vendredi 10 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202121 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET JASPER AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 janvier 2022 et le 28 mars 2024, Mme F G, M. A H, Mme L H, M. B I, Mme N K et Mme M E, représentés par Me Buchinger, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser, en qualité d'ayants droit de Béatrice H, la somme de 66 578 euros en réparation des préjudices que celle-ci a subis et à verser à Mme G la somme de 518 853 euros, à M. H la somme de 9 000 euros, à Mme H la somme de 9 000 euros, à M. I la somme de 12 000 euros, à Mme K la somme de 7 000 euros et à Mme E la somme de 30 000 euros au titre de leurs préjudices propres respectifs, toutes sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021, avec capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 7 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité au titre de l'absence de diagnostic du pneumothorax de la victime ;
- ils sont fondés à obtenir, en qualité d'ayants droit de la victime, les sommes de 9 500 euros au titre de ses pertes de gains professionnels actuels, de 3 078 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 44 000 euros au titre des souffrances endurées et de 10 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- Mme G est fondée à obtenir les sommes de 4 253 euros au titre des frais d'obsèques qu'elle a supportés, de 459 600 euros au titre des pertes de revenus, de 30 000 euros au titre du préjudice d'accompagnement et de 25 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- Mme E, Mme H, M. I, M. H et Mme K sont fondés à obtenir les sommes respectives de 30 000 euros, de 9 000 euros, de 12 000 euros, de 9 000 euros et de 7 000 euros au titre de leur préjudice d'affection.
Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Lefebvre, demande au tribunal :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 170 905,88 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par Béatrice H, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2022 ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'elle est fondée à demander le remboursement par l'AP-HP de la somme de 170 905,88 euros qu'elle a exposée au titre des dépenses de santé actuelles de la victime.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 9 novembre 2022 et le 29 janvier 2024, l'AP-HP conclut à ce que l'indemnisation versée aux requérants soit ramenée à de plus juste proportions.
Elle fait valoir que :
- elle accepte le principe de sa responsabilité à hauteur d'une perte de chance de 66 % ;
- la réalité d'une partie des préjudices n'est pas établie et l'indemnité accordée au titre du surplus doit être ramenée à de plus justes proportions que ce que demandent les requérants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Saumon, conclut à ce que l'indemnisation versée aux requérants soit ramenée à de plus juste proportions.
Il fait valoir que :
- il ne s'oppose pas à la mise en œuvre de la solidarité nationale à hauteur seulement d'une perte de chance de 34 % ;
- la réalité des préjudices de perte de gains professionnels actuels, de préjudice esthétique temporaire, de préjudice de perte de chance de survie de la victime directe ne sont pas établis, pas plus que le préjudice de perte de revenus de Mme G ou le préjudice d'affection de M. I et de Mme K ; il s'en remet au tribunal s'agissant de l'évaluation du déficit fonctionnel temporaire ; les indemnités accordées seront ramenées à de plus justes proportions en les limitant à 8 005 euros s'agissant des souffrances endurées de la victime directe, 1 446,02 euros s'agissant des frais d'obsèques supportés par Mme F, 606 euros et 6 800 euros s'agissant de ses préjudices d'accompagnement et d'affection et enfin 2 210 euros s'agissant du préjudice d'affection de Mme E, Mme H et M. H.
Le tribunal a informé les parties, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de ce que le dommage subi par Béatrice H peut être réparé par la mise en œuvre de la solidarité nationale, soit en totalité, soit, si l'établissement de santé a commis une faute de nature à faire perdre à la victime une chance d'éviter la survenue du dommage, à hauteur de la fraction du dommage qui ne serait pas réparée par l'établissement de santé.
Par un mémoire, enregistré le 19 décembre 2023, la CPAM de Paris a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.
Des pièces produites par la rectrice de l'académie de Créteil ont été enregistrées le 22 mars 2024.
La clôture de l'instruction est intervenue le 12 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code général de la fonction publique ;
- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
- les observations de Me Buchinger, représentant Mme G et autres.
