lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204744 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | LEONEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 février et 30 septembre 2022, l'association Les Chais de Bagatelle, représentée par Me Llorens, demande au tribunal :
1°) de la décharger du paiement du titre exécutoire n° 319617 émis le 24 décembre 2021 pour le paiement d'une somme de 28 430,21 euros ;
2°) d'annuler le titre exécutoire n° 319617 émis le 24 décembre 2021 ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre exécutoire litigieux n'est pas fondé, dès lors que la redevance demandée est excessive ; la revalorisation fondée sur l'indice du coût de la construction est disproportionnée ; le montant de la redevance est décorrélé des résultats d'activité de l'association, qui, en outre, a souffert de la crise sanitaire ;
- il méconnaît le principe d'égalité, dès lors que des conventions différentes ont été conclues avec d'autres associations ;
- le titre exécutoire a été pris par une autorité incompétente ;
- il ne fait pas apparaître les bases de la liquidation de la créance, les modalités de calcul n'étant pas précisées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par association les Chais de Bagatelle ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 9 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Mme A, représentant la ville de Paris.
Une note en délibéré présentée par la ville de Paris a été enregistrée le 7 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 novembre 2003, l'association Les Chais de Bagatelle a conclu une convention d'occupation du domaine public avec la ville de Paris pour l'occupation de locaux situés 10, route de l'entraînement, au bois de Boulogne, dans le 16ème arrondissement de Paris, pour une durée de 18 ans, afin d'y exploiter une activité viti-vinicole associée à un hébergement de type chambre d'hôte. Le 24 décembre 2021, la ville de Paris a émis un titre de recette n° 319617 portant sur la redevance due pour ces locaux pour le 4ème terme 2021. Par la présente requête, l'association Les Chais de Bagatelle demande l'annulation de ce titre exécutoire, et la décharge de l'obligation de payer la somme de 28 430,21 euros.
Sur le cadre juridique du litige :
2. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.
3. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
4. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre : statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
5. Aux termes du second alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
6. Aux termes de l'article 17.2 de la convention d'occupation du domaine public du 3 novembre 2003 : " De plus, la Ville de Paris percevra une redevance minimale annuelle garantie, quel que soit le montant des produits d'exploitation, qui sera due dès l'entrée en vigueur de la présente convention, égale à : () 110 000 € (valeur 2003) par an de la 14ème année à la 18ème année ". Aux termes de l'article 17.2 de la même convention : " Ces montants feront l'objet d'une réévaluation annuelle, en fonction de l'évolution de l'indice du coût de la construction publié par l'INSEE pour le 4ème trimestre de l'année civile (indice de référence 4ème trimestre 2002). " Aux termes de l'article 17.3 de la même convention : " Il sera procédé chaque année au recouvrement de la redevance minimale prévue ci-dessus, en 4 termes trimestriels égaux, et au solde de la redevance au moment de la fourniture des comptes relatifs à l'année considérée. " Aux termes de l'article 1 de l'avenant n°1 à cette convention, signé le 16 novembre 2020 : " La redevance due au titre de la période du 3 novembre 2020 au 2 novembre 2021 sera appelée suivant les modalités ci-après : / () un quatrième terme d'un montant correspondant à 25% de la redevance minimum garantie annuelle sur cette période est appelé au quatrième trimestre 2021. ".
7. Il résulte de l'instruction que l'avis des sommes à payer notifié à l'association Les Chais de Bagatelle, mentionne le motif du titre de recettes du 21 décembre 2021 sous le libellé " redevance occupation domaine public Les Chais de Bagatelle - redevance minimale garantie 4ème terme 2021 selon convention du 3 novembre 2003 et l'avenant du 11 janvier 2021 - 21/12/2021 ". Toutefois, il ne précise pas les bases de la liquidation de la créance ni ne mentionne les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, alors que la seule lecture de la convention et de l'avenant ne permet pas de déterminer les bases de calcul retenues par la ville pour arriver à la somme de 28 430,21 euros, et par suite, ne met pas l'association requérante à même de comprendre la somme réclamée, pour lui permettre d'exercer utilement un recours. Par ailleurs, cet avis n'est accompagné d'aucun document joint comportant ces informations ni ne se réfère, de manière précise, à un document les détaillant précédemment adressé au débiteur. Si la ville de Paris indique que l'état liquidatif du 14 décembre 2021 adressé à la société requérante comportait ces informations, le titre exécutoire litigieux n'y fait pas référence, alors, au demeurant, que la ville n'établit pas que cet état aurait été notifié à la demanderesse, qui conteste l'avoir reçu. Dans ces conditions, l'association Les Chais de Bagatelle est fondée à soutenir que le titre exécutoire litigieux, qui n'indique pas les bases de la liquidation de la créance ni ne mentionne les éléments de calcul sur lesquels il se fonde en violation des dispositions de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 précitées, est insuffisamment motivé.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association Les Chais de Bagatelle est seulement fondée à demander l'annulation du titre de recettes contesté.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à l'association Les Chais de Bagatelle au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recettes émis le 24 décembre 2021 par la ville de Paris est annulé.
Article 2 : La ville de Paris versera à l'association Les Chais de Bagatelle la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Les Chais de Bagatelle et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Berland, première conseillère.
M. Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
F. BERLAND
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026