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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2203549

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2203549

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2203549
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantPITTI-FERRANDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 février 2022 et 12 avril 2023, M. C I, représenté par Me Pitti-Ferrandi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2022 du délégué interministériel à la sécurité routière en tant qu'elle lui a refusé le bénéfice de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022 ;

2°) d'enjoindre à l'État de lui accorder le bénéfice de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le mémoire en défense produit par le ministre le 6 mars 2023 est irrecevable en raison de l'incompétence de son signataire ;

- la décision du 31 janvier 2022 est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le ministre ne pouvait exiger qu'il s'inscrive à la formation annuelle pour la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés alors qu'il n'était pas réinscrit sur la liste des experts ;

- elle est entachée d'erreur de fait en lui reprochant de ne pas s'être inscrit en 2021 à la formation permettant la qualification ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que la disparition rétroactive de la décision du 10 février 2020 le radiant de la liste nationale des experts automobiles résultant de son annulation par le jugement du tribunal du 26 novembre 2021 imposait que sa réinscription comprenne le rétablissement de sa qualification ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il disposait de cette qualification depuis de nombreuses années lors de sa radiation annulée rétroactivement et que des dérogations ont pu être accordées ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée à son encontre ;

- le ministre n'était pas en situation de compétence liée pour rejeter sa demande dès lors qu'il l'avait accordée en 2021 à l'ensemble des experts n'ayant pu suivre la formation en 2020.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 mars 2023 et le 10 janvier 2024, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il se trouvait en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ;

- les moyens invoqués par M. G sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- l'arrêté du 29 avril 2009 fixant les modalités d'application des dispositions du code de la route relatives aux véhicules endommagés pour les voitures particulières et les camionnettes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public,

- et les observations de Me Morel, se substituant à Me Pitti-Ferrandi, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis n° 001-2019 du 29 novembre 2019, la commission nationale des experts en automobile (CNEA) a proposé que soit prononcée par la ministre chargée des transports à l'encontre de M. G, sur le fondement de l'article R. 326-14 du code de la route, la sanction disciplinaire de radiation de la liste nationale des experts en automobile avec interdiction de solliciter, pour quelque qualification que ce soit, une nouvelle inscription pendant cinq ans. Par une décision du 10 février 2020, la ministre chargée des transports a prononcé à l'encontre de M. G la sanction disciplinaire de radiation de la liste nationale des experts en automobile avec interdiction de solliciter, pour quelque qualification que ce soit, une nouvelle inscription pendant cinq ans. Par un jugement n° 2004008 du 26 novembre 2021, devenu définitif, le tribunal a, à l'article 1er, prononcé l'annulation de cette décision et a, à l'article 2, enjoint au ministre de réexaminer la situation de M. G, dans un délai de trois mois à compter de sa notification. Par une décision du 31 janvier 2022, le délégué interministériel à la sécurité routière a procédé à la réinscription de M. G sur la liste nationale des experts en automobile mais a refusé de faire droit à sa demande relative à l'octroi de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022. Par la présente requête, M. G demande l'annulation de la décision du 31 janvier 2022 en tant qu'elle lui a refusé le bénéfice de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022.

Sur l'incompétence du signataire du premier mémoire en défense :

2. Le mémoire en défense de l'administration du 6 mars 2023 a été signé par M. A F, attaché d'administration hors classe de l'État, chef de bureau pour les affaires relatives aux transports, au domaine public et aux contraventions de grande voirie, y compris en matière contentieuse, lequel disposait, en vertu de l'article 7 de la décision du 25 novembre 2022 prise par M. D B, directeur des affaires juridiques du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, d'une délégation régulière de signature afin de signer tous actes, arrêtés et décision à l'exclusion des décrets, pour les affaires relatives aux transports notamment, y compris en matière contentieuse. Par suite, il n'y a pas lieu d'écarter ce mémoire des débats.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Lorsque le juge de l'excès de pouvoir annule une décision administrative alors que plusieurs moyens sont de nature à justifier l'annulation, il lui revient, en principe, de choisir de fonder l'annulation sur le moyen qui lui paraît le mieux à même de régler le litige, au vu de l'ensemble des circonstances de l'affaire. Mais, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions à fin d'annulation, des conclusions à fin d'injonction tendant à ce que le juge enjoigne à l'autorité administrative de prendre une décision dans un sens déterminé, il incombe au juge de l'excès de pouvoir d'examiner prioritairement les moyens qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de l'injonction demandée. Il en va également ainsi lorsque des conclusions à fin d'injonction sont présentées à titre principal sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire sur le fondement de l'article L. 911-2. De même, lorsque le requérant choisit de hiérarchiser, avant l'expiration du délai de recours, les prétentions qu'il soumet au juge de l'excès de pouvoir en fonction de la cause juridique sur laquelle reposent, à titre principal, ses conclusions à fin d'annulation, il incombe au juge de l'excès de pouvoir de statuer en respectant cette hiérarchisation, c'est-à-dire en examinant prioritairement les moyens qui se rattachent à la cause juridique correspondant à la demande principale du requérant.