Considérant ce qui suit :
1. Béatrice H a été admise à l'hôpital Lariboisière, établissement relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), le 5 juillet 2016 pour la réalisation d'une intervention d'exérèse d'un polype situé entre deux de ses cordes vocales et à l'origine de troubles de la voix. Durant l'intervention, elle a subi un arrêt cardiaque à l'origine d'une anoxie cérébrale et est décédée à l'hôpital le 14 novembre 2016 des suites de cette anoxie. Mme G, Mme E, Mme H, M. H, M. I et Mme K, agissant en qualité d'ayants droit de la victime et en leur nom propre, ont saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance du 27 juillet 2020 a confié la réalisation d'une expertise au professeur D, anesthésiste-réanimateur, et au docteur C, otorhinolaryngologue. Ces derniers ont remis leur rapport le 6 mars 2021. Les intéressés ont alors adressé une demande indemnitaire à l'AP-HP le 11 novembre 2021, à laquelle celle-ci n'a pas répondu explicitement. Mme G et autres demandent la condamnation de l'AP-HP à leur verser la somme de 66 578 euros en qualité d'ayants droit de la victime, à verser à Mme G, sa fille, la somme de 518 853 euros, à verser à Mme H et M. H, ses sœur et frère, la somme de 9 000 euros, à verser à M. I, son frère, la somme de 12 000 euros, à verser à Mme E, sa mère, la somme de 30 000 euros et à verser à Mme K, sa nièce, la somme de 7 000 euros. La caisse primaire d'assurances maladie (CPAM) de Paris demande pour sa part la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 170 905,88 euros, en réparation des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par la victime.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
2. En vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le recours à un procédé d'oxygénation par jet ventilation au cours de l'intervention du 5 juillet 2016 a provoqué chez la patiente un pneumothorax compressif ayant conduit à un arrêt cardiaque, qui est la cause de l'anoxie cérébrale constitutive du dommage. Si le choix de ce procédé d'oxygénation était conforme aux règles de l'art, eu égard à la nature de l'intervention, consistant en une exérèse de polype situé entre deux cordes vocales de la victime, et s'il implique de manière générale un risque de réalisation de pneumothorax, les experts indiquent que l'équipe médicale aurait dû, au vu des signes cliniques dont elle a disposé au fur et à mesure de la dégradation de l'état cardio-respiratoire de la patiente, poser le diagnostic de pneumothorax dès 12 heures 30, et non après 12 heures 50 comme elle l'a finalement fait, et entamer le drainage aussitôt le diagnostic posé sur la base de ces seuls signes, sans procéder préalablement comme ils l'ont fait à un examen radiographique de confirmation. Ils exposent à cet égard que, dans l'hypothèse où il s'agissait bien d'un pneumothorax, comme cela s'est révélé être le cas, les risques pour la patiente étaient importants et que le drainage était la seule manière d'interrompre une dégradation de son état de santé. Du fait de ce retard de diagnostic et de prise en charge, l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité qui a fait perdre à la victime une chance d'éviter la survenue du dommage. Il y a lieu de retenir, comme le proposent les experts, un taux de perte de chance de 66 %, eu égard notamment à la durée importante de l'insuffisance circulatoire anoxique qui a résulté de la commission de ces fautes. Par suite, Mme G et autres sont fondés à obtenir l'indemnisation par l'AP-HP de l'ensemble des préjudices résultant de l'intervention du 5 juillet 2016 à hauteur d'une fraction de 66 %.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :
4. Il résulte du premier alinéa de l'article L. 1142-21 du code de la santé publique qu'il appartient au juge, s'il estime que le dommage invoqué remplit les conditions pour être indemnisé en tout ou partie sur le fondement de la solidarité nationale, de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) la réparation qui lui incombe, même en l'absence de conclusions dirigées contre lui, sans préjudice de l'éventuelle condamnation de la personne initialement poursuivie à réparer la part du dommage dont elle serait responsable.
