jeudi 2 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2203455 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | LUCIANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 février 2022, le 10 juillet 2023 et le 28 février 2024, Mme A C, représentée par Me Luciani, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2008 à 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Mme C soutient que :
-l'administration n'a pas indiqué clairement le fondement juridique sur la base duquel elle a exercé son droit de communication auprès des autorités judiciaires ;
-les enquêtes judiciaires diligentées contre elle se sont conclues par un non-lieu ;
-l'administration a méconnu les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales ;
-l'administration n'était pas fondée à faire usage du délai spécial de reprise prévu par l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales ;
-aucun avis de vérification de comptabilité ne lui a été adressé alors qu'elle a fait l'objet de redressements en matière de bénéfices non commerciaux, en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
-les sommes versés par la SARL Eugenia 2 ne constituent pas des revenus distribués taxables sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts ;
-les sommes versées directement ou indirectement par M. B correspondent en partie à des prêts ;
-les sommes restantes doivent être regardées comme des subsides qui ne peuvent pas être taxés entre ses mains sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts ;
-l'administration ne démontre pas que ces subsides ne seraient pas de pures libéralités ;
-à tout le moins, les sommes qu'elle a remboursées à M. B, soit environ 800 000 euros, doivent être déduites des sommes taxées ;
-l'application de la pénalité pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts n'est pas suffisamment motivée ;
-c'est à tort que l'administration a appliqué cette pénalité ;
-l'application de la majoration de 25 % aux revenus soumis aux prélèvement sociaux est contraire à la jurisprudence du Conseil constitutionnel.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juillet 2022 et les 8 février et 5 mars 2024, le directeur national des vérifications de situations fiscales conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-code de la sécurité sociale ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre des années 2008 à 2013 à l'issue duquel le service lui a notifié, par une proposition de rectification du 26 février 2018, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux et la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus. Mme C demande la décharge de ces impositions.
Sur la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 81 du livre des procédures fiscales : " Le droit de communication permet aux agents de l'administration, pour l'établissement de l'assiette, le contrôle et le recouvrement des impôts, d'avoir connaissance des documents et des renseignements mentionnés aux articles du présent chapitre dans les conditions qui y sont précisées. ". Aux termes de l'article L. 82 C du même livre : " A l'occasion de toute procédure judiciaire, le ministère public peut communiquer les dossiers à l'administration des finances. / Cette dernière porte à la connaissance du ministère public, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication de ces dossiers. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public ". Enfin, selon l'article L. 101 dudit livre : " L'autorité judiciaire doit communiquer à l'administration des finances toute indication qu'elle recueille, à l'occasion de toute procédure judiciaire, de nature à faire présumer une fraude commise en matière fiscale ou une manœuvre quelconque ayant eu pour objet ou pour résultat de frauder ou de compromettre un impôt. / L'administration des finances porte à la connaissance du juge d'instruction ou du procureur de la République, spontanément dans un délai de six mois après leur transmission ou à sa demande, l'état d'avancement des recherches de nature fiscale auxquelles elle a procédé à la suite de la communication des indications effectuée en application du premier alinéa. / Le résultat du traitement définitif de ces dossiers par l'administration des finances fait l'objet d'une communication au ministère public ".
3. Le 2 février 2017, l'administration a exercé son droit de communication auprès du tribunal de grande instance de Bastia afin d'obtenir l'autorisation de consulter la procédure judiciaire dans le cadre de laquelle Mme C a été entendue comme témoin assisté dans une affaire ouverte contre X du chef d'abus de confiance et d'abus de biens sociaux, de blanchiment aggravé par concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit, faits commis à San Nicolao, Moriani Plage en Haute-Corse entre 2009 et 2014. Mme C soutient que la proposition de rectification mentionne que l'administration a exercé son droit de communication en application des dispositions des articles L. 81, L. 82 C et L. 101 du livre des procédures fiscales, sans plus de précision et qu'elle n'est pas en mesure de savoir, dans ces conditions, si les pièces ont été communiquées spontanément par l'autorité judiciaire ou par le ministère public. Toutefois, alors que l'administration n'est pas soumise à l'obligation d'informer le contribuable lorsqu'elle exerce son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire et qu'aucune garantie différente n'est accordée au contribuable selon que l'administration a fait application de l'article L. 82 C ou de l'article L. 101 du livre des procédures fiscales ou selon qu'elle ait exercé d'elle-même son droit de communication ou qu'elle ait été sollicitée par l'autorité judiciaire, cette circonstance n'a aucune incidence sur la régularité de la procédure d'imposition.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".
