année 2016 dans un délai de trente jours et il résulte de l'instruction que cette déclaration n'a pas été déposée. Par suite le moyen tiré de l'absence de manquement aux obligations déclaratives ayant entraîné l'application de la majoration doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne l'amende :

11. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Aux termes de l'article 117 du même code : " Au cas où la masse des revenus distribués excède le montant total des distributions tel qu'il résulte des déclarations de la personne morale visées à l'article 116, celle-ci est invitée à fournir à l'administration, dans un délai de trente jours, toutes indications complémentaires sur les bénéficiaires de l'excédent de distribution. / En cas de refus ou à défaut de réponse dans ce délai, les sommes correspondantes donnent lieu à l'application de la pénalité prévue à l'article 1759 ". Aux termes de l'article 1759 du même code : " Les sociétés et les autres personnes morales passibles de l'impôt sur les sociétés qui versent ou distribuent, directement ou par l'intermédiaire de tiers, des revenus à des personnes dont, contrairement aux dispositions des articles 117 et 240, elles ne révèlent pas l'identité, sont soumises à une amende égale à 100 % des sommes versées ou distribuées. Lorsque l'entreprise a spontanément fait figurer dans sa déclaration de résultat le montant des sommes en cause, le taux de l'amende est ramené à 75 % ".

12. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 24 juillet 2018 que l'application de l'amende prévue par l'article 1759 du code général des impôts résulte de l'absence de réponse à la demande d'informations relatives aux bénéficiaires de revenus distribués dont l'existence est caractérisée en 2015 par la déduction à titre de charges de la somme de 5 606,28 euros correspondant à des tickets restaurant " Endered France " et en 2016 par celle de la somme de 5 709,60 euros correspondant à des frais de mission. Le présent jugement ne prononçant pas la décharge de suppléments d'imposition fondés sur la réintégration de ces sommes dans les bases d'imposition, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de l'amende par voie de conséquence de la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de l'EURL Alpha Corporation doit être rejetée dans toutes ses conclusions y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EURL Alpha Corporation est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Alpha Corporation et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La présidente-rapporteure,

S. AUBERT

L'assesseur le plus ancien

S. JULINET

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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