5. Lorsque, dans le cas d'un accident médical non fautif dont les conséquences dommageables remplissent les conditions prévues par le II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, une faute commise par un établissement de santé a, sans être la cause directe de l'accident, fait néanmoins perdre à la victime une chance d'y échapper ou de se soustraire à ses conséquences, cette dernière a droit à la réparation intégrale de son dommage au titre de la solidarité nationale, mais l'indemnité due par l'ONIAM doit être réduite du montant de l'indemnité mise à la charge de l'établissement responsable de la perte de chance, laquelle est égale à une fraction des dommages, fixée à raison de l'ampleur de la chance perdue.
6. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité () d'un établissement () mentionné au I () n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité () " La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement.
7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, d'une part, que l'anoxie cérébrale qui s'est déclarée chez la victime au cours de l'intervention du 5 juillet 2016 a été la cause directe et exclusive de son décès, le 14 novembre 2016 et, d'autre part, qu'en l'absence d'intervention chirurgicale, la patiente aurait seulement continué à souffrir de troubles de la voix, sans que son pronostic vital ne soit engagé. Dès lors, l'accident médical survenu le 5 juillet 2016, qui est directement imputable à un acte de soins, a présenté pour la patiente des conséquences anormales et un caractère de gravité. Il suit de là que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique sont remplies.
8. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à obtenir l'indemnisation intégrale du dommage tenant aux conséquences de l'intervention du 5 juillet 2016, tant en leur qualité d'ayants droit qu'au titre de leur préjudice propre, puisque la victime est décédée du fait de cette intervention, en répartissant la charge de cette indemnisation entre l'AP-HP, à hauteur de la perte de chance d'éviter la survenue de son dommage, c'est-à-dire 66 %, et, pour le surplus, l'ONIAM, au titre de la mise en œuvre de la solidarité nationale, pour 34 %.
Sur l'évaluation des préjudices :
9. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de la victime, née le 14 mars 1972, n'a pas été consolidé avant son décès, le 14 novembre 2016, à l'âge de quarante-quatre ans.
En ce qui concerne la victime principale :
S'agissant des dépenses de santé :
10. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la CPAM de Paris a exposé des dépenses de santé pour le compte de la victime en lien avec les suites de l'intervention du 5 juillet 2016, à hauteur de 170 905,88 euros, correspondant à des frais hospitaliers exposés entre cette date et celle du décès de la victime, le 14 novembre 2016. Par suite, la CPAM de Paris est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une fraction de 66 % des sommes qu'elle a exposées, soit 112 797,88 euros.
S'agissant des pertes de gains professionnels actuels :
11. Il résulte de l'instruction que la victime, professeure des écoles, a bénéficié de la part du rectorat de Créteil d'un maintien de son traitement de la date de survenue du dommage à celle de son décès. Les requérants ne justifient dès lors pas de la réalité du préjudice allégué.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
12. Il résulte de l'instruction que la victime est demeurée hospitalisée de manière continue à la suite de l'intervention du 5 juillet 2016 et jusqu'à son décès, le 14 novembre 2016. Elle a dès lors subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant cette période, déduction faite de quelques jours correspondant à l'hospitalisation pour observation dont elle aurait dû faire l'objet en cas de succès de l'intervention. En retenant une indemnité journalière de 20 euros par jour pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice, au regard de la période et du taux retenus, en accordant aux requérants une somme de 2 650 euros, qu'il convient de mettre à la charge de l'AP-HP à hauteur de 1 750 euros, correspondant à une fraction de 66 % du préjudice, et de l'ONIAM pour le reliquat de 910 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
13. Il résulte du rapport d'expertise que les souffrances endurées par la victime, qui a été réanimée en état pauci-relationnel et a conservé une limitation significative de la motricité et des capacités de communication jusqu'à son décès, intervenu plus de cinq mois plus tard, peuvent être évaluées à 6 sur une échelle allant de 1 à 7. Il y a en conséquence lieu d'allouer à ses ayants droit, pour ce poste de préjudice, la somme de 35 000 euros, répartie entre l'AP-HP pour 23 100 euros, soit 66 % de cette somme, et l'ONIAM pour 11 900 euros, soit 34 %.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
14. Il résulte de l'instruction que la victime a connu des troubles significatifs de la motricité suite à l'intervention du 5 juillet 2016 et a dû notamment faire l'objet d'une trachéotomie. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir qu'elle a subi un préjudice esthétique temporaire, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à 12 500 euros, qui seront répartis entre l'AP-HP pour une fraction de 8 250 euros et l'ONIAM pour 4 250 euros.
