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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2202412

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2202412

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2202412
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET CAMILLE MIALOT AVOCAT (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er février et 26 décembre 2022 et les 25 janvier et 29 juin 2023 sous le n° 2202412, le syndic représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, M. C A et M. et Mme D et F B, représentés par Me Mialot et Poulard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2021, modifié le 29 septembre 2021, par lequel la maire de Paris a accordé à la société ICF Habitat Novedis un permis de construire un bâtiment à R+11 sur un niveau de sous-sol à destination de commerce et d'habitation, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- le permis de construire est illégal dès lors que l'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, qui prévoit des modes de fixation du gabarit-enveloppe spécifiques dans la zone en cause, est lui-même illégal en ce qu'il n'est pas justifié de son caractère dérogatoire et que ses dispositions ne sont pas cohérentes avec l'objectif du projet d'aménagement et de développement durables de Paris relatif à la mise en valeur du paysage architectural et urbain ; cette illégalité conduit à rendre applicables les dispositions générales de l'article UG.10.2 ;

- il méconnaît l'article UG.11.1.3 de ce règlement dès lors qu'il s'inscrit en rupture avec la volumétrie des constructions avoisinantes et, notamment, de la halle Freyssinet ainsi que de l'immeuble situé au 49 rue Vincent Auriol, qui présente un intérêt patrimonial ;

- le lot T10B, objet du présent recours et le lot T10A, dont le permis est contesté par la requête enregistrée sous le n° 2202413, auraient dû faire l'objet d'un permis de construire unique dès lors notamment qu'ils partagent des locaux techniques, dont le caractère commun conditionne le respect du plan de prévention des risques naturels d'inondation, qu'ils ont fait l'objet de la même décision de dispense de réalisation d'étude d'impact, prise sur le fondement d'un dossier unique et que seul l'aménagement d'une tourbière sur le lot T10B permet la conformité du lot T10A au zonage pluvial ;

- le permis de construire méconnaît l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dès lors qu'il aurait dû être soumis à l'autorité environnementale afin qu'elle se prononce sur la nécessité de réaliser une étude d'impact et que la dispense de réalisation d'une étude d'impact a été accordée pour un projet dont les mesures et caractéristiques étaient différentes ;

- il méconnaît l'article UG.12.3 du règlement du plan local d'urbanisme et l'arrêté du 13 juillet 2016 dès lors qu'il ne prévoit que 144 m² pour le stationnement des vélos et ne tient ainsi pas compte de la nécessité de prévoir des places de vélo pour l'effectif salarié des locaux commerciaux ;

- il méconnaît l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme dès lors qu'aucune place de stationnement automobile n'est prévue.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 octobre 2022 et 17 avril 2023, la société ICF Habitat Novedis, représentée par Me Durand, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait usage des dispositions des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'arrêté du 13 juillet 2016 est inopérant et non-fondé ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme est inopérant et non-fondé ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er février et 26 décembre 2022 et le 29 juin 2023 sous le n° 2202413, le syndic représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, M. C A et M. et Mme D et F B, représentés par Me Mialot et Poulard, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2021, modifié le 5 juillet 2021, par lequel la maire de Paris a accordé à Paris Habitat un permis de construire deux bâtiments à R+13 et R+11 à destination de commerce et d'habitation, de locaux destinés à la SNCF, d'un ascenseur public et d'une résidence étudiante, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel la maire de Paris a accordé un permis de construire modificatif pour ce projet ;

3°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- le permis de construire est illégal dès lors que l'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, qui prévoit des modes de fixation du gabarit-enveloppe spécifiques dans la zone en cause, est lui-même illégal en ce qu'il n'est pas justifié de son caractère dérogatoire et que ses dispositions ne sont pas cohérentes avec l'objectif du projet d'aménagement et de développement durables de Paris relatif à la mise en valeur du paysage architectural et urbain, cette illégalité conduit à rendre applicables les dispositions générales de l'article UG.10.2 ;