5. L'obligation ainsi faite à l'administration fiscale de tenir à la disposition du contribuable qui le demande, avant la mise en recouvrement d'impositions établies au terme d'une procédure de rectification contradictoire ou par voie d'imposition d'office, les documents ou copies de documents qui contiennent les renseignements qu'elle a utilisés pour procéder aux redressements correspondants, sauf dans le cas où ces renseignements sont librement accessibles au public, permet au contribuable de vérifier l'authenticité de ces documents et d'en discuter la teneur ou la portée et constitue ainsi une garantie pour l'intéressé. Cette obligation ne peut toutefois porter que sur les documents originaux ou les copies de ces documents effectivement détenus par les services fiscaux. Par suite, dans le cas où l'administration, dans l'exercice de son droit de communication, a pris des copies des documents détenus par un autre service, elle est tenue, en principe, de mettre l'intégralité de ces copies à la disposition du contribuable. Cependant, l'obligation du secret professionnel prévu à l'article L. 103 du livre des procédures fiscales, peut faire obstacle à la communication par l'administration à un contribuable de renseignements concernant un tiers, sans le consentement de celui-ci ou de toute personne habilitée à cet effet. Dès lors, des redressements fondés sur des documents dont les copies détenues par les services fiscaux n'ont été communiquées au contribuable qu'après occultation des informations couvertes par un tel secret peuvent être régulièrement établis.
6. A supposer que Mme C ait entendu soulever le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales, l'administration fait valoir, sans être contredite, que, par un courrier du 26 juin 2020, qu'elle a adressé une première fois à la requérante le 29 juin 2020, mais qui lui a été retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé ", et une seconde fois le 18 août 2020, elle a indiqué à cette dernière qu'elle acceptait de lui communiquer les pièces obtenues dans l'exercice de son droit de communication sous réserve qu'elle s'acquitte des frais de copie et d'envoi et que Mme C n'a pas donné suite à cette demande. En outre, il est constant que l'ensemble des documents en litige a été joint à la réponse aux observations du contribuable du 20 juillet 2018. Si Mme C soutient qu'il n'est pas possible de savoir si les parties occultées des documents communiqués par l'administration l'ont été par cette dernière ou par l'autorité judiciaire, cette circonstance n'a aucune incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. En tout état de cause, l'administration indique qu'elle a elle-même procédé aux occultations des renseignements concernant un tiers afin de respecter l'obligation du secret professionnel prévu à l'article L. 103 du livre des procédures fiscales et rien ne permet d'établir que les parties occultées auraient contenu des éléments à la décharge de la requérante.
7. En troisième lieu, la circonstance que le tribunal correctionnel de Bastia a jugé, par une ordonnance du 12 juillet 2019, qu'il n'y avait pas lieu de poursuivre Mme C pour les faits d'abus de confiance, recel d'abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux et blanchiment ne faisait pas obstacle à ce que l'administration fiscale lui notifie des redressements concernant les sommes encaissées et non déclarées par la requérante dont elle a appris l'existence à l'occasion de la consultation des pièces de la procédure pénale.
8. Enfin, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. () ".
9. La circonstance que l'administration ait notifié des redressements à Mme C dans la catégorie des bénéfices non commerciaux n'imposait pas qu'elle adresse à cette dernière un avis de vérification de comptabilité dès lors qu'elle n'a pas procédé à l'examen critique de documents comptables. Par suite, dès lors que l'administration ne peut être regardée comme ayant procédé à une vérification de comptabilité, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la prescription :
10. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu (), le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due () ". Toutefois, aux termes de l'article L. 188 C du même livre, dans sa version applicable au litige : " Même si les délais de reprise sont écoulés, les omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux ou par une réclamation contentieuse peuvent être réparées par l'administration des impôts jusqu'à la fin de l'année suivant celle de la décision qui a clos l'instance et, au plus tard, jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ".
