vendredi 1 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2201793 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET STEPHENSON HARWOOD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 24 janvier et 28 avril 2022, M. B A, représenté par Me Goutner, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2021 par laquelle le directeur de l'école nationale supérieure de chimie de Paris (ENSCP) a mis fin à son contrat au terme de la période d'essai ;
2°) d'enjoindre à l'ENSCP de le réintégrer à compter du 30 novembre 2021, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'ENSCP la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, en l'absence d'entretien préalable au licenciement au terme de la période d'essai ;
- elle est dépourvue de fondement, en l'absence d'éléments permettant de douter de ses compétences ; plusieurs des faits sur lesquels elle est fondée ne sont pas établis ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les faits établis qui lui sont reprochés ne justifient pas une mesure de licenciement à l'issue de la période d'essai.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mars et 19 mai 2022, l'ENSCP, représentée par Me Préteseille-Taillardat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, une mesure de réintégration mettrait en péril l'équilibre financier de l'école et n'est dès lors pas envisageable.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;
- et les observations de Me Goutner, représentant M. A, et de Me Galinière, représentant l'ENSCP.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A a été recruté par l'école nationale supérieure de chimie de Paris (ENSCP) en qualité d'agent contractuel pour assurer les fonctions de directeur de la formation à compter du 1er avril 2021 par un contrat à durée indéterminée comprenant une période d'essai de quatre mois renouvelable une fois. Par une décision du 24 novembre 2021, le directeur de l'ENSCP a mis fin à son contrat au 30 novembre 2021, terme de la période d'essai renouvelée par décision du 22 juillet 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Toutefois, une telle mesure ne saurait être subordonnée à ce que l'insuffisance professionnelle ait été constatée à plusieurs reprises au cours de la carrière de l'agent ni qu'elle ait persisté après qu'il ait été invité à remédier aux insuffisances constatées. Par suite, une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal de ses fonctions est de nature à justifier légalement son licenciement.
3. Il ressort des pièces du dossier que pour mettre fin au contrat de M. A au terme de la période d'essai, l'administration s'est fondée sur son insuffisance professionnelle, plus particulièrement son incapacité à comprendre ses fonctions et attributions, son incapacité à diriger des équipes, à défendre les intérêts de l'ENSCP et à en gérer le budget.
4. Concernant l'incapacité à comprendre ses fonctions et attributions, il ressort de l'arrêté de nomination du 31 mars 2021 que M. A avait pour mission, d'une part, de développer les nouvelles formations de l'école avec l'appui des responsables de formation et du directeur des études, de représenter l'école au comité des " VP Formation " de l'université Paris Sciences et Lettres (PSL), de développer avec ses homologues des autres écoles d'ingénieurs une feuille de route pour l'horizon 2025/2030 et de définir avec les responsables des programmes gradués les moyens à mettre en œuvre pour la réussite de ceux-ci et, de manière particulière, de développer la formation continue à l'école et les projets d'innovation étudiants, associés à la recherche des financements nécessaires et ce, en collaboration avec la direction des relations entreprises et de l'innovation et, d'autre part, en sa qualité d'enseignant-chercheur, d'enseigner dans les formations de l'école. Eu égard à ses différentes missions, la direction ne peut lui reprocher d'avoir affirmé ne pas consacrer l'intégralité de son temps à des missions d'administration. Cependant, il est établi que M. A a été chargé de la rédaction de la délibération sur les frais différenciés, ce qu'il n'a pas su faire de manière satisfaisante et que le conseil d'administration a dû être réuni de nouveau sur ce sujet pour lever les ambiguïtés, de sorte que cette insuffisance a eu un impact sur le bon fonctionnement du service.
