jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202515 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ESSONO NGUEMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 février 2022, M. A G, représenté par Me Essono Nguema, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 130 398,31 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'infection nosocomiale survenue lors de sa prise en charge à l'hôpital Saint-Antoine ;
2°) de mettre à la charge de l'AP-HP les frais d'expertise pour un montant de 4 313,76 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée du fait de l'infection nosocomiale survenue lors de sa prise en charge à l'hôpital Saint-Antoine ;
- les préjudices subis du fait de cette faute doivent être évalués à la somme totale de 130 398,31 euros, se décomposant comme suit : 10 091,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 10 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 10 500 euros au titre des souffrances endurées, 10 000 euros au titre du préjudice esthétique, 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 4 832,06 euros au titre des frais divers, 24 975 euros au titre des frais d'hébergement et 50 000 euros au titre du préjudice résultant de la période de rechute.
Par un mémoire, enregistré le 29 février 2024, l'AP-HP conclut à ce que le montant de l'indemnité sollicitée par le requérant soit ramené à de plus justes proportions, ainsi qu'au rejet de la somme demandée au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa responsabilité est engagée au titre de l'infection nosocomiale contractée par M. D E ;
- il convient de ramener à de plus justes proportions le montant de la somme sollicitée, qui doit ainsi être composée comme suit : 7 712 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 5 000 euros au titre des souffrances endurées, 3 000 euros au titre du préjudice esthétique, 6 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- il n'y a pas lieu de retenir le préjudice d'agrément ni le remboursement des frais divers, non justifiés.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, qui n'a pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 15 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 mars 2024 à 16h30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,
- et les observations de Me Essono, représentant M. G.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, né le 24 juin 1959, victime d'un accident sur la voie publique, a été pris en charge le 4 avril 2005 au sein du service orthopédique, traumatologique et chirurgie réparatrice de l'hôpital Saint-Antoine, de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Le 6 avril 2005, il a subi une opération d'ostéosynthèse. Le 14 février 2007, une opération d'ablation des plaques médiale et latérale a été réalisée. Toutefois, sa cicatrice présentant une inflammation, il a été de nouveau examiné les 8 et 19 mars, les 16, 21 et 25 mai, puis les 1er et 6 juin 2007, avant une hospitalisation du 6 au 18 juin 2007 pour l'évacuation d'un hématome probablement infecté le 8 juin 2007. L'examen bactériologique a mis en évidence la présence de staphylocoques dorés. Une reprise inflammatoire ayant eu lieu en août 2007, du pus a dû être évacué de la cicatrice le 20 et le 22 août 2007, et le 13 septembre 2007 et le 28 avril 2008, deux interventions chirurgicales ont été pratiquées. M. G a ensuite été hospitalisé du 15 août au 3 septembre 2010 au groupe hospitalier Diaconesses Croix Saint-Simon et a subi le 17 août 2010 une nouvelle intervention chirurgicale, aux fins d'excision-curetage, puis une reprise le 31 août 2010. Saisi par M. G, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a ordonné la réalisation d'une expertise par une ordonnance du 4 juillet 2011 et a désigné le Dr B comme expert, lequel s'est adjoint le Dr C comme sapiteur. Les rapports ont été rendus le 19 janvier 2012. M. G a adressé à l'AP-HP une demande indemnitaire préalable le 19 novembre 2021, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. G sollicite la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 105 423,31 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'intervention du 14 février 2007.
Sur la responsabilité de l'AP-HP :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ". Ces dispositions font peser sur l'établissement de santé la responsabilité des infections nosocomiales, qu'elles soient exogènes ou endogènes, à moins que la preuve d'une cause étrangère soit rapportée ou que le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique de la victime soit supérieur à 25%, étant précisé que seule une infection, survenant au cours ou au décours d'une prise en charge et qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge, peut être qualifiée de nosocomiale. Par ailleurs, eu égard à l'objet de ces dispositions, il appartient au juge, lorsqu'il ressort des pièces du dossier qui lui est soumis que les conditions en sont remplies, de relever d'office le moyen tiré de la responsabilité de plein droit qu'elles instituent.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que M. G a subi une infection à staphylocoque doré survenue au cours de sa prise en charge à l'hôpital Saint-Antoine pour une opération d'ablation du matériel d'ostéosynthèse le 14 février 2007 et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, s'agissant d'une surinfection d'un matériel d'ostéosynthèse posé en milieu stérile. L'infection en cause présente donc les caractéristiques d'une infection nosocomiale. Par ailleurs, l'expert judiciaire a évalué à 5% le déficit fonctionnel permanent entraîné par cette infection et l'AP-HP n'établit pas ni même n'allègue l'existence d'une cause étrangère. Dans ces conditions, l'AP-HP est responsable des dommages résultant de cette infection nosocomiale en vertu des dispositions précitées du deuxième alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et le requérant a droit à la réparation intégrale des préjudices qui en ont résulté.
