lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2202951 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | ROSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2022, M. A B, représenté par Me Rosin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé d'abroger l'arrêté d'expulsion du 5 décembre 1994 pris à son encontre ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, d'abroger l'arrêté d'expulsion du 5 décembre 1994 dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas motivée ;
- le ministre de l'intérieur n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne présente aucune menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juillet 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Rosin, représentant B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 17 mars 1961 à Kinshasa, est entré en France en 1979 et a obtenu la qualité de réfugié. Il a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par le ministre de l'intérieur le 5 décembre 1994, au motif qu'en raison de l'ensemble de son comportement, son expulsion constituait une nécessité impérieuse pour la sécurité publique. Par courrier du 5 août 2021, reçu par le ministre de l'intérieur le 9 août 2021, M. B a demandé l'abrogation de cet arrêté. Une décision implicite de rejet de cette demande est née du silence gardé par l'administration. M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 632-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion vaut décision de rejet. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. / Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués.
4. M. B, qui n'établit, ni même n'allègue, avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite rejetant sa demande, ne peut utilement soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de B, avant de refuser d'abroger la décision d'expulsion dont il a fait l'objet le 5 décembre 1994. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée, de ce chef, cette mesure doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 632-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'expulsion peut à tout moment être abrogée. " Aux termes de l'article L. 632-5 du même code : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cette décision que si le ressortissant étranger réside hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / () 3° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une décision d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5. " Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituait toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public sont de nature à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée.
7. Si M. B soutient qu'il ne représente plus de menace à l'ordre public, le ministre de l'intérieur fait valoir, en défense, que l'arrêté d'expulsion du 5 décembre 1994 était motivé par les condamnations dont M. B avait fait l'objet pour des faits commis entre 1988 et 1992, à savoir recels de vols, complicité de falsification de document administratif, falsification de documents administratifs et usage, falsification de chèques et usage, usage illicite de stupéfiants, outrage à agent de la force publique, escroquerie et tentative d'escroquerie, pour un quantum de peines de 7 ans et trois mois. En outre, l'intéressé, qui a été assigné à résidence en France depuis le 15 décembre 1994, a fait l'objet, depuis l'arrêté d'expulsion en cause, de seize condamnations sur une durée de vingt ans, entre 1994 et 2014, pour un quantum de peines de quatorze ans et quatre mois et demi. Il ressort des pièces du dossier qu'il a notamment été condamné pour des faits de vol, recel de bien provenant d'un vol, faux dans un document administratif, escroquerie (tentative), conduite sous l'empire d'un état alcoolique, non-respect de l'assignation à résidence, détention frauduleuse de faux document administratif, usage de chèque contrefait ou falsifié, escroquerie, contrefaçon ou falsification de chèque, violation de domicile, destruction du bien d'autrui avec entrée par effraction, vol à l'aide d'une effraction, dégradation ou détérioration grave d'un bien appartenant à autrui, vol (récidive), et vol en réunion. Dès lors, si la dernière condamnation de l'intéressé est relativement ancienne, et si l'OFPRA n'a pas, par décision du 10 décembre 2021, donné suite à la procédure de retrait de la qualité de réfugié qu'il avait engagée à l'encontre de M. B, et malgré la réinsertion professionnelle dans laquelle s'est engagé, depuis 2017, M. B, en tant qu'ouvrier espaces verts et manœuvre dans le bâtiment, eu égard à la multiplicité des faits reprochés et à leur réitération constante sur une longue période, le ministre de l'intérieur a pu estimer que la présence de M. B en France constituait encore, à la date de la décision contestée, une menace persistante pour l'ordre public, de nature à justifier le maintien des effets de la mesure d'expulsion qui avait été prise à son encontre. Par suite, en refusant d'abroger l'arrêté d'expulsion pris à l'encontre de M. B, le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur d'appréciation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. M. B fait valoir qu'il est entré en France en 1979, qu'il est hébergé de façon stable depuis 2013, qu'il s'est engagé depuis 2017 dans une démarche d'insertion professionnelle en tant qu'ouvrier espaces verts, et qu'il vit désormais du salaire des missions d'interim qu'il réalise comme manœuvre du bâtiment. Toutefois, si l'intéressé produit plusieurs attestations et documents pour étayer ses allégations, il ressort de ce qui a été dit au point 7 qu'il continue de représenter une menace pour l'ordre public. En outre, s'il établit travailler en tant qu'intérimaire pour une entreprise d'insertion, cette réinsertion professionnelle reste récente à la date de la décision attaquée, alors qu'il demeure hébergé en centre d'hébergement et de stabilisation depuis 2013. Dans ces conditions, compte tenu de la persistance, jusqu'en 2014, du comportement délictueux de l'intéressé, condamné à seize reprises postérieurement à l'arrêté d'expulsion du 4 décembre 1993 et eu égard au nombre et à la gravité des infractions commises par M. B, le refus d'abrogation de la mesure d'expulsion n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet opposée à la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion 5 décembre 1994 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Barruel, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.
La rapporteure,
F. BERLAND
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026