11. D'une part, pour l'application de l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales aux omissions ou insuffisances d'imposition révélées par une instance devant les tribunaux répressifs, seul l'engagement de poursuites, qui inclut la phase de l'instruction conduite par le juge d'instruction, doit être regardé comme ouvrant l'instance. L'ouverture d'une enquête préliminaire, en revanche, n'a pas un tel effet. Lorsque des insuffisances ou omissions d'impositions sont révélées à l'administration fiscale postérieurement à l'ouverture d'une instance, au sens de ces dispositions, le délai spécial de reprise qu'elles prévoient est applicable, alors même que les insuffisances ou omissions d'impositions sont mises en évidence par des pièces de la procédure établies au stade d'une enquête préliminaire. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions citées au point précédent que ce délai de reprise spécial ne s'applique que lorsque les omissions ou insuffisances révélées par l'instance concernent un contribuable mis en examen ou accusé dans le cadre de cette instance.
12. Il résulte de l'instruction que l'administration a pris connaissance, lors de l'exercice de son droit de communication auprès du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bastia, le 10 avril 2017 et le 9 septembre 2018, de la circonstance que Mme C avait perçu sur ses comptes en banque, entre 2008 et 2013, des sommes qu'elle n'avait pas mentionnées dans ses déclarations de revenus correspondantes. Dès lors que les omissions d'imposition en litige ont été révélées par une instance devant un tribunal, c'est à bon droit que l'administration a fait application du délai spécial de reprise prévu par l'article L. 188 C du livre des procédures fiscales, quand bien même Mme C n'a été entendue que comme témoin assisté, que l'affaire était en cours d'instruction lorsque l'administration a exercé son droit de communication et que la requérante a bénéficié d'un non-lieu.
En ce qui concerne les revenus distribués par la SARL Eugenia 2 :
13. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".
14. Il résulte de l'instruction que lors de l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, le service a constaté que la SARL Eugenia 2 avait versé à Mme C entre 2009 et 2013 un montant total de 249 500 euros et qu'il n'était pas établi que ces sommes avaient été versées à la requérante, dont il est constant qu'elle n'avait aucun lien avec cette société, dans l'intérêt de l'entreprise. Mme C soutient que cette somme correspondait à un prêt que lui a accordé la société, ce qu'a confirmé M. B, qui contrôle et dirige ladite société, lors de son audition par les services de police. Il résulte de l'instruction que ce dernier a présenté un contrat de prêt mentionnant un taux d'intérêt de 3,5 % l'an sans gage et sans date butoir. Il a également produit le procès-verbal de l'assemblée générale extraordinaire de la société du 3 janvier 2011 qui a validé le prêt accordé à Mme C et qui précise que l'intéressée avait besoin de cette somme pour régler des frais de succession d'un montant de 2,5 millions d'euros. Toutefois, Mme C a reconnu n'avoir jamais reçu d'importante succession et a affirmé ne pas avoir signé ce contrat, qui n'a, au demeurant, pas été enregistré auprès des services fiscaux. Dans ces conditions, la réalité du prêt allégué ne peut être tenue pour établie, alors qu'au surplus il est constant que Mme C n'avait pas la capacité financière pour rembourser une telle somme. Par suite, alors que l'intérêt pour la société de verser la somme en cause à Mme C n'est pas démontrée, c'est à bon droit que l'administration a regardé cette somme comme un avantage occulte au sens du c de l'article 111 du code général des impôts et l'a taxée entre les mains de la requérante sur ce fondement.
