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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2202023

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2202023

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2202023
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantCABINET LOIRE, HENOCHSBERG (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2022, le 26 juillet 2022 et le 4 novembre 2022, M. D, représenté par Me Loiré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points de son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour défaut de points, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 23 novembre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points sur son permis de conduire à la suite des infractions des 16 février 2020, 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réaffecter un capital de dix points à son permis de conduire et de lui restituer son permis de conduire, dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- la décision " 48 SI " est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision 48 SI n'est pas suffisamment motivée ;

- la réalité des infractions des 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 n'est pas établie, il y a erreur de fait ;

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions des 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, il y a erreur de droit ;

- il aurait dû voir son capital recrédité d'un point retiré à la suite de l'infraction commise le 16 février 2020, en vertu de la décision en date du 14 avril 2021 de restitution d'un point par le ministre de l'intérieur ;

- il n'est pas l'auteur des infractions relevées les 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'une attribution de quatre points à la suite du stage de sensibilisation qu'il a effectué.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître du moyen tiré de l'imputabilité d'une infraction à un usager de la route ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme A a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a commis diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait des 12 points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 2 septembre 2021, le ministre de l'intérieur a notifié à M. D le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. D demande l'annulation de de cette décision, des retraits de points relatifs aux infractions des 16 février 2020, 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 23 novembre 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant édité le 13 septembre 2022 et produit par le ministre de l'intérieur, que le point retiré du capital de points affectés au permis de conduire de M. D à la suite de l'infraction du 16 février 2020, a été réattribué le 14 avril 2021, soit antérieurement à l'introduction de la requête de M. D, enregistrée le 27 janvier 2022. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision relative à ce retrait, dépourvues d'objet, sont en conséquence irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le stage de conduite effectué et non pris en compte :

3. Aux termes de l'article L. 223-6 du code de la route : " () / Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière () ".

4. Il résulte de l'instruction et il ressort des termes du relevé d'information intégral relatif à la situation du requérant, produit par le ministre que M. D s'est vu restituer quatre points le 27 juillet 2021 à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a effectué.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

S'agissant du moyen tiré du défaut de l'incompétence de l'auteur de l'acte :

5. Mme C chef de service du fichier national des permis de conduire, a reçu délégation de signature par une décision du 28 janvier 2020 et publiée le 31 janvier 2020 au Journal officiel. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision 48 SI en date du 2 septembre 2021 doit être écarté.

S'agissant du défaut de motivation de la décision 48 SI :

6. La décision du ministre de l'intérieur du 2 septembre 2021, qui récapitule les retraits de points successifs, énonce la date, l'heure et le lieu de chaque infraction commise et les articles du code de la route sur lesquels elle se fonde. Ainsi, elle est suffisamment motivée en fait comme en droit. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du code des relations entre le public et l'administration relatives à la motivation des actes administratifs est donc infondé et doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

7. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

Quant aux infractions des 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 :

8. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire, mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, lorsque le contrevenant, après avoir reçu le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne forme pas de réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ou s'acquitte spontanément de cette amende forfaitaire majorée, sans élever d'objection, il doit être regardé comme renonçant à contester la majoration de l'amende forfaitaire dont il devait s'acquitter dans le délai en reconnaissant que le délai dont il disposait, en vertu du formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus qui lui a alors nécessairement été remis, pour s'acquitter de cette amende forfaitaire, était expiré. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique au modèle et dont il est établi, notamment dans les conditions décrites ci-dessus, qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation à son encontre, a nécessairement reçu le formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

9. Les infractions des 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 ont été constatées par radar automatique. Si le ministre produit un modèle de contravention vierge qui comporte les informations prescrites par le code de la route, et un pli postal dont le lien avec l'infraction commise le 9 septembre 2020 n'est pas établi, il n'apporte pas la preuve, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, que le requérant a reçu des avis de contravention identiques. Par suite, les décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont entachées d'irrégularité et doivent dès lors, être annulées.

10. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. D fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. D n'est pas nul du fait de l'annulation de ces décisions de retrait de points. Ainsi la décision ministérielle en date du 2 septembre 2021, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 23 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

12. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. D les points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu au prononcé d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, prévue dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de points du capital de points affecté au permis de conduire de M. D, à la suite des infractions commises les 9 septembre 2020, 29 septembre 2020 et 7 novembre 2020 sont annulées.

Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur du 2 septembre 2021, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. D a perdu sa validité, est annulée, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux en date du 23 novembre 2021.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite du capital de points affecté à son permis de conduire et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision attaquée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

Fait à A, le 8 janvier 2024.

La magistrate désignée,

A. A La greffière,

I .GARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous les huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2202023

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