mardi 28 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204387 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LHUMEAU, GIORGETTI, HENNEQUIN & ASSOCIES - LGH & ASSOCIES (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 18 février 2022 et 6 mars 2023, Paris-Habitat OPH, représenté par Me Hennequin, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 42 597,73 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021, en réparation des préjudices subis du fait du refus d'octroi du concours de la force publique en vue de l'exécution de l'ordonnance du juge des référés du tribunal de grande instance du 4 septembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus de concours de la force publique qui lui a été opposé, pour la période du 16 mai 2018 au 30 juin 2021 ; l'Etat n'a aucunement motivé son refus d'apporter son concours en vue de procéder à l'expulsion de la société o bon prix dans le délai de 2 mois suivant la signification de la demande du 16 février 2018, ce qui engage ispo facto sa responsabilité ;
- il est recevable à demander réparation pour les locaux d'habitation au 2, rue Sisley, l'ordonnance de référé rendue le 4 septembre 2017 ne prononçant pas l'expulsion des seuls locaux professionnels ; l'ordonnance de référé du 4 septembre 2017 se réfère au bail commercial du 17 mars 2009 dans son intégralité sans distinction entre les différentes composantes de l'assiette de celui-ci ; d'ailleurs par courrier du 6 mai 2021 le préfet a autorisé sans réserve le commissaire de Police localement compétent à prêter son concours afin de procéder à l'expulsion du logement ouvrant 2 rue Sisley ; le bail mixte portant à la fois sur un local à usage commercial et un local à usage d'habitation est indivisible ;
- le préjudice subi dont il est demandé réparation, correspond aux loyers et charges dus pendant la période du 16 mai 2018 au 30 juin 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2022, le préfet de police conclut à ce que la condamnation mise à la charge de l'Etat soit limitée à la somme de 671,98 euros.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée que pour la période du 16 mai au 14 juin 2018, l'huissier instrumentaire ayant repris les locaux professionnels sise 3 Avenue de la Porte d'Asnières le 14 juin 2018 ; le préjudice locatif est ainsi limité à la somme de 671,98 euros ;
- la requérante n'est pas recevable à demander réparation pour les locaux d'habitation au 2 rue Sisley, l'ordonnance de référé rendue le 4 septembre 2017 prononçant l'expulsion des seuls locaux professionnels.
La requête a été communiquée à la société O bon prix, qui n'a pas produit d'observations.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Renvoise ;
- les conclusions de Mme C ;
- et les observations de Mme B pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. Paris-Habitat OPH est propriétaire d'un local à usage commercial sis 3, avenue de la Porte d'Asnières (75017) et d'un appartement sis 2, rue Sisley, 6ème étage droite, escalier 1, à Paris (75017), qu'ils ont donné à bail à M. A et Ait Bouzaid, aux droits desquels est venue la société O bon prix, le 17 mars 2009. Par une ordonnance du 4 septembre 2017, le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris, a constaté la résolution du bail à compter du 9 avril 2017 et ordonné si besoin avec le concours de la force publique l'expulsion de la société O bon prix du 3, avenue de la Porte d'Asnières à Paris (75017). Un commandement de quitter les lieux a été signifié aux occupants par un acte d'huissier du 9 novembre 2017 pour le logement et par actes d'huissiers du 30 octobre et 21 novembre 2017 pour le local commercial et notifié au préfet de police les 22 et 23 novembre 2017. Par acte d'huissier du 16 février 2018, le concours de la force publique a été requis pour procéder à l'expulsion des occupants. L'huissier instrumentaire a repris les locaux professionnels sis 3, avenue de la Porte d'Asnières (75017) le 14 juin 2018. Une décision d'octroi du concours de la force publique est intervenue à compter du 1er juillet 2021 pour les locaux sis 2, rue Sisley à Paris, l'expulsion ayant eu lieu le 16 août 2021. Paris-Habitat OPH a présenté une demande indemnitaire préalable au préfet de police le 27 juillet 2021 pour obtenir réparation des préjudices résultant de la décision implicite de refus de concours de la force publique, à hauteur de la somme de 42 597,73 euros que, par la présente requête, Paris-Habitat OPH poursuit devant le tribunal.