vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202454 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HARVING (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2022 et le 9 septembre 2022, la société Castle Rock IB Limited, représentée par la SCP Harving avocats, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, des rappels de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, taxe additionnelle à cette cotisation et frais de gestion qui lui ont été réclamés au titre de l'année 2015, des cotisations d'impôt sur les sociétés mises à sa charge au titre des exercices clos en 2015 et 2016, ainsi que des rappels de retenue à la source qui lui ont été réclamés au titre de l'année 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un réel débat contradictoire au cours de la vérification de comptabilité diligentée, en ce que le service a considéré dans sa proposition de rectification en date du 18 juillet 2019 que le siège de direction de la société était établi en France, et non, comme il l'avait indiqué lors des opérations de contrôle, un simple établissement stable ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que les conditions permettant une taxation d'office à l'impôt sur les sociétés n'étaient pas réunies, en ce que la société, immatriculée en France depuis le 18 février 2014, a déposé ses déclarations dans le respect de la mise en demeure qui lui a été adressée, et que le service n'a pas mentionné l'utilisation de cette procédure lors des opérations de contrôle ;
- le désaccord avec l'administration n'a pas pu être soumis pour avis à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires ;
- faute d'exercice d'une activité occulte en France, le droit de reprise de l'administration ne trouvait plus à s'appliquer s'agissant des exercices clos en 2014 et 2015, de même qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée ;
- en tout état de cause, la société justifie du respect de ses obligations déclaratives à Hong-Kong ;
- c'est à tort que le service a considéré que son siège de direction effective était établi en France, eu égard au mode d'exercice des fonctions de direction de la société, de même qu'aux lieux de déploiement de son activité ;
- à titre subsidiaire, la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires suivie par l'administration est excessivement sommaire, en ce qu'elle se fonde sur des données non établies ou des documents ayant un statut de projet et que le service n'a pas tenu compte des justificatifs produits ;
- les intérêts de retard qui ont assorti les impositions en litige, eu égard à leur taux, constituent une sanction ;
- c'est à tort que le service a assorti les impositions en litige d'une majoration pour manœuvres frauduleuses, dès lors que le siège de direction effective de la société ne se trouve pas en France et qu'elle n'a jamais tenté de dissimuler son activité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 juillet 2022 et le 21 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Castle Rock IB Limited ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales, signé le 21 octobre 2010 ;
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lenoir,
- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
- et les observations de Me Foucault, représentant la société Castle Rock IB Limited.
Considérant ce qui suit :
1. La société Castle Rock IB Limited, qui exerce une activité de conseil et de lobbying, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 18 février 2014 au 31 décembre 2017, faisant suite à la mise en œuvre, sur le fondement de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, d'une procédure de visite et de saisie. Au terme de ce contrôle, le service, par une proposition de rectification en date du 18 juillet 2019, a fait connaître à la société son intention, selon la procédure de taxation d'office, d'une part, de lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, de mettre à sa charge des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016 à raison de ses bénéfices reconstitués, regardés comme résultant d'une exploitation en France de l'entreprise, de lui réclamer les rappels correspondant de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, taxe additionnelle à cette cotisation et frais de gestion au titre de l'année 2015, ainsi que d'assortir ces impositions des intérêts de retard et majoration pour manœuvres frauduleuses, et, selon la procédure contradictoire, d'autre part, de lui réclamer des rappels de retenue à la source au titre de l'année 2014, assortis des intérêts de retard et majoration de 80% en application des dispositions du c du 1 de l'article 1729 du code général des impôts. Ces impositions, partiellement abandonnées au terme du recours hiérarchique du 10 septembre 2020, ont été mises à la charge de la société Castle Rock IB Limited par un avis de mise en recouvrement du 30 avril 2021. Les réclamations présentées par la société en date du 17 juin 2021 et du 29 octobre 2021 ayant fait l'objet de décisions de rejet en date du 10 décembre 2021 et du 11 janvier 2022, la société Castle Rock IB Limited demande, par la requête susvisée, la décharge, en droits et pénalités, des impositions ainsi maintenues à sa charge.