Sur les préjudices :
4. Il résulte de l'instruction que l'état de M. G, en ce qui concerne les conséquences de l'infection nosocomiale litigieuse, a été consolidé au 28 novembre 2011. Si l'intéressé soutient qu'il a continué à subir des examens réguliers pour éviter une rechute et a été hospitalisé du 21 décembre 2016 au 17 janvier 2017 pour une récidive d'ostéite du tibia gauche avec deux fistules proximales, il n'apporte pas d'éléments médicaux suffisamment précis pour établir un lien direct et certain entre les préjudices qu'il invoque à ce titre et l'infection litigieuse initiale. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à ses demandes relatives aux dommages allégués postérieurs au 28 novembre 2011.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
5. M. G demande le remboursement de la somme de 24 975 euros correspondant aux frais d'hébergement en France à l'occasion des opérations litigieuses, ainsi que des frais de déplacement entre le Cap-Vert et la France entre 2008 et 2011 pour un montant de 4 832,06 euros. Toutefois, d'une part, les justificatifs qu'il produit, qui ne comprennent que des factures manuscrites, ne permettent pas d'établir la réalité des dépenses d'hébergement qu'il allègue. D'autre part, M. G n'établit pas que ses aller-retours entre la France et le Cap-Vert étaient directement liés à l'infection litigieuse, et non à la prise en charge de son traitement initial, pour laquelle il avait été envoyé en France. Dans ces conditions, ses demandes à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne les préjudices personnels :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
6. Il résulte de l'instruction que M. G a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 6 juin au 18 juin 2007, du 13 septembre au 12 octobre 2007, du 28 avril au 12 mai 2008, et du 15 août au 3 septembre 2010. Il a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 50 % du 19 juin au 13 septembre 2007 et du 13 octobre 2007 au 28 avril 2008. Il a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 15 % du 12 mai 2008 au 15 août 2010. Enfin, il a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 10 % du 4 septembre 2010 au 28 novembre 2011. Il sera fait une exacte appréciation de ce poste de préjudice, en retenant un montant journalier de 20 euros, et en lui accordant la somme de 7 800 euros à ce titre.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
7. Il résulte de l'instruction que M. G a subi un déficit fonctionnel permanent, en raison de l'infection litigieuse, évalué par l'expert à 5 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, pour un homme de cinquante-deux ans à la date de consolidation, en lui accordant la somme de 5 500 euros à ce titre.
S'agissant du préjudice esthétique :
8. Il résulte de l'instruction que le préjudice esthétique de M. G a été évalué par l'expert à 2 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 2 000 euros à ce titre.
S'agissant des souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par M. G en raison de l'infection litigieuse ont été estimées par l'expert à 3 sur une échelle allant de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 3 500 euros à ce titre.
S'agissant du préjudice d'agrément :
10. M. G sollicite la réparation d'un préjudice d'agrément tiré de l'impossibilité de pratiquer les activités sportives. Toutefois, il n'apporte aucun élément tendant à établir qu'il pratiquait de telles activités avant l'infection litigieuse. Il n'y a pas lieu, par suite, de faire droit à sa demande à ce titre.
Sur les droits de M. G :
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à M. G la somme de 18 800 euros.
Sur les frais d'expertise :
12. Par une ordonnance du 8 mars 2012, les frais et honoraires des expertises, liquidés et taxés à la somme de 2 813,79 euros, ont été mis à la charge de M. G. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'AP-HP le montant de ces frais.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au titre des frais exposés par M. G et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. G la somme de 18 800 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter de la date du présent jugement.
Article 2 : Les frais des expertises, d'un montant total de 2 813,79 euros, sont mis à la charge définitive de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à M. G une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Pény, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
R. Doan
Le président,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.
19/03/2026