En ce qui concerne les bénéfices non commerciaux :
15. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. () ". Ces dispositions ne permettent, dans le cas des personnes dont le train de vie est assuré par des subsides qu'elles reçoivent d'un tiers, de soumettre à l'impôt, comme constituant des revenus, les sommes ainsi perçues que si l'ensemble des circonstances de l'affaire fait ressortir que le versement de ces subsides n'a pas le caractère d'une pure libéralité.
16. Il résulte de l'instruction que, lors de l'exercice de son droit de communication auprès de l'autorité judiciaire, le service a constaté que Mme C avait perçu, entre juin 2009 et décembre 2014, directement de la part de M. B et indirectement via les SCI Eugenia et Terra Verde, dirigées par M. B, ou via des tiers, une somme totale de 2 000 778 euros.
17. D'une part, lors de leur audition par les services de police, Mme C et M. B ont indiqué que les sommes correspondaient à des prêts accordés par M. B à l'intéressée et ce dernier a évoqué deux contrats de prêts des 10 et 15 janvier 2009 de montants respectifs de 2 millions d'euros et de 150 000 euros. Toutefois, il est constant que ces contrats, qui n'ont, au demeurant, pas été communiqués au service vérificateur et qui ne sont pas produits dans le cadre de la présente instance, n'ont pas été signés et paraphés par Mme C, comme cette dernière l'a reconnu, que la date et le lieu de naissance de la requérante qu'ils mentionnent sont erronés et que lesdits contrats n'ont pas été enregistrés auprès des services fiscaux. Par suite, la réalité des prêts allégués ne peut être regardée comme établie. Au surplus, il est constant que ces prêts auraient été accordés sans intérêt et sans que les modalités de remboursement soient clairement définies et que leur montant aurait été particulièrement élevé alors que Mme C ne présentait aucune garantie permettant d'assurer qu'elle pourrait les rembourser.
18. D'autre part, Mme C soutient qu'une partie des sommes versées par M. B doit être regardée comme des subsides accordés par ce dernier, avec qui elle avait une relation sentimentale, pour subvenir à ses besoins et que, s'agissant ainsi de pures libéralités, elles ne pouvaient être taxables sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts. Toutefois, si Mme C et M. B ont effectivement déclaré être amants lors de leur audition par les services de police pour justifier les versements litigieux, ces déclarations sont restées très sommaires, paraissent peu crédibles et ne sont corroborées par aucune pièce ni aucun commencement de preuve permettant de démontrer l'existence d'une telle relation. En outre, compte tenu de leur montant, les sommes versées ne peuvent être regardées comme de simples subsides visant à permettre à la requérante de subvenir à ses besoins. Par ailleurs, il est constant qu'une partie de sommes versées par M. B a été reversée au frère de la requérante pour un montant total de plus de 500 000 euros afin de lui permettre d'acquérir des biens immobiliers et que Mme C a elle-même acquis un bien immobilier, dépensé l'argent dans des achats divers parfois très couteux et pour offrir des cadeaux à ses proches et principalement à son frère, pour qui elle a notamment acquis une voiture d'une valeur de 55 000 euros, et qu'elle a également établi un certain nombre de chèques au bénéfice de personnes qu'elle a dit ne pas connaître. Dans ces conditions, les sommes versées par M. B directement ou indirectement à Mme C ne peuvent être regardées comme des subsides destinés à assurer son train de vie et à subvenir à ses besoins et ne présentent donc pas un caractère de pure libéralité. Par suite, c'est à bon droit que l'administration les a taxées entre les mains de Mme C sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts.
19. Enfin, Mme C soutient que l'administration n'aurait dû taxer entre ses mains que le solde entre les sommes perçues et celles qu'elle a remboursées en liquide à M. B qui représentent entre 600 000 et 800 000 euros. Toutefois, aucune pièce ne permet de démontrer la réalité d'un tel remboursement. En outre, si la requérante a indiqué avoir pu procéder à ces remboursements notamment grâce aux gains qu'elle a obtenus aux jeux, la seule production de preuve de ses gains aux jeux, dont le montant est, au demeurant, inférieur aux sommes misées, comme cela résulte des pièces issues de la procédure pénale, ne saurait suffire à démontrer qu'elle aurait effectivement remboursé une partie des sommes en litige.
