lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204503 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET PONS & CARRERE (ASSOCIATION) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 23 février 2022 et le 24 janvier 2023, Mme A C, représentée par Me Carrère, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière l'a révoquée de ses fonctions.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en raison de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les faits sur lesquels est fondée la décision litigieuse sont prescrits ;
- les faits retenus par l'autorité administrative pour motiver la sanction de révocation ne sont pas établis ;
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 2 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Carrère, représentant Mme C, présente.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, praticien hospitalier affectée en qualité de médecin des hôpitaux à l'hôpital Beaujon-Clichy (CHU de Paris), demande au tribunal d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle la directrice du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière (CNG) l'a révoquée de ses fonctions.
2. En premier lieu, Mme C soutient que l'arrêté en litige a été pris par la directrice générale du CNG à l'issue d'une procédure menée en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du principe d'impartialité. Toutefois, dès lors que l'acte attaqué a été pris par une autorité administrative qui ne présente ni le caractère d'une juridiction, ni celui d'un tribunal, au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces stipulations à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance du principe d'impartialité. En tout état de cause, d'une part, aucune disposition ne prévoit que la lettre de la directrice générale du CNG informant le praticien de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre doit détailler l'intégralité des faits reprochés à l'intéressée, alors qu'il n'est pas contesté qu'en l'espèce deux rapports écrits contenant l'exposé des faits reprochés à la requérante et les moyens des parties ont été transmis au président du conseil de discipline et que l'intéressée a pu discuter devant ledit conseil, conformément aux dispositions de l'article R. 6152-313 du code de la santé publique. D'autre part, à la supposer établie, la seule circonstance qu'une pièce aurait été produite tardivement dans le cadre de la procédure disciplinaire ne saurait constituer une irrégularité entachant de nullité la décision de sanction, en l'absence de texte imposant une clôture d'instruction devant le conseil de discipline, et alors de surcroît que la requérante ne conteste pas en avoir eu connaissance avant la séance du conseil discipline et qu'elle a pu valablement contester cette production devant ledit conseil, tant oralement que par le dépôt d'observations écrites, assistée de son avocat, avant le prononcé de la sanction en litige.
3. En deuxième lieu, si l'article 2 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors applicable prévoit que cette loi s'applique aux fonctionnaires civils des " établissements mentionnés à l'article 2 du titre IV du statut général des fonctionnaires de l'Etat et des collectivités territoriales ", lesquels comprennent les établissements publics de santé, ce renvoi ne vise pas les médecins praticiens hospitaliers mentionnés à l'article L. 6152-1 du code de la santé publique, qui font partie du personnel de ces établissements, mais auxquels les dispositions de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, qui constituent le titre IV du statut général, ne sont, en vertu de l'avant-dernier alinéa de l'article 2 de cette dernière loi dans sa rédaction applicable au litige, pas applicables. Ces dispositions ont d'ailleurs été reprises à l'article L. 6 du code général de la fonction publique aux termes duquel : " Le présent code ne s'applique pas : () 4° Aux médecins, odontologistes et pharmaciens mentionnés aux 1° à 4° de l'article L. 6152-1 du code de la santé publique() ".
4. Ainsi, alors même que les dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, issues de la loi du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des fonctionnaires, dans leur rédaction applicable au litige, ont instauré la prescription de l'action disciplinaire engagée à l'encontre des fonctionnaires relevant de la loi du 13 juillet 1983 précitée, aucun principe général du droit n'enferme dans un délai déterminé l'exercice de l'action disciplinaire à l'égard des praticiens hospitaliers. Ainsi, le moyen tiré de ce que les faits reprochés, antérieurs au 10 décembre 2015, date du premier rapport disciplinaire, sont prescrits, doit être écarté.
5. En troisième lieu, la décision attaquée fait état du " comportement peu respectueux et agressif du Dr C, tant vis-à-vis de ses confrères que des personnels hospitaliers, médicaux, paramédicaux et sociaux ", qui a été à l'origine, dans le cadre de ses fonctions exercées à l'hôpital Beaujon puis au service de médecine et de réanimation néonatales de Port-Royal, de " tensions récurrentes, préjudiciables à la qualité et à la sécurité des prises en charge qu'elle a réalisées et qui ont altéré le bon fonctionnement de l'établissement ". La requérante récuse notamment le caractère répété des faits visés, " ni précis, ni étayés " et conteste les propos injurieux qu'on lui prête avoir tenus ainsi que les manquements reprochés.
6. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le caractère inadapté de la requérante a, dès sa première affectation au sein de l'hôpital Beaujon, été dénoncé par plusieurs professionnels au médecin du travail, lequel a jugé nécessaire d'alerter la direction de l'hôpital à cet égard, constatant une " situation critique en maternité " ayant des répercussions sur les agents du service, " le comportement du Dr B (pédiatre) étant constamment invoqué par les différents professionnels reçus en médecine du travail ". Le rapport du 10 décembre 2015, diligenté à la suite de ce signalement, rassemble de nombreux écrits circonstanciés et émanant tant du corps médical que des soignants, dénonçant l'attitude agressive du docteur B ainsi que des " relations compliquées " avec les patientes ou avec les parents des enfants hospitalisés. Il ressort également des pièces du dossier qu'un pédiatre et une sage-femme ont saisi l'établissement d'une demande de protection fonctionnelle, exprimant leur souffrance au travail et dénonçant une attitude agressive et méprisante à leur égard. Ce contexte avait conduit le directeur général de l'AP-HP à solliciter du CNG l'engagement d'une procédure disciplinaire à l'égard de la requérante en raison de son comportement à l'égard du personnel du service de néonatalogie le 30 mai 2017. Ces faits, qui, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ne sont pas prescrits, pouvaient régulièrement être retenus par l'autorité administrative dans le cadre du prononcé de la sanction. Si, à sa demande, le docteur B a été affectée en position de détachement au sein de l'Institut franco-britannique à compter du 1er décembre 2017 et nommée chef de service de pédiatrie de cet Institut, il ressort des pièces du dossier qu'elle a démissionné de ses fonctions dès le mois d'avril 2018 alors qu'une alerte avait été adressée au conseil d'administration par le CHSCT de cet Institut au mois de mars 2018, faisant état d'un comportement engendrant une souffrance psychologique pour le personnel médical et non médical et de la démission de plusieurs salariés. Réintégrée provisoirement au sein du service de médecine et de réanimation néonatale de Port-Royal à compter du 30 mai 2018, le bilan de l'affectation de l'intéressée, en date de juillet 2019, souligne identiquement une attitude ayant donné lieu à " plusieurs alertes de personnels " ainsi qu'un " comportement autoritaire, peu respectueux de l'interlocuteur, d'attitudes cassantes et très rigides () l'ensemble rendant un travail en équipe très difficile ". Si certaines attestations de ses confrères médecins témoignent de ses qualités professionnelles et de chercheuse, celles-ci ne sauraient l'autoriser à adopter à l'égard de ses collègues un comportement déplacé dont les manifestations ne sauraient être regardées comme la traduction d'un caractère simplement " rigide ". Les faits reprochés, qui se sont manifestés sur une longue période et dans différentes affectations, sont attestés par de nombreux témoignages de personnels médicaux et soignants collaborateurs de Mme C. Dans ces conditions, les faits de comportements inappropriés reprochés à la requérante doivent être regardés comme établis et, fautifs, de nature à entraîner une sanction disciplinaire.
7. En dernier lieu, si la requérante soutient que la sanction de révocation serait disproportionnée par rapport aux faits reprochés, le caractère répété des fautes commises par la requérante depuis 2012, à savoir un comportement maltraitant, agressif et violent envers le personnel médical et soignant qui a pu mettre en danger la prise en charge des patients et la qualité des soins, constitue une atteinte grave aux règles déontologiques et notamment aux principes de collégialité et de bonne confraternité auxquels sont soumis les praticiens hospitaliers exerçant la profession de médecin en vertu du code de déontologie médicale inséré aux articles R. 4127-1 à R. 4127-112 du code de santé publique, qui a généré une atteinte à la sérénité et à la qualité du travail d'équipe et perturbé gravement le bon fonctionnement du service public hospitalier. Eu égard également à l'absence de remise en cause des modalités de son exercice professionnel malgré de nombreux signalements et rappels à l'ordre, et quand bien même le conseil de l'ordre n'aurait pas prononcé à l'égard de l'intéressée une suspension de son droit d'exercer la médecine, en infligeant à Mme C la sanction de la révocation, sanction du quatrième groupe, la directrice générale du CNG n'a pas pris une sanction disproportionnée à la gravité de ces fautes.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
Mme de Saint Chamas, conseillère,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
M. de SAINT CHAMASLe président,
J. SORIN
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026