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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2204176

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2204176

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2204176
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSCP FOUSSARD - FROGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires en réplique, enregistrés le 18 février 2022, le 19 novembre 2022, le 19 décembre 2022 et le 16 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Triomphe, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public Paris Musées a procédé à une retenue sur son traitement du mois de janvier 2022 de plusieurs jours des mois de novembre et décembre 2021 pour absence de service fait ;

2°) de lui enjoindre de restituer les sommes correspondant à vingt-neuf jours irrégulièrement retenues sur son traitement et de lui donner accès à son lieu de travail sans exiger la présentation d'un passe sanitaire ou vaccinal ;

3°) de mettre à la charge l'établissement public Paris Musées une somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 modifié méconnaît les dispositions de la loi n°2021-689 du 31 mai 2021 en tant qu'il élargit la liste des lieux pouvant être soumis au passe sanitaire aux établissements accueillant des activités culturelles, sportives, ludiques ou festives ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a jamais été convoqué à un entretien avec son employeur pour envisager les possibilités d'affectation sur un autre poste non soumis à l'obligation de présentation d'un passe sanitaire puis vaccinal à la suite de sa suspension et méconnaît ainsi les dispositions du C du II de l'article 1er de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a télétravaillé, en accord avec sa hiérarchie, de manière effective ;

- elle méconnaît les dispositions du V de l'article 47-1 du décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 modifié dès lors que son activité se déroule dans des espaces non accessibles aux public et lui permettant de ne pas entrer en contact avec le public ;

- elle méconnaît les dispositions du C du II de l'article 1er de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 dès lors qu'elle a substitué aux sanctions légales prévues en cas de refus de présenter un passe sanitaire puis vaccinal des retenues injustifiées sur son traitement pour des journées au cours desquelles il a pourtant travaillé.

Par trois mémoires en défense, enregistrés le 18 octobre 2022, le 5 décembre 2022 et le 2 janvier 2023, la directrice générale de l'Etablissement Paris Musées, représentée par la SCP Foussard - Froger, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;

- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- les conclusions de M. Coz, rapporteur public,

- et les observations de Me Levatois, représentant M. A, et de Me Connil, représentant l'établissement public Paris Musées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, fonctionnaire titulaire, est employé par l'établissement public Paris Musées en qualité de chargé d'études documentaires, affecté à la conservation du musée Bourdelle. Dans le contexte de la lutte contre l'épidémie de COVID-19, il a été informé au mois d'août 2021 de l'obligation de présenter un passe sanitaire pour se présenter sur son lieu de travail. Le 1er septembre 2021, il a refusé de présenter un passe sanitaire et s'est vu interdire l'accès à son lieu de travail. A la suite d'un entretien le 6 septembre suivant, il lui a été demandé de se présenter sur site un jour par semaine, d'effectuer ses missions en télétravail deux puis trois jours par semaine et d'adresser à sa hiérarchie une demande de congé pour les jours qui ne seraient couverts par aucune de ces deux hypothèses. Par un courrier du 7 décembre 2021, le directeur des ressources humaines et des relations sociales de Paris Musées a demandé à M. A de fournir, dans un délai de dix jours, des justificatifs pour ses absences des 4, 9, 16, 17, 19, 23 au 26 novembre 2021 et du 30 novembre au 1er décembre 2021. En l'absence de réponse du requérant, par une décision du 3 février 2022, il l'a informé de retenues pour absence de service fait sur son traitement de janvier correspondant à ces dates. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions en injonction :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes du C du II-2 de l'article 1er de la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire : " Lorsqu'un agent public soumis à l'obligation prévue au A du présent II ne présente pas les justificatifs, certificats ou résultats dont ces dispositions lui imposent la présentation et s'il ne choisit pas d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés, ce dernier lui notifie, par tout moyen, le jour même, la suspension de ses fonctions ou de son contrat de travail. Cette suspension, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis. / Lorsque la situation mentionnée au premier alinéa du présent 2 se prolonge au-delà d'une durée équivalente à trois jours travaillés, l'employeur convoque l'agent à un entretien afin d'examiner avec lui les moyens de régulariser sa situation, notamment les possibilités d'affectation, le cas échéant temporaire, sur un autre poste non soumis à cette obligation () ".