Sur le principe de l'assujettissement à l'impôt en France :
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
2. Aux termes de l'article 209 du code général des impôts : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45,53 A à 57, () 237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ainsi que de ceux dont l'imposition est attribuée à la France par une convention internationale relative aux doubles impositions () ".
3. Il résulte de l'instruction que la société Castle Rock IB Limited a été créée le 18 février 2014 et exerce une activité de conseil en matière de développement commercial à l'international. Cette société, dont il est constant qu'elle n'a pas été capitalisée, était détenue au cours de la période vérifiée par des sociétés de droit hongkongais, ayant pour associés uniques, depuis sa création jusqu'au 28 septembre 2015, MM. B, A et Rémy. Les modalités de cette détention ont par la suite évolué, notamment par l'intervention de nouvelles sociétés associées, détenues par MM. Loubert et Fong. Le service relève dans la proposition de rectification en date du 18 juillet 2019 que, à compter du 30 décembre 2015, les parts sociales de la société Castle Rock IB Limited étaient détenues à 40% par la société Lincom Holdings Limited, ayant pour associé unique M. B. Par ailleurs, s'il est constant que les mandataires sociaux de la société Castle Rock IB Limited sont les personnes physiques associées uniques des entités associées à la société Castle Rock IB Limited, ainsi que l'a relevé le service au terme des opérations de visite et de saisie ainsi que de la vérification de comptabilité diligentées, M. B, qui a pu indiquer dans un courriel du 25 novembre 2014 qu'il était le " seul mandataire social habilité " à engager la société, est le seul signataire des documents sociaux et contrats réunis par le service lors de ses interventions.
4. Il résulte également de l'instruction que si le siège social déclaré de la société Castle Rock IB Limited se trouve à Hong-Kong, et qu'elle y dispose d'un compte bancaire, elle n'y possède ni salariés ni ligne téléphonique. En outre, il ressort d'un courriel de M. B en date du 25 mars 2015 que celui-ci n'était alors pas allé à Hong-Kong depuis un an, dans des termes qui ne sont pas contredits par un courriel du 20 mars 2014, soit un mois seulement après la date de création de la société Castle Rock IB Limited, dont se prévaut la société requérante, dans lequel M. B indiquait être revenu en France après un long séjour à Hong-Kong. Au surplus, il ressort des termes de la proposition de rectification en date du 18 juillet 2019 que les courriers de procédures adressés par le service à l'adresse hongkongaise de la société Castle Rock IB Limited lui ont été retournés avec la mention " refusé ".
5. Il résulte en outre de l'instruction que M. B, de même que les autres membres de l'équipe opérationnelle de la société Castle Rock IB Limited mentionnés dans un projet de site internet consulté par le service, sont résidents fiscaux français. M. B dispose d'un bureau situé dans le 16ème arrondissement de Paris, où ont été trouvées des cartes de visite au titre de la société Castle Rock IB Limited, comportant une adresse française ainsi qu'une ligne téléphonique fixe française, de même que, au domicile de M. B, un timbre humide au nom de la société. Par ailleurs, le service a relevé, dans sa proposition de rectification en date du 18 juillet 2019, que la société Castle Rock IB Limited avait enregistré des factures de location de locaux professionnels à Paris et que cette société faisait appel à un cabinet comptable également situé en France. La société ne conteste pas, enfin, que les factures de la société Castle Rock IB Limited ont été envoyées par M. B, par courriel, depuis la France.