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-1 de ce code : " Si l'expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois qui suit le commandement, sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7. ( ) ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " Dès le commandement d'avoir à libérer les locaux, l'huissier de justice chargé de l'exécution de la mesure d'expulsion en saisit le représentant de l'Etat dans le département () ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 412-6 de ce même code : " Nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée et malgré l'expiration des délais accordés en vertu de l'article L. 412-3, il est sursis à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 1er novembre de chaque année jusqu'au 31 mars de l'année suivante, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille. ()
5. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet, régulièrement requis à cet effet, refuse le concours de la force publique pour l'exécution d'une décision juridictionnelle exécutoire ordonnant l'expulsion de l'occupant d'un local, la responsabilité de l'Etat se trouve engagée à compter de ce refus ou, s'il intervient à une date où l'occupant bénéficie du sursis prévu à l'article L. 412-6 du code des procédures civiles d'exécution, à compter du terme de la période de sursis. Par ailleurs, si la période de responsabilité de l'Etat au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe le jour où l'administration décide d'octroyer ce concours, elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
6. En l'espèce, en application des règles précitées, la responsabilité de l'Etat est engagée à compter du 16 avril 2018, et jusqu'au 16 août 2021, date à laquelle le concours de la force publique, accordé à compter du 1er juillet 2021 par une décision du 6 mai 2021, a été effectivement mis en œuvre. Toutefois, la requérante a expressément limité sa demande d'indemnisation aux dates du 16 mai 2018 au 30 juin 2021.
En ce qui concerne le préjudice locatif :
7. Il est constant que les occupants du bien de la requérante ne se sont pas acquittés de l'indemnité d'occupation. Compte tenu des montants figurant dans le relevé du compte locataire versé au dossier par la requérante, l'indemnité due s'élève, pour la période du 16 mai 2018 au 30 juin 2021, à la somme de 42 597,73 euros. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat au paiement de la somme globale de 42 597,73 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable.
Sur la subrogation de l'Etat :
8. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il détermine le montant et la forme des indemnités allouées par lui, de prendre, au besoin d'office, les mesures nécessaires pour que sa décision n'ait pas pour effet de procurer à la victime d'un dommage, par les indemnités qu'elle a pu ou pourrait obtenir en raison des mêmes faits, une réparation supérieure au préjudice subi. Par suite, lorsqu'il condamne l'Etat à indemniser le propriétaire auquel le préfet a refusé le concours de la force publique pour exécuter un jugement ordonnant l'expulsion des occupants d'un local, le juge doit, au besoin d'office, subroger l'Etat dans la limite de l'indemnité mise à sa charge, dans les droits que le propriétaire peut détenir sur les occupants au titre de l'occupation irrégulière de son bien pendant la période de responsabilité de l'Etat.
9. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité que le présent jugement accorde à la requérante à la subrogation de l'Etat, dans la limite du montant de cette indemnité, dans les droits qu'elle peut détenir sur la société O bon prix, au titre de l'occupation irrégulière, entre le 16 mai 2021 et le 30 juin 2021, du logement situé 2 rue Sisley dans le 17ème arrondissement de Paris.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
11. En revanche, la présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Paris-Habitat la somme totale de 42 597,73 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2021, date de réception de la demande indemnitaire préalable.
Article 2 : Le paiement de l'indemnité prévue à l'article 1er est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits que Paris-Habitat peut détenir sur la société O bon prix, au titre de l'occupation irrégulière, entre le 16 mai 2018 et le 30 juin 2021, du logement situé 2 rue Sisley dans le 17ème arrondissement de Paris.
Article 3 : L'Etat versera à Paris-Habitat la somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Paris-Habitat OPH, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à la société O bon prix.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024
La rapporteure,
T. RENVOISELe président
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. TIMITE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026