- le permis de construire méconnaît la règle de hauteur plafond prévue par l'article UG.10.1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors, d'une part, qu'il fait une application erronée des cotes de nivellement de terrain et, d'autre part, que la lisse, dont il toit être tenu compte nonobstant son caractère rabattable, dépasse cette hauteur ;

- il méconnaît l'article UG.11.1.3 de ce règlement dès lors qu'il s'inscrit en rupture avec la volumétrie des constructions avoisinantes et, notamment, de la halle Freyssinet ainsi que de l'immeuble situé au 49 rue Vincent Auriol, qui présente un intérêt patrimonial ;

- le lot T10A, objet du présent recours et le lot T10B, dont le permis est contesté par la requête enregistrée sous le n° 2202412, auraient dû faire l'objet d'un permis de construire unique dès lors notamment qu'ils partagent des locaux techniques, dont le caractère commun conditionne le respect du plan de prévention des risques naturels d'inondation, qu'ils ont fait l'objet de la même décision de dispense de réalisation d'étude d'impact, prise sur le fondement d'un dossier unique et que seul l'aménagement d'une tourbière sur le lot T10B permet la conformité du lot T10A au zonage pluvial ;

- le permis de construire méconnaît l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme dès lors qu'il aurait dû être soumis à l'autorité environnementale afin qu'elle se prononce sur la nécessité de réaliser une étude d'impact et que la dispense de réalisation d'une étude d'impact a été accordée pour un projet dont les mesures et caractéristiques étaient différentes ;

- le permis de construire modificatif est illégal par voie de conséquence de l'illégalité du permis de construire initial.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 octobre et 23 décembre 2022, 17 avril et 15 mai 2023, Paris Habitat, représenté par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- un permis de construire modificatif a été accordé le 13 avril 2023, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des règles de hauteur maximale est inopérant ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- un permis de construire modificatif a été accordé le 13 avril 2023, qui a notamment permis de régulariser le respect des règles de hauteur maximale, et il y a lieu de faire application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme est inopérant et non-fondé ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 13 juillet 2016 relatif à l'application des articles R. 111-14-2 à R. 111-14-8 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Raimbault,

- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,

- et les observations de Me Aubisse, pour les requérants, de Me Durand, pour la société ICF Habitat Novedis et de Me Laffitte, pour Paris Habitat.

Une note en délibéré, présentée pour ICF Habitat Novedis, a été enregistrée le 3 octobre 2023.

Une note en délibéré, présentée pour Paris Habitat, a été enregistrée le 4 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La zone d'aménagement concertée Paris Rive Gauche comprend notamment un lot T10, situé dans le secteur Tolbiac Chevaleret immédiatement à l'ouest de la Halle Freyssinet, au sud de l'avenue de France et en retrait de la rue Louise Weiss. Il a été divisé en deux lots T10B et T10A, situés respectivement au sud et au nord de cette zone et attribués respectivement à la société ICF Habitat Novedis et à Paris Habitat. La maire de Paris a accordé le permis de construire sollicité par la société ICF Habitat Novedis par un arrêté du 7 juillet 2021, modifié le 29 septembre 2021 et celui sollicité par Paris Habitat par un arrêté du 16 juin 2021, modifié le 5 juillet 2021. Les requérants ont formé des recours gracieux à l'encontre de ces deux autorisations d'urbanisme qui, en l'absence de réponse, ont été implicitement rejetés. L'autorisation accordée à Paris Habitat a été modifiée le 13 avril 2023, à la demande du pétitionnaire. Les constructions projetées consistent désormais, pour le lot T10B, en un bâtiment à R+11 sur un niveau de sous-sol à destination de commerce et d'habitation et, pour le lot T10A, en deux bâtiments respectivement à R+10 et R+11, à destination de commerce et d'habitation, de locaux destinés à la SNCF, d'un ascenseur public et d'une résidence étudiante. Par la requête enregistrée sous le n° 2202412, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, représenté par son syndic, ainsi que M. A et M. et Mme B, demandent l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2021 modifié le 29 septembre 2021, relatif au lot T10B, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux. Par la requête enregistrée sous le n° 2202413, les mêmes requérants demandent l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2021, modifié le 5 juillet 2021 et le 13 avril 2023, relatif au lot T10A, ensemble le rejet implicite de leur recours gracieux.

