lundi 30 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204527 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET SCP AVOCATS MICHEL LABROUSSE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, M. B A, représenté par Me Labrousse, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a prononcé son expulsion du territoire français et a procédé au retrait de son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de séjour en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision litigieuse aurait dû être prise sur le fondement de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
- elle méconnaît, en tout état de cause, l'article L. 631-2 de ce code dès lors que son expulsion ne constitue pas une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et que le ministre s'est fondé sur sa seule condamnation pénale prononcée en 2019 ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 12 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 août 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Madé,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 25 mai 1981 et entré sur le territoire français en 2003, a fait l'objet, le 31 janvier 2022, d'un arrêté d'expulsion pris par le ministre de l'intérieur sur le fondement de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans et qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article
371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; ()
Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 3° et 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-1 ou L. 631-2 lorsque les faits à l'origine de la décision d'expulsion ont été commis à l'encontre de son conjoint ou de ses enfants ou de tout enfant sur lequel il exerce l'autorité parentale. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Tulle du 2 avril 2019, confirmé sur ce point par un arrêt du 20 novembre 2019 de la chambre correctionnelle de la cour d'appel de Limoges, à 24 mois d'emprisonnement dont 12 mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans pour des faits d'agression et d'atteinte sexuelle sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité sur la victime. Ces faits ont été commis du 15 mars 2006 au 4 décembre 2014 sur la fille de son ex-femme. Dans ces conditions, alors que les faits d'agression et d'atteinte sexuelle à l'origine de la décision d'expulsion contestée ont été commis sur la personne de la fille mineure de son épouse à l'époque des faits, M. A ne peut se prévaloir de la protection prévue au 4° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision d'expulsion litigieuse aurait dû être prise sur le fondement de ces dispositions.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; ".
5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, après deux condamnations en 2015 et en 2017 pour conduite en état d'ivresse, M. A a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Tulle du 2 avril 2019, confirmé sur ce point par un arrêt du 20 novembre 2019 de la chambre correctionnelle de la cour d'appel de Limoges, à 24 mois d'emprisonnement dont 12 mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve de deux ans pour des faits d'agression et d'atteinte sexuelle sur mineur de quinze ans par personne ayant autorité sur la victime commis entre 2006 et 2014 sur la fille de son ex-épouse née en 1995. Il ressort des pièces du dossier le ministre n'a pas pris en compte cette seule condamnation pénale pour considérer que l'expulsion de M. A constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat et la sécurité publique mais a également pris en compte le comportement de l'intéressé. En effet, le ministre, comme la commission d'expulsion dans son avis favorable du 22 novembre 2021, ont relevé que l'intéressé n'apparaît pas avoir pris conscience de la gravité des faits commis, qu'il continue à nier, son absence de remords et de culpabilité attestant de son potentiel de dangerosité et ne permettant pas d'écarter un risque de récidive. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits et à leurs conséquences sur la victime, à la longue durée de leur commission, à l'âge et la qualité de la victime et à la posture de déni adoptée par l'intéressé, c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur a estimé que l'expulsion de M. A constituait une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. A soutient qu'il vit régulièrement en France depuis quinze ans, qu'il travaille comme boucher dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, qu'il est père de deux enfants de nationalité française et qu'il contribue régulièrement à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure, C, née en 2006 de son union avec sa précédente épouse. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il vit avec une ressortissante de même nationalité en situation régulière. Toutefois, alors que par jugement du 15 septembre 2020, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Tulle a fixé sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure à la somme de 100 euros par mois, en se bornant à produire 3 relevés de comptes d'août, septembre et décembre 2021 de son actuelle épouse recensant des virements de 100 euros dont le destinataire n'est pas identifié, et trois de ses relevés de comptes de novembre 2021 à janvier 2022 recensant deux virements d'un montant de 100 euros et un virement d'un montant de 120 euros destinés à son ex-femme, l'intéressé n'établit pas s'acquitter de manière régulière de cette contribution. En outre, le jugement ne mentionne aucun droit de visite et d'hébergement à son bénéfice. Par suite, M. A ne démontre pas qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille mineure. Par ailleurs, il n'établit pas entretenir des liens avec son fils majeur, également né de son union avec sa précédente épouse. Enfin, s'il est marié avec une ressortissante de même nationalité résidant régulièrement sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Turquie. Dans ces conditions, et eu égard à la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre et de la sécurité publics. Par suite, le ministre de l'intérieur n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2023.
La rapporteure,
C. MADÉ
La présidente,
M-O. LE ROUX La greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026