6. La société requérante soutient que son activité se déploie à l'étranger, dès lors qu'un de ses gérants, M. A, se trouvait lors de la période vérifiée en Iran, où ont été menés des projets " Solar " et avec la société Momsaz, que 68% de la facturation adressée à la société française Flexfuel au titre de la période vérifiée correspondait à un projet mené au Maroc, qu'elle était également investie au Sénégal et que ses membres se sont réunis en Thaïlande au cours de la période vérifiée. Toutefois, et alors qu'il est constant que M. A s'est retiré de la société au cours de l'exercice clos en 2015, la circonstance que certains membres de la société Castle Rock IB Limited sont intervenus et ont travaillé dans divers territoires correspondant aux projets de pénétration de marchés étrangers qui lui avaient été confiés par ses clients, conformément à la description donnée par la société de son activité, est en elle-même sans incidence sur l'exploitation en France de l'entreprise Castle Rock IB Limited au sens et pour l'application des dispositions du I de l'article 209 du code général des impôts.
7. D'une part, il résulte des éléments relevés aux points qui précèdent que c'est à bon droit que le service, sur le terrain de la loi fiscale, a considéré que la société Castle Rock IB Limited a exploité son activité en France, par l'intermédiaire d'un établissement autonome, au titre des exercices 2014, 2015 et 2016, au sens des dispositions du I de l'article 209 du code général des impôts. Par suite, les bénéfices issus de cette activité étaient imposables à l'impôt sur les sociétés au cours de ces exercices.
8. D'autre part, il résulte des éléments relevés aux points qui précèdent que c'est également à bon droit que le service a pu considérer que le siège de direction effective de la société Castle Rock IB Limited était situé, au cours des exercices litigieux, en France, au sens des stipulations du 3 de l'article 4 de l'accord applicable entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales, signé le 21 octobre 2010. Les stipulations de cette convention, dont ne se prévaut au demeurant pas la société requérante, qui soutient que son siège se situe " à l'étranger ", ne faisaient donc pas obstacle à l'application de la loi fiscale.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée :
9. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". Aux termes de l'article 259 du même code : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; / b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; / c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle () ".
10. Il résulte de l'instruction que, ainsi que l'a relevé le service sur le fondement des éléments exposés aux points 3 à 5, la société Castle Rock IB Limited fournissait, au titre de la période vérifiée et à partir de son établissement situé à Paris, des prestations de service. L'administration fiscale a ainsi pu considérer que la société Castle Rock IB Limited était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée relatives aux opérations de prestation de service effectuées au profit de la société Flexfuel, dont le siège de l'activité économique se trouvait en France, à la date de l'encaissement du prix leur correspondant, identifié sur le fondement de relevés bancaires saisis dans le cadre de la procédure de visite et de saisie diligentée sur le fondement de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.
Sur la procédure d'imposition :
11. En premier lieu, il est constant qu'au cours de la vérification de comptabilité diligentée par le service, six interventions du vérificateur ont eu lieu, non dans les locaux de l'entreprise ou de son comptable, mais dans les locaux du cabinet du conseil de la société Castle Rock IB Limited, à la demande de celui-ci, entre le 14 janvier 2019 et le 4 juillet 2019. En outre, le vérificateur n'était pas tenu de donner à la société une information sur les redressements qu'il envisageait, antérieurement à la notification de la proposition de rectification. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les opérations de vérification aient été conduites sans que la société ait eu la possibilité de bénéficier d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur ou que ce dernier se serait refusé à un tel débat.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ". L'article L. 68 du même livre dispose que : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : / () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens () de l'article L. 169 ". Aux termes de l'article L. 169 de ce livre, dans sa rédaction applicable : " () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte (). L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable ou la personne morale mentionnée à la première phrase du présent alinéa n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite () ".
13. D'une part, il est constant que la société Castle Rock IB Limited, qui était redevable de l'impôt sur les sociétés et de la taxe sur la valeur ajoutée en France ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 10, n'a pas déposé dans le délai légal ses déclarations.