5. Concernant l'incapacité à diriger les équipes, il est reproché à M. A d'avoir détourné une subvention " covid " pour rémunérer ses agents, d'avoir proposé un maintien de salaire dans le cadre d'un partage du temps de travail d'une agente avec un autre établissement, d'avoir tenté de trouver une solution de logement pour une autre agente ainsi que de lui avoir délivré une autorisation de télétravail en dehors de toute procédure et d'avoir autorisé un agent à effectuer des missions au sein d'un autre établissement du groupe d'écoles dont fait partie l'ENSCP en dehors de toute convention. Cependant, il n'est pas établi qu'il a ainsi détourné une subvention ou autorisé du télétravail, les pièces du dossier établissant qu'il a seulement fait des propositions à la direction générale ou à la direction des ressources humaines dans l'intérêt de ses agents, sans outrepasser ses fonctions. En tout état de cause, la situation de télétravail d'une agente ainsi que celle de cumul de fonctions d'un agent n'ont été révélées que postérieurement au licenciement de M. A et n'ont ainsi pas pu le fonder.
6. Concernant l'incapacité à défendre les intérêts de l'ENSCP, il ne ressort pas des pièces du dossier, d'une part, que la négociation de la libération de locaux occupés par un autre établissement a été tardive et a porté une atteinte au bon fonctionnement du service ni, d'autre part, que l'ENSCP ne pourrait pas bénéficier des travaux de l'ingénieur pédagogique recruté au sein du projet " Racine ", dont elle fait partie, à la suite de l'obtention d'une subvention. Au demeurant, cette dernière situation a été révélée postérieurement au licenciement de M. A et ne pouvait donc le fonder.
7. Concernant l'incapacité à gérer le budget, s'il ressort des pièces du dossier que M. A a engagé l'ENSCP dans un processus de certification mobilisant des ressources humaines et financières, la défense n'établit pas que l'inutilité de cette certification, à la supposer établie, était connue avant le licenciement de M. A. De plus, il ressort des pièces du dossier que celui-ci a simplement proposé qu'une partie des ressources générées par la formation soit reversée à ses agents, par exemple au moyen d'une prime d'engagement pédagogique et de formation, et qu'il a demandé un budget pour une thématique de traitement des eaux dont l'estimation a varié, sans que ces faits puissent justifier une insuffisance professionnelle. En outre, les faits se rapportant au contrat négocié avec la société BWT n'ont été révélés que postérieurement à la décision attaquée. Enfin, si les heures supplémentaires ont augmenté sous sa direction, il ressort des pièces du dossier que cette augmentation était justifiée par plusieurs congés maternité, une reconversion thématique et la mise en place d'outils à distance durant la crise sanitaire.
8. Il résulte de ce qui précède que certains des faits sur lesquels s'est fondé le directeur de l'ENSCP pour prononcer le licenciement de M. A ne sont pas établis ou n'ont été révélés que postérieurement au licenciement et que les autres ne sont pas susceptibles de caractériser, à eux seuls, une insuffisance professionnelle eu égard aux missions principales ou accessoires qui lui ont été dévolues dans sa fiche de poste en qualité de directeur de la formation avec une charge d'enseignement et alors que le requérant établit par ailleurs avoir atteint les objectifs fixés conjointement avec le directeur de l'école. Dans ces conditions, ces faits ne sont pas de nature à justifier une mesure de licenciement à l'issue de la période d'essai alors même que celle-ci a été renouvelée pour une période de quatre mois et que le requérant faisait régulièrement le point avec le directeur de l'école sur sa manière de servir. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du directeur de l'ENSCP du 24 novembre 2021 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Lorsque le juge administratif annule une décision ayant évincé un agent occupant un emploi unique, l'intéressé bénéficie, en exécution de cette annulation, d'un droit à réintégration dans l'emploi unique dont il a été écarté, au besoin après retrait de l'acte portant nomination de l'agent irrégulièrement désigné pour le remplacer.
11. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que M. A soit réintégré dans ses fonctions de directeur de la formation au sein de l'ENSCP à compter de la date de son licenciement. Par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre à l'ENSCP de procéder à sa réintégration dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ENSCP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que M. A, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'ENSCP la somme demandée sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur de l'ENSCP du 24 novembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'ENSCP de procéder à la réintégration de M. A dans ses fonctions de directeur de la formation à compter du 30 novembre 2021, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Il est mis à la charge de l'ENSCP la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de l'ENSCP tendant à l'application de l'article L. 761-1 de code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'école nationale supérieure de chimie de Paris (ENSCP).
Copie en sera adressée à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
Mme Massiou, première conseillère,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025