2. Les deux requêtes mentionnées dans les visas portent sur des permis de construire relatifs à des projets situés sur des parcelles très proches et dont les autorisations ont été délivrées dans le même laps de temps, contestés par les mêmes requérants. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un unique jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux deux requêtes :

S'agissant de la compétence des signataires :

3. Il ressort des arrêtés de délégation de signature produits en défense que MM. Dericolay et Tassery avaient reçu délégation de la maire de Paris aux fins de signer les arrêtés litigieux des 7 juillet, 29 septembre, 16 juin et 5 juillet 2021. Le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions attaquées sera donc écarté.

S'agissant de la nécessité de demander un permis de construire unique :

4. Il résulte des dispositions de l'article L. 421-3 du code de l'urbanisme qu'une construction constituée de plusieurs éléments formant, en raison des liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique, doit en principe faire l'objet d'un seul permis de construire. Le permis de construire a pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'il autorise avec la législation et la réglementation d'urbanisme. Il suit de là que, lorsque deux constructions sont distinctes, la seule circonstance que l'une ne pourrait fonctionner ou être exploitée sans l'autre, au regard de considérations d'ordre technique ou économique et non au regard des règles d'urbanisme, ne suffit pas à caractériser un ensemble immobilier unique devant en principe faire l'objet d'un seul permis de construire.

5. Les immeubles constituant les lots T10A et T10B, situés sur des terrains d'assiette différents, éloignés de huit mètres, disposant d'accès vers l'extérieur propres, sont physiquement distincts et, au demeurant, relèvent de maîtres d'ouvrages différents. Par ailleurs, ces lots n'entretiennent pas de lien fonctionnel au sens de la législation et de la réglementation d'urbanisme. A cet égard, est sans incidence la circonstance qu'il existe un transformateur électrique public commun, que c'est par une décision unique que l'autorité environnementale a dispensé les projets de la nécessité d'une étude d'impact et qu'il a fallu aménager une tourbière sur le lot T10B pour mettre en conformité le lot T10A par rapport au zonage pluvial. Dans ces conditions, ils n'avaient pas à faire l'objet d'une autorisation d'urbanisme commune et le moyen tiré de ce que la maire de Paris aurait commis une erreur de droit en examinant séparément les deux demandes doit être écarté.

S'agissant de la légalité de l'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme en tant qu'elle prévoit des dérogations particulières au secteur Paris Rive Gauche en matière de gabarit-enveloppe :

6. L'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) dispose, pour ce qui concerne le secteur Paris Rive Gauche et plus particulièrement les voies en lisière desquelles ont vocation à s'implanter les deux projets litigieux : " Hors du sous-secteur Masséna-Bruneseau, en bordure des voies et espaces publics non bordés de filets aux documents graphiques du règlement, le gabarit-enveloppe applicable dans la bande E est défini par les dispositions suivantes : () autres voies et espaces publics : le gabarit-enveloppe se compose d'une verticale attachée au plateau de la surface de nivellement d'îlot au droit du terrain considéré, limitée par une horizontale fixée à 37 mètres de hauteur. " Les requérants invoquent, par la voie de l'exception, l'illégalité de ces dispositions en ce qu'elles sont dérogatoires et autorisent un gabarit-enveloppe bien plus important que les règles de droit commun résultant de l'article UG.10.2.1 qui, en leur absence, s'appliqueraient aux parcelles en cause.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. "

