lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2204819 |
| Type | Décision |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CHEVAL |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 25 février 2022 sous le n° 2204819/2-2, et un mémoire en réplique enregistré le 11 mars 2024, Mme A C, représentée par Me Cheval, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de donner acte du retrait de l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) l'a suspendue de ses fonctions à compter du 15 septembre 2021 et, à titre subsidiaire, de prononcer son annulation ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'AP-HP de lui verser la rémunération dont elle a été privée sur la période commençant le 15 septembre 2021, assortie des intérêts légaux et de la capitalisation, ainsi que les droits à congés annuels, à ancienneté et à avancement, ainsi que ses droits pour la retraite, sous astreinte à la discrétion de la juridiction de céans ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Elle soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un vice de forme ;
- est entachée de vices de procédure ;
- méconnaît le principe de non-discrimination lié à l'état de santé ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient que, par un arrêté du 26 septembre 2022, il a retiré l'arrêté litigieux et réintégré la requérante en position de congés de maladie du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022.
Par une ordonnance du 8 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 avril 2024.
II. Par une requête enregistrée le 25 juillet 2023 sous le n° 2317547/2-2, et un mémoire en réplique enregistré le 8 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Cheval, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) l'a suspendue de ses fonctions à compter du 1er février 2022 ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'AP-HP de la réintégrer à compter du 1er février 2022, de lui verser la rémunération dont elle a été privée sur la période, assortie des intérêts légaux et de la capitalisation à compter de l'introduction de la requête, ainsi que les droits à congés annuels, à ancienneté et à avancement, ainsi que ses droits pour la retraite, sous astreinte à la discrétion de la juridiction de céans ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Elle soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un vice de forme ;
- est entachée de vices de procédure ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard des articles 41 de la loi du 9 janvier 1986 et du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 ;
- est entachée d'une erreur de droit au regard du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mars 2024, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 avril 2024.
III. Par une requête enregistrée le 25 juillet 2023 sous le n° 2317549/2-2, un mémoire en régularisation et un mémoire en réplique, enregistrés les 28 juillet 2023 et 8 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Cheval, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) lui a accordé un congé de longue maladie du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022 ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'AP-HP, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice d'un congé de longue maladie jusqu'au 14 mai 2023, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation personnelle, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte à la discrétion de la juridiction de céans ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'AP-HP de lui verser la rémunération dont elle a été privée à compter du 1er février 2022 et jusqu'au 14 mai 2023, assortie des intérêts légaux et de la capitalisation à compter de l'introduction de la requête, sous astreinte à la discrétion de la juridiction de céans ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Elle soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est entachée d'un vice de forme ;
- est entachée de vices de procédure ;
- est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 12 mars et 22 avril 2024, le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- décret n°88-386 du 19 avril 1988 ;
- le décret n° 2021-699 du 1er juin 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sorin, rapporteur,
- les conclusions de M. Errera, rapporteur public,
- et les observations de Me Cheval, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, gestionnaire de la paie et des carrières au sein de la direction des ressources humaines de l'hôpital Tenon, a fait l'objet, par une décision du 15 septembre 2021 de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), d'une suspension, à compter du même jour, de ses fonctions à la suite du non-respect des obligations vaccinales imposées par les dispositions de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire. Par une décision du 23 septembre 2022, n°462400, le Conseil d'Etat a suspendu l'exécution de la décision du 15 septembre 2021 jusqu'au terme du congé de maladie de Mme C débuté le 15 septembre 2021, ou de tout autre congé qui lui aurait été immédiatement consécutif. Par une première requête, la requérante demande, à titre principal, qu'il soit donné acte du retrait de la décision du 15 septembre 2021 par l'arrêté du 26 septembre 2022 et, à titre subsidiaire, son annulation. Par un autre arrêté du 26 septembre 2022, dont elle a eu connaissance le 21 mars 2023, l'AP-HP a de nouveau suspendu, pour le même motif, Mme C à compter du 1er février 2022. Par une deuxième requête, la requérante sollicite l'annulation de cet arrêté. Enfin, par un arrêté du 11 mai 2023, le directeur général de l'AP-HP a accordé à Mme C un congé longue maladie du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022. Par une troisième requête, la requérante sollicite l'annulation de cet arrêté en tant qu'il n'accorde pas un congé de longue maladie jusqu'au 14 mai 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2204819, 2317547 et 2317549 présentées par Mme C sont relatives à la situation de la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le cadre juridique du litige :
3. D'une part, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () " ; II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la COVID-19 des personnes mentionnées au I du présent article. () " et, aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ". Aux termes de l'article 49-1 du décret 2021-699 du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de crise sanitaire dans sa rédaction issue du décret n°2021-1059 du 7 août 2021 en vigueur à compter du 9 août 2021 : " Hors les cas de contre-indication médicale à la vaccination mentionnés à l'article 2-4, les éléments mentionnés au second alinéa du II de l'article 12 de la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 susvisée sont :/1° Un justificatif du statut vaccinal délivré dans les conditions mentionnées au 2° de l'article 2-2 ;/2° Un certificat de rétablissement délivré dans les conditions mentionnées au 3° de l'article 2-2 ;/3° A compter de la date d'entrée en vigueur de la loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus et à défaut de pouvoir présenter un des justificatifs mentionnés aux présents 1° ou 2°, le résultat d'un examen de dépistage, d'un test ou d'un autotest mentionné au 1° de l'article 2-2 d'au plus 72 heures. A compter 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, ce justificatif doit être accompagné d'un justificatif de l'administration d'au moins une des doses d'un des schémas vaccinaux mentionnés au 2° de l'article 2-2 comprenant plusieurs doses./ Les seuls tests antigéniques pouvant être valablement présentés pour l'application du présent 3° sont ceux permettant la détection de la protéine N du SARS-CoV-2./ La présentation de ces documents est contrôlée dans les conditions mentionnées à l'article 2-3. ".