En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article L. 326-3 du code de la route : " Nul ne peut exercer la profession d'expert en automobile s'il ne figure sur une liste fixée par l'autorité administrative. / L'inscription sur cette liste est de droit pour les personnes remplissant les conditions fixées par le présent chapitre ". Aux termes de l'article R. 326-5 du même code : " Toute personne souhaitant être inscrite sur la liste des experts en automobile, à l'exception de celles mentionnées au II de l'article L. 326-4, doit en faire la demande au ministre chargé des transports. Cette demande est accompagnée des pièces justificatives suivantes : () / 6° Un justificatif démontrant que, lorsqu'il sollicite la reconnaissance de sa qualification pour le contrôle des véhicules endommagés prévue par les articles L. 327-1 à L. 327-6, le demandeur répond aux conditions prévues à l'article R. 326-11 () / () ". Aux termes de l'article R. 326-11 de ce code : " La qualification des experts en automobile pour le contrôle des véhicules endommagés prévue par les articles L. 327-1 à L. 327-5 est acquise après une formation dispensée dans les conditions définies par arrêté du ministre chargé des transports. () / La liste des experts en automobile mentionne pour chaque expert concerné cette qualification ". L'article R. 326-12 de ce même code dispose que : " Le ministre chargé des transports vérifie chaque année que l'expert inscrit remplit les conditions requises par l'article R. 326-5 () / () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 26 juillet 2011 relatif à l'obtention et au maintien de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés pour les experts en automobile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La qualification des experts en automobile pour le contrôle des véhicules endommagés (VE) est reconnue aux experts figurant sur la liste nationale des experts en automobile mentionnée à l'article L. 326-3 du code de la route et ayant suivi la formation dans les conditions définies par le présent arrêté. La formation est réputée acquise pour les experts titulaires du diplôme d'expert en automobile depuis moins d'un an. / La qualification atteste de la compétence nécessaire à la conduite des procédures de contrôle, comprenant l'établissement du rapport d'expertise et la validation des différentes opérations effectuées sur les véhicules endommagés prévues aux articles L. 327-1 à L. 327-6 et R. 327-1 à R. 327-3 du code de la route. / Le bénéfice de la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés est valable jusqu'au 31 décembre de l'année suivant celle de la formation ". Et aux termes de l'article 3 de cet arrêté : " La formation prévue à l'article 1er du présent arrêté est destinée à l'actualisation et à la mise à jour des connaissances juridiques et techniques nécessaires à la conduite des procédures relatives aux véhicules endommagés visés par les articles L. 327-1 à L. 327-6 et R. 327-1 à 3 du code de la route. / Elle est nécessaire à tout expert en automobile inscrit sur la liste et souhaitant obtenir ou renouveler sa qualification VE. / La formation continue est d'une durée d'une journée (huit heures) et comprend une partie administrative et une partie technique. Celles-ci, ainsi que leurs objectifs respectifs, sont précisées par le programme prévu en annexe 1. / Une attestation de suivi de formation, dûment renseignée et signée, conforme au modèle type figurant en annexe 2, du présent arrêté est remise par l'organisme de formation agréé à l'expert ayant suivi cette formation ".