8. Il ressort de la rubrique " Paysage, patrimoine et construction " du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de Paris que celui-ci comporte notamment un paragraphe intitulé " Le patrimoine de demain : la création architecturale " qui indique que : " Les constructions nouvelles doivent donc être rendues possibles, adaptées aux fonctionnalités contemporaines et suffisamment modernes dans leur expression architecturale pour symboliser le dynamisme de la ville. Mais elles doivent aussi s'insérer harmonieusement dans un paysage urbain ". Ce rapport mentionne également que, notamment dans les zones d'aménagement concertées : " Une relance de la politique foncière est nécessaire pour augmenter la construction de logements et de bureaux ". Ainsi, si les auteurs du plan local d'urbanisme de Paris ont par ailleurs exprimé des enjeux de préservation de l'homogénéité du patrimoine bâti, ils ont également prévu des possibilités d'expressions architecturales contemporaines aux fins à la fois de moderniser le paysage urbain et de dégager des surfaces constructibles. La règle prévue à l'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme est ainsi suffisamment justifiée.

9. En second lieu, l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. "

10. Les requérants font valoir que la règle dérogatoire méconnaît le projet d'aménagement et de développement durables dès lors que celui-ci prévoit notamment la préservation du patrimoine urbanistique et architectural de Paris, menacé par la possibilité de gabarits-enveloppes massifs en bordure de zone d'aménagement concerté et au contact du bâti ancien. Toutefois, il ressort des termes mêmes du projet d'aménagement et de développement durables que " Sur les territoires peu ou mal urbanisés, situés notamment au pourtour de Paris, la Ville encouragera, dans les opérations publiques d'aménagement, l'expression de formes urbaines et architecturales nouvelles afin de poursuivre l'histoire déjà très riche de l'architecture de Paris et d'éviter que la ville ne se transforme progressivement en ville musée. " Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les terrains d'assiette des projets en cause ainsi que leur environnement immédiat constituent historiquement des délaissés ferroviaires enclavés, qui ont longtemps hébergé des activités logistique et industrielle ou ont été urbanisés au gré des opportunités et sans plan d'ensemble. Les environs sont architecturalement très hétérogènes, dès lors qu'y voisinent la Halle Freyssinet, bâtiment industriel du 19ème siècle réhabilité et classé, les créations récentes de l'avenue de France, du boulevard Vincent Auriol et de la rue Louise Weiss qui atteignent pour certaines des hauteurs de R+7 à R+9, ainsi que quelques immeubles de la première moitié du 20ème siècle tel que celui des requérants. Dans ces conditions, eu égard à l'hétérogénéité morphologique et stylistique du quartier, aux enjeux de développement et de renouvellement architectural, à la proximité de bâtiments pouvant atteindre des hauteurs de l'ordre de 30 mètres et à la nécessité d'assurer une transition avec l'urbanisme dense de l'avenue de France et du cœur du secteur Paris Rive Gauche, ce territoire doit être regardé comme " peu ou mal urbanisé " au sens du projet d'aménagement et de développement durables et comme apte à accueillir des formes architecturales et urbaines nouvelles. Par suite, en prévoyant dans ce secteur une règle de gabarit-enveloppe limitant la hauteur maximale à 37 mètres, les auteurs du PLU n'ont pas prévu une règle incohérente avec ce projet.

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré par la voie de l'exception de l'illégalité de l'article UG.10.2.4 du règlement du plan local d'urbanisme, doit être écarté de même que, par voie de conséquence, celui tiré de ce que la hauteur des bâtiments méconnaît la règle de gabarit-enveloppe prévue à l'article UG.10.2.1 de ce règlement, qui n'est pas applicable.

S'agissant de la méconnaissance de l'article UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme :

12. Aux termes de l'article UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits). / L'objectif recherché ci-dessus ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l'architecture contemporaine peut prendre place dans l'histoire de l'architecture parisienne. "

13. Ces dispositions fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la ville de Paris. Si cet article pose une exigence d'insertion des constructions nouvelles dans le tissu urbain existant, certaines de ses dispositions, répondant au souci d'éviter le mimétisme architectural, permettent à l'autorité administrative de délivrer des autorisations pour la construction de projets d'architecture contemporaine, pouvant déroger aux registres dominants de l'architecture parisienne et pouvant retenir des matériaux ou des teintes innovants, dès lors que cette construction nouvelle peut s'insérer dans le tissu urbain existant. Eu égard à la teneur de ces dispositions, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.