3. D'une part, M. A soutient que ces dispositions ont été méconnues, en l'absence d'organisation de l'entretien qu'elles prévoient préalablement à sa suspension. Si, il est vrai, la directrice du musée Bourdelle a demandé à M. A, le 1er septembre 2021, de quitter sans délai son lieu de travail à défaut de détenir un passe sanitaire, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A avait été informé par une note de la directrice générale de Paris Musées en date du 24 août 2021 de la procédure à suivre en cas de refus de se soumettre au passe sanitaire, d'autre part, qu'il a été reçu dès le 6 septembre 2021 par la direction du musée Bourdelle pour déterminer les conditions de la poursuite de son activité professionnelle et, enfin, qu'à la suite de cet entretien, l'établissement Paris Musée n'a pris aucune mesure de suspension de l'intéressé sur le fondement des dispositions citées au point précédent, se bornant à constater le non-respect par celui-ci du dispositif évoqué au cours dudit entretien. Dès lors, et dans les circonstances particulières de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être regardé comme inopérant et, pour cette raison, écarté.

4. D'autre part, si M. A soutient qu'en vertu des dispositions précitées, l'établissement Paris Musées était tenu de le suspendre et ne pouvait légalement se contenter de mettre en place une modalité d'organisation du travail lui permettant de poursuivre ses activités professionnelles en l'absence de tout passe sanitaire, il est constant qu'une telle mesure aurait eu pour conséquence une suspension totale de son traitement plus défavorable que sa situation actuelle, et que la décision de Paris Musée de le placer en télétravail plusieurs jours par semaine procède d'une tentative de conciliation de la part de son employeur, que l'intéressé a, au demeurant, acceptée, en vue de lui permettre de conserver un traitement malgré son refus de se conformer à ses obligations sanitaires. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précité ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de crise sanitaire dans sa rédaction applicable au litige : " II. - A. - A compter du 2 juin 2021 et jusqu'au 31 juillet 2022 inclus, le Premier ministre peut, par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, dans l'intérêt de la santé publique, aux seules fins de lutter contre l'épidémie de covid-19 et si la situation sanitaire le justifie au regard de la circulation virale ou de ses conséquences sur le système de santé, appréciées en tenant compte des indicateurs sanitaires tels que le taux de vaccination, le taux de positivité des tests de dépistage, le taux d'incidence ou le taux de saturation des lits de réanimation : / () 2° Subordonner à la présentation d'un justificatif de statut vaccinal concernant la covid-19 l'accès des personnes âgées d'au moins seize ans à certains lieux, établissements, services ou évènements où sont exercées les activités suivantes : / a) Les activités de loisirs () " Aux termes de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire modifié dans sa rédaction applicable au litige : " II.- Les documents mentionnés aux I et I bis doivent être présentés pour l'accès des participants, visiteurs, spectateurs, clients ou passagers aux établissements, lieux, services et évènements suivants : / 1° Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 143-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après, pour les activités culturelles, sportives, ludiques ou festives qu'ils accueillent : / () j) Les musées et salles destinées à recevoir des expositions à vocation culturelle ayant un caractère temporaire, relevant du type Y, sauf pour les personnes accédant à ces établissements pour des motifs professionnels ou à des fins de recherche () ". En vertu du IV de ce même article : " Le présent article est applicable, à compter du 30 août 2021, aux salariés, agents publics, bénévoles et aux autres personnes qui interviennent dans les lieux, établissements, services ou évènements concernés, lorsque leur activité se déroule dans les espaces et aux heures où ils sont accessibles au public, à l'exception des activités de livraison et sauf intervention d'urgence ".

6. Si le requérant soutient que la directrice générale de l'établissement public Paris Musées n'était pas compétente pour imposer aux agents placés sous son autorité hiérarchique la présentation d'un passe sanitaire, un tel moyen est inopérant contre la décision du 3 février 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public Paris Musées l'a informé qu'elle était tenue de procéder à une retenue sur son traitement. En toute état de cause, il découle des dispositions précitées une obligation de présentation d'un tel passe par les agents publics intervenant dans les lieux culturels à compter du 30 août 2021. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en déclinant cette obligation au sein de l'établissement Bourdelle où travaillait le requérant, la directrice générale aurait outrepassé sa compétence.

En ce qui concerne la légalité interne :

7. En premier lieu, d'une part, il résulte des dispositions citées au point 5 une obligation pour les agents publics intervenant dans les lieux culturels de présenter un passe sanitaire à compter du 30 août 2021.