14. D'autre part, la société requérante soutient qu'elle ne peut être regardée comme ayant exercé une activité occulte, dès lors que l'avis de situation au répertoire SIRENE en date du 4 octobre 2021 qu'elle produit atteste d'une activité depuis le 18 février 2014 de même que de ses démarches auprès d'un centre de formalités des entreprises, conformément aux dispositions de l'article R. 123-1 du code de commerce. Toutefois, ce document, qui ne mentionne ni la date ni l'auteur de la déclaration au vu de laquelle il a pu être établi, ne saurait suffire dans les circonstances de l'espèce à établir, comme il incombe au contribuable, que l'activité de la société Castle Rock IB Limited avait été déclarée au centre de formalités des entreprises, par l'exploitant et antérieurement à la notification des redressements.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'ait d'incidence à cet égard la réponse apportée par la société à la mise en demeure que lui avait adressée, sans y être tenue, l'administration fiscale, que le moyen tiré de ce que les conditions d'une taxation d'office n'étaient pas réunies doit être écarté.
16. En troisième lieu, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point qui précède, le service a régulièrement notifié les rectifications issues de la vérification de comptabilité diligentée selon la procédure de taxation d'office, le moyen tiré de la privation de la garantie, propre à la procédure contradictoire, tenant à la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires est inopérant et doit être écarté comme tel.
Sur le bienfondé des impositions :
En ce qui concerne le délai de reprise :
17. Aux termes de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable à la période en litige : " () Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts () lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et soit n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, soit s'est livré à une activité illicite () ".
18. Il résulte de ces dispositions et de celles de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, que dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives. S'agissant d'un contribuable qui fait valoir qu'il a satisfait à l'ensemble de ses obligations fiscales dans un État autre que la France, la justification de l'erreur commise doit être appréciée en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce et notamment du niveau d'imposition dans cet autre État et des modalités d'échange d'informations entre les administrations fiscales des deux États.
19. Si la société requérante soutient qu'elle s'est souciée du statut de ses obligations déclaratives à Hong-Kong, en se prévalant d'échanges de courriels en date des 30 et 31 mars 2015, ceux-ci ne sauraient établir que la société Castle Rock IB Limited a commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit acquittée d'aucune de ses obligations déclaratives. Dans ces conditions, et pour les mêmes motifs que ce qui a été dit aux points 13 à 15, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'à la date de la proposition de rectification du 18 juillet 2019, le service ne pouvait plus exercer son droit de reprise quant à la période couvrant les exercices clos en 2014 et 2015.
En ce qui concerne la charge de la preuve :
20. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
21. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit aux points qui précèdent, la société Castle Rock IB Limited a régulièrement été taxée d'office, il lui appartient d'établir l'exagération des impositions mises à sa charge au terme de la procédure d'imposition en litige.
En ce qui concerne la méthode de reconstitution des recettes :
22. Le contribuable à qui incombe la charge de prouver l'exagération de ses recettes reconstituées peut, s'il n'est pas en mesure d'établir le montant exact de ses résultats en s'appuyant sur une comptabilité régulière et probante, soit critiquer la méthode d'évaluation que l'administration a suivie et qu'elle doit faire connaître au contribuable, en vue de démontrer que cette méthode aboutit, au moins sur certains points et pour un certain montant, à une exagération des bases d'imposition, soit encore, aux mêmes fins, soumettre à l'appréciation du juge une nouvelle méthode d'évaluation permettant de déterminer les bases d'imposition avec une précision meilleure que celle qui pouvait être atteinte par la méthode primitivement utilisée par l'administration. A l'appui de sa démonstration, il peut, non seulement apporter tous les éléments de preuve comptables ou extracomptables, mais aussi se fonder sur des faits reconnus exacts par l'administration, ou dont le juge serait amené, en cas de contestation, à reconnaître l'exactitude.