14. Eu égard, ainsi qu'il a été mentionné au point 10, au caractère hétérogène du tissu urbain et architectural autour du site du lot T10, notamment s'agissant du gabarit et de l'aspect extérieur des bâtiments et à la proximité du paysage urbain dense et contemporain de l'avenue de France avec lequel ces futurs immeubles doivent assurer la liaison, le moyen tiré de ce que la maire de Paris aurait commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme n'est pas fondé et doit être écarté.

S'agissant de la dispense par l'autorité environnementale de l'obligation de réaliser une étude d'impact :

15. Aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable du 5 juillet 2020 au 1er juillet 2021 : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / a) L'étude d'impact ou la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas dispensant le projet d'évaluation environnementale lorsque le projet relève du tableau annexé à l'article R. 122-2 du code de l'environnement. L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation d'urbanisme vérifie que le projet qui lui est soumis est conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale ; ()".

16. Il est constant que l'autorité environnementale a dispensé l'ensemble du projet (lots T10A et T10B) d'étude d'impact par une décision du 7 juin 2016. Les requérants soutiennent cependant que les projets auraient dû faire l'objet d'un nouvel examen au cas par cas, sur le fondement des articles L. 122-1 et R. 122-2 du code de l'environnement, dès lors qu'ils avaient connu des évolutions substantielles, la surface de plancher étant passée de 13 750 m² à 14 456 m², soit une augmentation de l'ordre de 5% et le parc de stationnement souterrain sur deux niveaux, initialement prévu, ayant été supprimé.

17. Toutefois, d'une part, les requérants n'établissent pas que ces modifications de faible ampleur auraient été de nature à modifier l'appréciation de l'autorité environnementale. D'autre part, la décision du 7 juin 2016 était motivée par le respect du plan de prévention du bruit et du plan de prévention des risques naturels d'inondation (PPRI), la réalisation des études techniques requises relatives aux risques pour la nappe sub-affleurante, les avis préalables à venir de l'inspection générale des carrières et de l'architecte des bâtiments de France, l'engagement des promoteurs à réaliser un plan de gestion des terres excavées et des études de sol complémentaires, à ce que la zone laissée en pleine terre soit recouverte de 30 cm de terre saine et à la réalisation à venir d'un cahier des charges de chantier à faible impact. Or, il ressort des pièces du dossier que le projet est conforme au PPRI de Paris, qu'une étude géotechnique complémentaire a été réalisée et que l'inspection générale des carrières, l'architecte des bâtiments de France ainsi que les services de la Ville de Paris compétents en matière d'environnement, ont rendu leurs avis préalables.

18. Dans ces conditions, il ne ressort ni de l'argumentation des requérants, ni d'une autre pièce du dossier que le projet soumis à la maire de Paris ne serait pas conforme aux mesures et caractéristiques qui ont justifié la décision de l'autorité chargée de l'examen au cas par cas de ne pas le soumettre à évaluation environnementale. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la requête n° 2202412 :

19. En premier lieu, d'une part, l'article UG.12.3 du règlement du PLU, relatif aux surfaces réservées au stationnement des vélos et des poussettes, dispose que : " - Habitation : / Au minimum 3 % de la surface de plancher* des locaux. () - Commerce, artisanat, industrie, entrepôt, CINASPIC* : / La superficie à réserver au stationnement des vélos et des poussettes doit répondre aux besoins des utilisateurs, en fonction de la nature de l'établissement, de son fonctionnement et de sa situation géographique. "

20. Il est constant que l'application de ces règles conduit à prévoir des surfaces de stationnement pour les vélos et poussettes de 143,7 m² pour les seuls logements et que le projet comporte 144 m² à cette fin, de sorte qu'aucune surface ne permet de répondre aux besoins des utilisateurs des locaux à destination commerciale. Toutefois, l'offre de transports en commun, de vélib et de stationnement temporaire de vélos sur voirie est abondante dans ce secteur. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'attribution et l'aménagement des locaux commerciaux ne sont pas encore arrêtés, de sorte que le pétitionnaire n'était pas en mesure de connaître ces besoins et que l'aménagement de surfaces de stationnement pour vélos et poussettes complémentaires, conformément à la réglementation, reste possible. Dans ces conditions, le moyen tiré de la surface insuffisante des emplacements de stationnement pour vélos n'est pas fondé.

