jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204198 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SULTAN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 février 2022, M. B A, représenté par Me Sultan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017, en conséquence de la reconnaissance de la déductibilité des frais de nourriture, de voyages et de pressing du bénéfice de la société CAIFF dont il est le gérant, ainsi que la décharge de la pénalité pour manquement délibéré qui lui a été appliquée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens d'instance.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 26 avril 2022 et le 2 mai 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés relatifs au bien-fondé de l'imposition ont trait aux rehaussements imputés à la société CAIFF et sont dès lors irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. A à l'encontre de la majoration pour manquement délibéré ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société CAIFF, dont M. A est le gérant, exerce une activité de conseil en gestion de patrimoine, a fait l'objet en 2018 d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos le 31 octobre 2015, le 31 octobre 2016, et le 31 octobre 2017. Par une proposition de rectification du 16 juillet 2018, l'administration fiscale a notifié à M. A des rehaussements d'impôt sur le revenu au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, portant sur les revenus de capitaux mobiliers correspondant aux sommes distribuées par la société CAIFF, assortis d'une pénalité pour manquement délibéré et d'intérêts de retard. M. A a présenté ses observations le 17 septembre 2018 et l'administration fiscale a abandonné une partie des rappels sur les dettes en compte courant d'associé par courrier du 30 octobre 2018. Les suppléments d'impôt sur le revenu ont été mis en recouvrement le 31 mai 2020 et les suppléments de prélèvement sociaux ont été mis en recouvrement le 30 juin 2020. M. A a présenté le 15 juillet 2020 une réclamation contentieuse, à laquelle l'administration fiscale a répondu le 6 janvier 2022 par une décision d'acceptation partielle. Il demande au tribunal de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et prélèvements sociaux auxquels il a ainsi été assujetti, à concurrence de la déduction des charges engagées par la société CAIFF au titre des frais de repas, de voyage et de pressing, ainsi que de la majoration pour manquement délibéré qui lui a été appliquée.
S'agissant de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux :
2. D'une part, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. () " En cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.
3. D'autres part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'oeuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () "
4. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a regardé les bénéfices rectifiés de la société CAIFF pour les exercices clos en 2015, 2016 et 2017, comme des revenus distribués, et, eu égard à la circonstance, non contestée, que M. A, gérant et propriétaire de 95 % des part de la société, est le maitre de l'affaire, a procédé en conséquence à un rehaussement de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux mis à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017.
5. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
6. D'une part, il résulte de l'instruction que, si le requérant soutient que les dépenses de voyages et de restauration de la société CAIFF sont nécessaires à son activité en ce qu'elles permettraient de rencontrer des clients, clients potentiels et parties prenantes, il ne produit à l'appui de ses allégations qu'une liste des factures dont disposerait la société, sans produire ces factures. En outre, le requérant soutient que les frais de restauration auraient servi à inviter des clients et prospects dans le but d'instaurer un échange informel avec ceux-ci, mais ne produit aucun élément de nature à établir que les frais de repas auraient effectivement été engagés dans ce cadre. De même, il ne produit aucun élément précisant l'identité des personnes invitées au restaurant ni concernant l'objet des déplacements professionnels allégués.
7. D'autre part, le requérant ne peut utilement se prévaloir du fait que les dépenses de pressing de la société CAIFF sont nécessaires à ses activités en ce qu'elles contribueraient à susciter la confiance des clients et des clients potentiels de la société, ni qu'il revenait à la société d'assurer l'entretien des tenues de travail, alors qu'il est constant que ni le gérant de la société ni sa salariée ne disposaient d'un uniforme.
8. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de reconnaître la déductibilité du bénéfice de la société des frais de voyage, de restauration et de pressing invoqués.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à contester les suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mis à sa charge en conséquence du rehaussement du bénéfice de la société CAIFF.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin de décharge de suppléments d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
S'agissant de la majoration pour manquement délibéré :
11. Pour établir l'existence d'un manquement délibéré de M. A, l'administration fiscale souligne l'importance de la minoration des revenus déclarés par M. A, et la circonstance qu'en tant que maître de l'affaire de la société CAIFF, il ne pouvait ignorer les manquements comptables de cette société, qui lui ont permis d'en appréhender les bénéfices tout en minorant son imposition personnelle. Si M. A fait valoir qu'il a apporté, à titre personnel et en qualité de gérant de la société CAIFF, des factures ayant permis plusieurs dégrèvements, cette circonstance ne suffit pas à établir sa bonne foi, eu égard à l'importance de la différence entre le revenu qu'il a déclaré et le revenu imposable tel qu'il résulte des rectifications, y compris à l'issue des dégrèvements. Ainsi, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant suffisamment le caractère délibéré des manquements constatés. Par suite, les conclusions à fin de décharge de la majoration pour manquement délibéré afférente aux rehaussement d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux doivent être rejetées.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, ainsi que, en tout état de cause, les conclusions aux fins de remboursement des dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
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Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026