23. Pour reconstituer les recettes de la société Castle Rock IB Limited, le service, qui a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité lors de l'intervention du 19 février 2019, s'est fondé sur l'analyse croisée de documents réunis lors des opérations de visite et de saisie, d'une part, et obtenus en réponse à l'exercice de son droit de communication auprès de la SAS Flexfuel, d'autre part, à savoir les projets de bilans et comptes de résultat établis par le cabinet d'expertise comptable Grant Thornton pour la société vérifiée au titre des exercices clos en 2014 et 2015 ainsi que les factures émises par la société Castle Rock IB Limited. Sur ce fondement, le service a considéré que le chiffre d'affaires de la société vérifiée s'élevait à concurrence respective de 7 718 euros, 830 600 euros et 45 000 euros au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016.
24. Après avoir tenu compte de charges s'élevant respectivement à concurrence de 723 euros, 408 160 euros et 31 450 euros au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, réévaluées à l'issue du recours hiérarchique s'agissant de ces deux premiers exercices des montants facturés par M. B à la société Castle Rock IB Limited, à hauteur de 15 000 euros en 2014 et 27 200 euros en 2015, le service a arrêté les bases imposables de la société vérifiée à concurrence de 395 240 euros et 13 550 euros respectivement au titre des exercices clos en 2015 et 2016.
25. En premier lieu, la société soutient qu'en se fondant sur les documents comptables établis par la société Grant Thornton, qui n'avaient qu'un statut de projet, le service a radicalement vicié la méthode de reconstitution qu'il a appliquée. Toutefois, la société Castle Rock IB Limited, qui n'a transmis aucun document comptable au vérificateur, ne justifie pas du caractère erroné des inscriptions comptables figurant dans les documents exploités par le service, nonobstant leur caractère de projet.
26. En deuxième lieu, la société requérante soutient que le service ne pouvait pas tenir compte, dans la reconstitution de ses recettes au titre de l'exercice clos en 2015, d'une recette de 422 600 euros, correspondant à une facture du 7 janvier 2015 adressée à la société Momsaz. Elle fait valoir que cette facture n'a jamais donné lieu à encaissement et produit un avoir en date du 28 décembre 2015 relatif à cette même facture, en indiquant que cette démarche correspondait, premièrement, à la constatation du caractère irrécouvrable de cette créance et, deuxièmement, au souhait de conserver de bonnes relations commerciales avec cette entreprise, après le départ de M. A. Se prévalant de l'absence de constatation d'un encaissement par le service, elle produit en outre un courriel en date du 14 septembre 2020 adressé par l'ancien " managing director " de la société Momsaz faisant état de l'absence de flux financiers entre celle-ci, depuis dissoute, et la société Castle Rock IB Limited.
27. Toutefois, il est constant que la facture du 7 janvier 2015 correspondait à une prestation de service achevée. Le service pouvait donc, conformément aux dispositions de l'article 38 du code général des impôts, considérer que le montant de 422 600 euros constituait une créance sur le client Momsaz, constitutive d'un produit à prendre en compte dans le bénéfice imposable de la société Castle Rock IB Limited. En outre, la société requérante n'établit ni que la perte de cette créance avait un caractère certain et définitif à la clôture des exercices ayant fait l'objet de la vérification en litige, en ne justifiant pas de diligences autres que le courrier joint à la facture du 7 janvier pour en assurer le recouvrement, ni, par ses seules allégations, l'existence d'un impératif commercial l'ayant empêché de poursuivre le recouvrement de la créance. Dans ces conditions, et alors que, ainsi que l'a relevé le service, l'avoir du 28 décembre 2015 n'a été produit par la société que postérieurement aux opérations de contrôle, sans avoir été trouvé lors des opérations de visite et de saisie par l'administration ni avoir été mentionné par la société lors de la vérification de comptabilité, la société Castle Rock IB Limited n'établit pas que c'est à tort que le service a tenu compte, dans la reconstitution de ses recettes au titre de l'exercice clos en 2015, d'un produit du 422 600 euros.