21. Par ailleurs, l'arrêté du 13 juillet 2016 relatif à l'application des articles R. 111-14-2 à R. 111-14-8 du code de la construction et de l'habitation ne constitue pas une réglementation d'urbanisme dont devrait tenir compte une décision accordant un permis de construire. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de ce texte est inopérant.

22. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme, applicable à Paris conformément à l'article R. 111-1 du même code : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable peut imposer la réalisation d'installations propres à assurer le stationnement hors des voies publiques des véhicules correspondant aux caractéristiques du projet. "

23. Il est constant que le projet litigieux ne comporte aucune installation propre à assurer le stationnement hors des voies publiques. Toutefois, compte tenu de l'accessibilité des lieux en transports en commun, à vélo et à pied, de la faible motorisation des ménages parisiens et de la tendance à la diminution de celle-ci, qui ressortent des pièces produites en défense et enfin de la réalisation d'un futur parc de stationnement enterré destiné à satisfaire les besoins induits par les logements neufs, prévue par le cahier des charges particulières urbaines et architecturales, la maire de Paris n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage des pouvoirs qu'elle tire des dispositions de l'article R. 111-25 du code de l'urbanisme. Le moyen sera donc écarté.

En ce qui concerne les moyens propres à la requête n° 2202413 :

24. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

25. Les requérants soutiennent que le projet retenu pour le lot T10A méconnaît l'article UG.10.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, relatif à la hauteur plafond des constructions et qui prévoit notamment une élévation maximale de 37 mètres. Toutefois, il est constant qu'un permis de construire modificatif a été accordé le 13 avril 2023. Le défendeur soutient sans être contesté que ce permis a notamment eu pour conséquence de ramener le nombre de niveaux du bâtiment nord à R+10 et la hauteur maximale du bâtiment à la cote altimétrique 78 mètres, correspondant à une hauteur de 34 mètres en tenant compte du plateau de nivellement à 44 mètres, y compris en tenant compte de la présence de lisses rabattables, ce qui ressort des pièces produites. Dans ces conditions, à supposer même que le permis accordé le 16 juin 2021 et modifié le 5 juillet 2021 ait méconnu les dispositions de l'article UG.10.1 du règlement du plan local d'urbanisme, le permis modificatif délivré le 13 avril 2023 a régularisé cette illégalité. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de cette règle doit être écarté comme inopérant.

26. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité du permis modificatif accordé le 13 avril 2023 par voie de conséquence de l'illégalité du permis initial, doit être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que le syndic représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, M. C A et M. et Mme D et F B ne sont pas fondés à demander l'annulation des permis de construire litigieux ni des décisions rejetant leurs recours gracieux.

Sur les frais de l'instance :

En ce qui concerne l'instance n° 2202412 :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge de la Ville de Paris, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme de 2 000 euros à ce titre, à verser à la société ICF Habitat Novedis.

En ce qui concerne l'instance n° 2202413 :

29. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

30. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la Ville de Paris à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de rejeter les conclusions présentées par Paris Habitat sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, de M. A et de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Les requérants verseront la somme de 2 000 euros à la société ICF Habitat Novedis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : la Ville de Paris versera la somme de 2 000 euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties formées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au syndic des copropriétaires de l'immeuble du 45-47 boulevard Vincent Auriol, représentant le premier requérant dénommé, à la société ICF Habitat Novedis, à Paris Habitat et à la Ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Anne Seulin, présidente,

M. Gaël Raimbault, premier conseiller,

M. Arnaud Blusseau, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

G. RaimbaultLa présidente,

A. SeulinLa greffière,

L. Thomas

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2202412 et 2202413

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