Sur la majoration de 1,25 appliquée à l'assiette des contributions sociales :
20. Aux termes de l'article L. 136-1 du code de la sécurité sociale : " Il est institué une contribution sociale sur les revenus d'activité et sur les revenus de remplacement à laquelle sont assujettis : / 1° Les personnes physiques qui sont à la fois considérées comme domiciliées en France pour l'établissement de l'impôt sur le revenu et à la charge, à quelque titre que ce soit, d'un régime obligatoire français d'assurance maladie () ". Aux termes de l'article L. 136-6 du même code : " I.- Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () / f) De tous revenus qui entrent dans la catégorie () des bénéfices non commerciaux (), à l'exception de ceux qui sont assujettis à la contribution sur les revenus d'activité et de remplacement définie aux articles L. 136-1 à L. 136-5 () ".
21. En outre, aux termes de l'article 158 du code général des impôts, dans sa version applicable au présent litige : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : 1° Aux titulaires de revenus passibles de l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux ou des bénéfices non commerciaux ou des bénéfices agricoles, réalisés par des contribuables soumis à un régime réel d'imposition : a) Qui ne sont pas adhérents d'un centre de gestion ou association agréés définis aux articles 1649 quater C à 1649 quater H, à l'exclusion des membres d'un groupement ou d'une société mentionnés aux articles 8 à 8 quinquies et des conjoints exploitants agricoles de fonds séparés ou associés d'une même société ou groupement adhérant à l'un de ces organismes ; b) Ou qui ne font pas appel aux services d'un expert-comptable, d'une société membre de l'ordre ou d'une association de gestion et de comptabilité, autorisé à ce titre par l'administration fiscale et ayant conclu avec cette dernière une convention en application des articles 1649 quater L et 1649 quater M () ; 2° Aux revenus distribués mentionnés aux c à e de l'article 111, aux bénéfices ou revenus mentionnés à l'article 123 bis et aux revenus distribués mentionnés à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice ".
22. Mme C soutient que l'administration aurait appliqué à tort à l'assiette des contributions sociales le coefficient multiplicateur de 1,25 prévu à l'article 158 du code général des impôts en méconnaissance des décisions n° 2016-610 QPC du 10 février 2017 et n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017 par lesquelles le Conseil constitutionnel, tout en déclarant conforme à la Constitution les dispositions du 7° de l'article 158 du code général des impôts, a formulé une réserve d'interprétation au regard du principe d'égalité devant les charges publiques protégé par l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Toutefois, l'administration n'a appliqué le coefficient multiplicateur qu'aux sommes taxées sur le fondement de l'article 92 du code général des impôts, qui relèvent de la catégorie des bénéfices non commerciaux visés au a du 1° du 7 de l'article 158 du code général des impôts et au f du I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale et qui ne sont pas concernées par la réserve d'interprétation du Conseil constitutionnel qui est relative à la base de calcul des contributions sociales assises sur les revenus distribués sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts.
Sur les pénalités :
23. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.
24. Aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs et à l'amélioration des relations entre l'administration et le public, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. () "
25. La proposition de rectification du 26 février 2018 mentionne les motifs de droit et de faits sur lesquels elle se fonde pour appliquer la majoration pour manquement délibéré. Elle est ainsi suffisamment motivée et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 80 D doit donc être écarté.
26. En outre, pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré aux revenus taxés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux, l'administration fait valoir que Mme C n'a pas été en mesure de démontrer qu'une partie des sommes versées directement ou indirectement par M. B constituaient des prêts, que lesdites sommes ont été utilisées pour financer son train de vie et que l'intéressée ne pouvait ignorer, compte tenu de l'importance des sommes en cause, que ces dernières devaient être déclarées à l'impôt sur le revenu au titre des années 2008 à 2013. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qui lui incombe, du manquement délibéré de l'intéressée.
Sur les frais liés au litige :
27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " et aux termes de l'article R. 761-1 du même code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme C au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la requérante à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au directeur national des vérifications de situations fiscales.
Délibéré après l'audience du 3 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026