En ce qui concerne les victimes secondaires :
S'agissant des frais d'obsèques :
15. Il résulte de l'instruction que Mme G s'est acquittée de frais d'obsèques suite au décès de sa mère à hauteur d'un montant de 4 253 euros. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à lui en rembourser une fraction de 2 806,98 euros et l'ONIAM une de 1 446,02 euros.
S'agissant du préjudice économique du foyer :
16. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme G, qui était âgée de dix-neuf ans à la date du décès de sa mère, résidait jusqu'alors auprès de cette dernière qui l'élevait seule. Elle a dès lors subi un préjudice tenant à la perte de la fraction des revenus de la victime qui aurait été consacrée à son entretien jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, âge auquel il peut être estimé qu'elle aurait cessé d'être à la charge de cette dernière. Elle est dès lors fondée à obtenir une indemnisation à ce titre calculée sur la base du produit entre, d'une part, le dernier traitement net de l'intéressée, à savoir 1 900 euros, déduction faite de la part d'autoconsommation de 35 % qui aurait été celle de la victime, et, d'autre part, de l'euro de rente variable applicable à une femme de 19 ans pour une durée courant jusqu'à ses 25 ans tel qu'il résulte du barème de capitalisation annexé à la Gazette du Palais, soit 6,212. Il convient ensuite de retrancher au résultat les revenus de remplacement perçus par Mme G du fait du décès de cette dernière, à savoir un capital de 14 444,39 euros versé par le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Le préjudice propre de Mme G s'établit donc à 77 617,45 euros, somme qui sera répartie entre l'AP-HP pour 51 227,52 euros, soit une fraction de 66 %, et l'ONIAM pour 26 389,93 euros, pour les 34 % restants.
S'agissant du préjudice d'accompagnement :
17. Il résulte de l'instruction que Mme G, qui résidait jusqu'à la date de survenue du dommage, auprès de sa mère, a subi des changements dans ses conditions d'existence du fait de l'hospitalisation de celle-ci, dans un premier temps dans un état pauci-relationnel puis avec des troubles de la motricité et des difficultés de communication importantes pendant plus de cinq mois. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à 350 euros par mois soit à un total de 1 750 euros, réparti entre l'AP-HP pour 1 155 euros et l'ONIAM pour 595 euros.
