vendredi 17 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204458 |
| Type | Décision |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, M. A B, représenté par la Selafa Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés des 24 et 30 décembre 2021 par lesquels le préfet de police a mis fin à son stage à compter du 3 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de le réintégrer à compter du 3 janvier 2022, de le titulariser et de reconstituer sa carrière ou, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées de vices de procédure ; il n'a pas eu connaissance de l'avis rendu par la commission administrative paritaire ; il n'est pas établi que les dispositions applicables au quorum de la réunion de cette commission ont été respectées ni qu'elle a procédé à l'examen approfondi de son dossier ; il n'a pas eu accès à son dossier ni bénéficié d'un entretien préalable accompagné d'un représentant du personnel alors que son licenciement a été prononcé pour des motifs disciplinaires ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que son licenciement, qui est en l'espèce une sanction disciplinaire déguisée, ne fait pas partie des sanctions susceptibles d'être prononcées à l'encontre d'un agent ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 ;
- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;
- le décret n° 2004-1439 du 23 décembre 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;
- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été nommé élève gardien de la paix à compter du 4 décembre 2017 par un arrêté du 29 décembre 2017 puis gardien de la paix stagiaire affecté à la compagnie de la garde de l'Elysée à compter du 8 juin 2020 par un arrêté du 17 juin 2020. Par un arrêté du 24 décembre 2021, le préfet de police a mis fin à son stage à compter du 1er décembre 2021. Par un arrêté du 30 décembre 2021, il a modifié son arrêté du 24 décembre 2021 en fixant la date d'effet de la fin de son stage au 3 janvier 2022. Par la présente requête, M. B demande l'annulation des arrêtés des 24 et 30 décembre 2021 mettant fin à son stage à compter du 3 janvier 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 7 du décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 : " Le fonctionnaire stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 29 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury. / (). ". Aux termes de l'article 8 du décret du 23 décembre 2004 portant statut particulier du corps d'encadrement et d'application de la police nationale : " La durée du stage est d'un an ; elle peut être prolongée pour une durée de trois mois à un an. A l'issue du stage, les gardiens de la paix reconnus aptes sont titularisés et placés au 1er échelon de leur grade. Les autres stagiaires sont soit licenciés, soit, le cas échéant, reversés dans leur corps d'origine. "
3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du capitaine de police établi le 18 juin 2021, que, pour prononcer son licenciement en fin de stage, le préfet de police s'est fondé sur le fait que M. B était absent à sa prise de service le 8 juillet 2020, qu'il a causé un accident de la circulation le 20 juillet 2020, alors qu'il était sous l'emprise d'un état alcoolique, et qu'il s'est montré vindicatif et peu coopératif envers les agents qui sont alors intervenus, l'accident ayant donné lieu à une condamnation pénale à une amende de 2 000 euros pour " blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas 3 mois par conducteur de véhicule terrestre à moteur sous l'empire d'un état alcoolique " par un jugement du tribunal correctionnel de Versailles rendu le 16 octobre 2020. Le préfet de police a également fondé sa décision par les circonstances qu'une procédure d'alcoolémie le 11 novembre 2019 a révélé un taux de 0.60 mg/litre d'air expiré et que le 20 mai 2021, M. B, sous l'empire d'un état alcoolique, a eu à son domicile un différend avec sa compagne ce qui a entraîné l'intervention sur place d'agents de police et son placement en garde à vue, au cours de laquelle il a adopté un comportement indigne caractérisé par des propos outrageants à l'encontre des agents de police, des coups portés contre la porte de sa cellule de garde à vue et des cris discontinus pendant près de quarante minutes. Enfin, le licenciement est aussi fondé sur le fait que pendant sa scolarité d'élève gardien de la paix, le 6 juillet 2018, il a, après avoir consommé de l'alcool au foyer-bar de l'école nationale de police de Nîmes, proféré des menaces de mort à l'encontre du responsable et de son adjoint qui refusaient de lui servir une boisson alcoolisée en raison de son état d'ivresse avancée, adopté un comportement agressif à l'égard de plusieurs autres témoins de l'altercation, et eu, en usant de la contrainte physique, des gestes déplacés à l'encontre d'une élève et, le 22 mai 2019, sous l'empire d'un état alcoolique, s'est présenté à 5 heures 30 à la guérite de l'école de Nice dans un état d'ébriété manifeste et a déclaré avoir perdu sa carte d'accès au site.
5. Les faits ainsi reprochés à M. B, fondés sur son comportement indigne et dangereux, sont susceptibles de caractériser, en raison de leur nature, des fautes disciplinaires et, par suite, révèlent son insuffisance dans l'exercice de ses fonctions et sa manière de servir, eu égard notamment à leur gravité et à leur incompatibilité avec les fonctions de policier, un policier étant tenu à une obligation particulière de loyauté, de moralité et d'honorabilité, alors même que certains de ces faits, au demeurant commis à l'encontre de collègues policiers titulaires et stagiaires aussi bien dans un cercle privé que dans l'enceinte de l'école de police, se sont formellement déroulés en dehors du service. Il appartenait en conséquence au préfet de police de mettre M. B à même de présenter ses observations avant de prononcer son licenciement. Or, il est constant que le requérant n'y a pas été invité avant l'intervention de la mesure de licenciement en fin de stage ce qui l'a privé d'une garantie. Par suite, il est fondé à soutenir que l'arrêté du 24 décembre 2021 est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, cet arrêté doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, celui du 30 décembre 2021 qui en modifie la date d'effet.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard à son motif d'annulation et en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le présent jugement implique seulement que M. B soit réintégré en qualité de stagiaire et que le préfet de police statue de nouveau sur l'issue à donner à son stage. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés du préfet de police des 24 et 30 décembre 2021 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de réintégrer M. B en qualité de stagiaire et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Aubert, présidente,
M. Julinet, premier conseiller,
M. Medjahed, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2023.
Le rapporteur,
N. MEDJAHED
La présidente,
S. AUBERT
La greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025