8. D'autre part, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou si celui-ci en constitue la base légale

9. En l'espèce, si le requérant soutient que la décision du 3 février 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public Paris Musées a informé M. A de son intention de procéder à une retenue sur son traitement du mois de janvier 2022 de plusieurs jours des mois de novembre et décembre 2021 est illégale de fait de l'illégalité de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée n'est pas fondée sur ce décret mais sur les dispositions de l'article 20 de la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 20 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique. En tout état de cause, il résulte des termes mêmes de la loi du 31 mai 2021 qu'elle a habilité le Premier ministre à subordonner à un passe sanitaire l'accès des personnes à certains lieux, établissements ou événements impliquant de grands rassemblements de personnes pour des activités de loisirs, catégorie qui inclut les activités de loisirs à caractère culturel, telles que la fréquentation d'un musée ou d'une bibliothèque. Par suite, le requérant ne saurait utilement exciper de l'illégalité de ces dispositions pour demander l'annulation de la décision du 3 février 2022, et ce moyen doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit par rapport aux dispositions précitées de l'article 47-1 du décret du 1er juin 2021, dès lors que le passe n'est exigible des agents publics que lorsque leur activité se déroule dans les espaces et aux heures où ils sont accessibles au public, le moyen est inopérant contre la décision portant retenue de salaire qui, ainsi qu'il a été dit, n'est pas fondée sur ces dispositions. En tout état de cause, M. A n'établit pas que, contrairement à ce que soutient son employeur, ses missions pouvaient être intégralement effectuées sans se rendre dans les lieux que fréquente le public durant les heures d'ouverture du musée.

11. En troisième lieu, le requérant soutient, d'une part, que la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie avoir travaillé pendant les jours comptabilisés comme des absences, et, d'autre part, qu'il ne peut lui être reproché de ne pas avoir formulé de demande de télétravail dès lors que la campagne de recueil des souhaits de télétravail était achevée à son retour de congé de maladie le 22 octobre 2021.

12. D'une part, si le requérant soutient avoir travaillé sur l'ensemble des jours comptabilisés comme des absences et se prévaut d'un échange de courriels avec sa hiérarchie en date des 1er, 2 et 4 février 2022, il ressort seulement de ces échanges que, si la hiérarchie du requérant l'a invité dès le 24 janvier 2022 à remplir un tableau Excel en vue de justifier du travail produit depuis le 1er octobre 2021, il n'avait, au 2 février, toujours pas satisfait à cette obligation. Le requérant, qui ne verse au dossier aucun élément relatif au travail effectué durant la période litigieuse, ne saurait ainsi être regardé comme attestant de la réalité de ce travail.

13. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un courriel en date du 14 octobre 2021, que le musée Bourdelle avait mis en place, pour les agents dépourvus de passe sanitaire, un nombre de deux jours de télétravail par semaine entre le 20 octobre et le 14 novembre 2021, puis d'un seul jour par semaine en télétravail régulier à compter du 15 novembre 2021. Il ressort également d'un " flash info " du 1er octobre 2021 que la campagne de recensement des demandes de télétravail régulier avait lieu entre le 1er octobre et le 20 octobre 2021, la demande devant être formalisée avant le 20 octobre 2021. S'il est constant que le requérant était en congé de maladie entre le 8 et le 22 octobre 2021, il lui était loisible de faire connaître à sa hiérarchie ses demandes de télétravail entre le 1er et le 8 octobre 2021, et à la suite de son retour de congé de maladie, en vue de se conformer aux exigences de sa hiérarchie. Il ne saurait en outre se prévaloir de l'application par sa hiérarchie des dispositions du décret du 1er juin 2021 précitées lui interdisant l'accès au site pour soutenir qu'il aurait été mis de force en position de télétravail par ses supérieurs. Par suite, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

14. En dernier lieu, si le requérant soutient que la décision contestée est illégale dès lors qu'elle substitue à la procédure de suspension prévue par le C du II-2 de l'article 1er de la loi n°2021-689 du 31 mai 2021 une sanction relative à la retenue sur traitement, cette dernière n'a pas le caractère d'une sanction disciplinaire mais constitue une mesure purement comptable qui n'est soumise à aucune procédure particulière. Par suite, le moyen tiré de l'application d'une sanction non prévue par la loi doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 février 2022 par laquelle la directrice générale de l'établissement public Paris Musées a procédé à une retenue sur son traitement de janvier 2022 de plusieurs jours des mois de novembre et décembre 2021 pour absence de service fait. Par suite, et en tout état de cause, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'établissement public Paris Musées.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

D.-E. JEANG

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204176/2-

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