28. En troisième lieu, la société Castle Rock IB Limited soutient que le service ne pouvait refuser la déductibilité d'une charge de 60 000 euros au titre de l'exercice clos en 2015, correspondant à un versement à la société Electronic Automotive. Toutefois, la société requérante, qui n'a produit ni lors des opérations de contrôle ni dans le cadre de la présente instance de facture ou éléments permettant de justifier de l'existence de la prestation correspondante, ne peut être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation de justifier du principe même de la déductibilité de cette charge. La circonstance que le produit correspondant à cette prestation ait par ailleurs fait l'objet d'une imposition entre les mains du bénéficiaire est à cet égard sans incidence.
29. Il résulte de ce qui a été dit aux points 22 à 28 que la société Castle Rock IB Limited n'établit pas l'exagération des impositions mises à sa charge au terme des opérations de contrôle en litige.
Sur les pénalités :
En ce qui concerne les intérêts de retard :
30. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux impositions en litige : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code. / () III. - Le taux de l'intérêt de retard est de 0,40 % par mois. Il s'applique sur le montant des créances de nature fiscale mises à la charge du contribuable ou dont le versement a été différé ". Le II de l'article 55 de la loi du 28 décembre 2017 de finances rectificatives pour 2017 a ramené à 0,20 % par mois le taux de l'intérêt de retard. Le III du même article prévoit que cette réduction s'applique aux intérêts courant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2020.
31. L'intérêt de retard institué par ces dispositions vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Si, ainsi qu'il ressort d'ailleurs des travaux préparatoires ayant précédé l'adoption des dispositions de la loi du 28 décembre 2017, l'évolution des taux du marché a conduit, dans les années précédant sa réduction, à une hausse relative de cet intérêt par rapport à ces derniers, cette circonstance ne lui confère pas pour autant la nature d'une sanction, dès lors que son niveau n'est pas devenu manifestement excessif au regard du taux moyen pratiqué par les prêteurs privés pour un découvert non négocié, avec lequel le taux de l'intérêt de retard doit être comparé dès lors que cet intérêt ne compense pas exclusivement le coût d'emprunt pour l'Etat, au taux du marché, des sommes que les contribuables versent en retard et doit garder un caractère incitatif pour les contribuables. La société requérante n'est par suite, et en tout état de cause, pas fondée à soutenir, pour demander la " remise la plus large possible " des intérêts de retard, que ceux-ci revêtent un caractère de sanction eu égard à leur taux.
En ce qui concerne les majorations pour manœuvres frauduleuses :
32. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : () / c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration peut appliquer la majoration de 80 % pour manœuvres frauduleuses prévue par le c) de l'article 1729 du code général des impôts, si l'intéressé a fait usage d'artifices destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration.
33. Pour assortir les impositions en litige d'une majoration pour manœuvres frauduleuses, le service a relevé que l'activité de la société Castle Rock IB Limited, qui n'a pas respecté ses obligations déclaratives en France, a été menée sous le couvert d'une société étrangère de droit hongkongais. Le service a également relevé que la destination fiscale de cet artifice est notamment révélée par un courriel adressé par M. B en date du 15 janvier 2015 dans lequel l'établissement d'une " filiale de Castle Rock " est envisagé en Suisse, " pour des raisons de frottement fiscal ". Pour contester l'application de cette majoration, la société se borne à se prévaloir de ce qu'elle n'avait pas d'obligation déclarative en France et de ce qu'elle avait fait connaître son existence, notamment en apparaissant dans les déclarations de la société Flexfuel et dans une demande de subvention adressée par cette dernière auprès du ministère de la défense. Dans ces conditions, eu égard aux éléments réunis par le service, c'est à bon droit que celui-ci a assorti les impositions en litige d'une majoration pour manœuvres frauduleuses en application des dispositions citées au point 32.
34. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Castle Rock IB Limited doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
35. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme réclamée par la société Castle Rock IB Limited au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Castle Rock IB Limited est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Castle Rock IB Limited et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026