5. Pour refuser l'octroi à M. H la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés au titre de l'année 2022, le délégué interministériel à la sécurité routière s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'avait pas suivi en 2021 la formation obligatoire prévue à l'article R. 326-11 du code de la route, selon les modalités précisées par l'arrêté du 26 juillet 2011, et que ce dernier aurait dû s'inscrire, dès notification du jugement du tribunal du 26 novembre 2021, à une telle formation, pour se voir attribuer cette qualification.

6. En premier lieu, il est constant, d'une part, M. G n'avait pas accompli la formation annuelle obligatoire prévue aux articles R. 326-11 et R. 326-12 du code de la route à la date de la décision attaquée prise en exécution du jugement du 26 novembre 2021 enjoignant au ministre de réexaminer la situation de M. G. La circonstance que la dernière formation annuelle pour la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés se soit déroulée le 9 décembre 2021, à une date rapprochée de la notification du jugement, est à cet égard sans incidence sur l'appréciation qu'a portée l'administration sur la demande de M. G. Dès lors, dans le cadre du réexamen de la situation de M. G, le ministre pouvait, en application des dispositions précitées, d'une part, inscrire l'intéressé sur la liste des experts automobiles et, d'autre part, exiger qu'il s'inscrive à la formation annuelle pour la qualification pour le contrôle des véhicules endommagés. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.

7. En deuxième lieu, en relevant que M. G n'avait pas accompli la formation annuelle précitée au titre de l'année 2021, le ministre n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait.

8. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. G, la disparition rétroactive de la décision de radiation du 10 février 2020 en conséquence de son annulation prononcée par le tribunal n'imposait pas le rétablissement de sa qualification pour le contrôle des véhicules endommagés dès lors que cette condition devait de nouveau être appréciée, dans le cadre du réexamen de sa demande, au regard des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle l'autorité administrative devait se prononcer. La circonstance qu'une dérogation exceptionnelle ait été accordée, dans des circonstances différentes, au cours de la période de la pandémie de covid-19, n'était pas de nature à lui permettre de bénéficier d'une telle qualification en le dispensant de suivre la formation annuelle précitée, sans qu'ait d'incidence la circonstance qu'il ait lui-même bénéficié de cette qualification depuis de nombreuses années. Cette condition préalable à l'octroi de cette qualification n'étant pas remplie, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation ou d'erreur manifeste d'appréciation, que le ministre a pu refuser à M. G la qualification complémentaire pour le contrôle des véhicules endommagés.

9. En dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige constituerait une sanction disciplinaire déguisée n'est assorti d'aucune allégation sérieuse permettant d'en établir le bien-fondé.

En ce qui concerne la légalité externe :

10. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'État et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / () / 2° () les sous-directeurs () ".

11. La décision attaquée a été signée par M. E, sous-directeur de la protection des usagers de la route au sein de la délégation à la sécurité routière, nommé par un arrêté du 18 octobre 2019, puis reconduit pour deux ans par un arrêté du 29 septembre 2020, publié le 1er octobre 2020 au Journal officiel de la République française, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature au nom du ministre de la justice, en application des dispositions de l'article 1er du décret relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement et de l'arrêté précité du 29 septembre 2020 le renouvelant dans son emploi pour une période de deux ans à compter du 18 octobre 2020. En outre, il ne résulte d'aucun texte, et notamment pas de l'article 6 du décret du 27 avril 2017 modifiant le décret du 12 août 2013 portant organisation de l'administration centrale du ministère de l'intérieur et du ministère des outre-mer, en vertu duquel la délégation à la sécurité routière met en œuvre les textes législatifs et réglementaires en matière d'expertise automobile, ni de l'arrêté du 27 avril 2017 portant organisation interne de la délégation à la sécurité routière qui prévoit que celle-ci " gère la liste des experts en automobile ", que l'exercice du pouvoir disciplinaire sur les experts automobiles serait réservé au ministre, et que le délégué à la sécurité routière n'aurait pas compétence pour prendre en son nom les décisions prévues à l'article R. 326-14 du code de la route. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C I et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires

Délibéré après l'audience du 24 mars 2024, à laquelle siégeaient

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,Le Président,

A. PényM. Delesalle

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3

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