S'agissant du préjudice d'affection :
18. Mme G, fille unique de la victime, MM. H et I, ses frères, Mme H, sa sœur, Mme E, sa mère, et Mme K, sa nièce, ont subi un préjudice d'affection qui leur est propre dans la mesure où ils ont assisté à la situation de grande souffrance, physique et psychique, de Béatrice H en lien avec les suites de l'intervention du 5 juillet 2016. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à 20 000 euros pour Mme G, soit 13 200 euros à la charge de l'AP-HP et 6 800 euros à celle de l'ONIAM, à 5 000 euros pour chacun des frères et sœurs de la victime et pour sa mère, somme répartie entre l'AP-HP pour 3 300 euros et l'ONIAM pour 1 700 euros, et enfin à 1 000 euros pour sa nièce, à savoir 660 euros pour l'AP-HP et 340 euros pour l'ONIAM.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander la condamnation de l'AP-HP à leur verser la somme de 33 099 euros en leur qualité d'ayants droit de Béatrice H, à verser 68 389,50 euros à Mme G, à verser 3 300 euros chacun à Mme H, M. H, M. I et Mme E et à verser 660 euros à Mme K. Ils ont en outre droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale qu'il convient de mettre d'office à la charge de l'ONIAM, à hauteur de 17 051 euros en leur qualité d'ayants droit de la victime principale, de 35 230,95 euros pour Mme G, de 1 700 euros chacun pour Mme H, M. H, M. I et Mme E et de 340 euros pour Mme K. La CPAM de Paris est enfin fondée à demander pour sa part la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 112 797,88 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par la victime.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
20. D'une part, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. En l'espèce, si Mme G et autres ont demandé que les intérêts au taux légal soient appliqués à l'indemnisation due par l'AP-HP, ils n'ont pas présenté cette demande s'agissant des sommes dues par l'ONIAM. Par suite, il y a lieu d'assortir, comme ils le demandent, les condamnations de l'AP-HP prononcées au point 19 des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021 pour Mme G et autres, ce qui correspond à la date de réception par l'AP-HP de leur demande indemnitaire, et à compter du 8 mars 2022 pour la CPAM de Paris, date à laquelle elle a présenté ses conclusions indemnitaires dans la présente instance.
21. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Dans ce cas, cette demande ne prend, toutefois, effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Ainsi, Mme G et autres ont droit à la capitalisation des intérêts à compter du 10 novembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés à l'instance :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
22. Aux termes du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
23. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM de Paris la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.
En ce qui concerne les dépens :
24. Par ordonnance du 14 mai 2021, le vice-président du tribunal a alloué au professeur D et au docteur C, la somme de 5 760 euros, qui a été mise à la charge provisoire de Mme G et autres. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive de l'AP-HP.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM une somme de 1 000 euros chacun à verser conjointement à Mme G et autres au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à la charge de l'AP-HP le versement à la CPAM de Paris d'une somme au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme G et autres, en leur qualité d'ayants droit de Béatrice H, la somme de 33 099 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 10 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et affection iatrogène est condamné à verser à Mme G et autres, en leur qualité d'ayants droit de Béatrice H, la somme de 17 051 euros.
Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 112 797,88 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 mars 2022.
Article 4 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme G la somme de 68 389,50 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 10 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 5 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et affection iatrogène est condamné à verser à Mme G la somme de 35 230,95 euros.
Article 6 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme H, à M. H, à M. I et à Mme E la somme de 3 300 euros chacun, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 10 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 7 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et affection iatrogène est condamné à verser à Mme H, à M. H, à M. I et à Mme E la somme de 1 700 euros chacun.
Article 8 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme K la somme de 660 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2021. Les intérêts échus à la date du 10 novembre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 9 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et affection iatrogène est condamné à verser à Mme K la somme de 340 euros.
Article 10 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros.
Article 11 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera conjointement à Mme G et autres une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 12 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et affection iatrogène versera conjointement à Mme G et autres une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 13 : Les dépens, d'un montant de 5 760 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Article 14 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 15 : Le présent jugement sera notifié à Mme F G, première dénommée pour l'ensemble des requérants, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au rectorat de l'académie de Créteil.
Délibéré après l'audience du 26 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2024.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral ordonnant l'éloignement et l'interdiction de retour d'un ressortissant algérien titulaire d'un titre de séjour portugais valide. La juridiction a retenu que le préfet avait commis une erreur de fait et d'appréciation en considérant que l'intéressé séjournait irrégulièrement en France et menaçait l'ordre public. Elle a également enjoint l'administration de procéder à l'effacement du signalement Schengen dans un délai d'un mois.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour à une ressortissante malienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a annulé la décision du préfet de police, considérant que le refus de titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) constituait une erreur manifeste d'appréciation au regard de la durée et des conditions d'intégration de l'intéressée en France. Le tribunal a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois.
20/03/2026