4. D'autre part, dans sa décision n° 2015-458 QPC du 25 mars 2015, le Conseil constitutionnel a précisé qu'il est loisible au législateur de définir une politique de vaccination afin de protéger la santé individuelle et collective au regard de l'objectif de protection de la santé et de son utilité eu égard à la gravité et la contagiosité des maladies contre lesquelles l'État entend lutter. Le droit à la protection de la santé garanti par le Préambule de la Constitution de 1946 n'impose pas de rechercher si l'objectif de protection de la santé que s'est assigné le législateur aurait pu être atteint par d'autres voies, dès lors que les modalités retenues par la loi ne sont pas manifestement inappropriées à l'objectif visé. En adoptant, pour l'ensemble des personnes exerçant leur activité dans les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, à l'exception de celles y effectuant une tâche ponctuelle, le principe d'une obligation vaccinale à compter du 15 septembre 2021, le législateur a entendu, compléter les mesures de lutte contre la propagation de l'épidémie d'une obligation vaccinale pour les personnes exerçant leur activité dans certains secteurs du domaine médical, en qualité d'agent public ou privé, et dans un contexte de progression rapide de l'épidémie de covid-19 accompagné de l'émergence de nouveaux variants et compte tenu d'un niveau encore incomplet de la couverture vaccinale de certains professionnels de santé, garantir le bon fonctionnement des services hospitaliers publics grâce à la protection offerte par les vaccins disponibles et protéger, par l'effet de la moindre transmission du virus par les personnes vaccinées, la santé des personnes qui y étaient hospitalisés. Il en résulte que l'obligation vaccinale prévue par les dispositions législatives précitées s'impose à toute personne travaillant régulièrement au sein de locaux relevant d'un établissement de santé mentionné à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique, quel que soit l'emplacement des locaux en question et que cette personne ait ou non des activités de soins et soit ou non en contact avec des personnes malades ou des professionnels de santé et que faute de satisfaire à cette obligation, et sous les seules réserves d'une contre-indication médicale ou d'un certificat de rétablissement, la loi prévoit que les agents sont interdits par leur employeur d'exercer leur emploi et voient leur contrat de travail suspendu jusqu'à ce qu'ils remplissent les conditions nécessaires, soit, qu'ils soient à jour de leur schéma vaccinal. Cette suspension s'accompagne de l'arrêt du versement de la rémunération. En outre, le Conseil constitutionnel dans sa décision du 5 août 2021 à propos du passe sanitaire, a rappelé que le législateur poursuit, en imposant la vaccination du personnel des établissements médicaux, l'objectif de valeur constitutionnel de protection de la santé. Plus précisément, selon les travaux parlementaires, l'obligation posée tend à éviter la propagation du virus par les personnes qui se trouveraient au contact de personnes vulnérables ainsi qu'à protéger les professionnels de santé eux-mêmes, en limitant leur risque d'exposition au virus, soit, à limiter la pression sur les structures de soins.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté du 15 septembre 2021 :
5. Il ressort des pièces du dossier que par un arrêté du 26 septembre 2022, pris en application de la décision du juge des référés du Conseil d'Etat, statuant en cassation à l'encontre de l'arrêté du 15 septembre 2021, l'AP-HP a, d'une part, procédé au retrait de l'arrêté du 15 septembre 2021 par laquelle elle avait suspendu l'intéressé de ses fonctions sur le fondements des dispositions cités au point 2, d'autre part, a placé Mme C en congé maladie du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022, date à laquelle elle devait, au moment de la décision intervenue, justifier d'éventuels nouveaux arrêts maladie. Par conséquent, il résulte de ce qu'il vient d'être dit, qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées à l'encontre de cet arrêté.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté du 26 septembre 2022 :
6. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme F B, directrice adjointe des ressources humaines et de l'attractivité, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cette fin et suffisamment précise par un arrêté de la directrice du groupe hospitalo-universitaire AP-HP Sorbonne université et régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du 1er juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la circonstance invoquée par Mme C selon laquelle il ne lui aurait pas été régulièrement notifié et qu'il aurait été porté à sa connaissance à la suite d'une demande d'exécution de son avocat aux Conseils demeure sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, il ressort des énonciations de la décision en litige qu'elle a été prise sur le fondement des dispositions mentionnées au point 2 ci-dessus. Cette mesure de suspension sans rémunération, expressément prévue par le III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, s'analyse comme une mesure prise dans l'intérêt de la santé publique, destinée à lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 dans un objectif de maîtrise de la situation sanitaire, et n'a pas vocation à sanctionner un éventuel manquement ou agissement fautif commis par cet agent, qui demeure par ailleurs soumis aux dispositions relatives aux droits et obligations conférés aux agents publics, particulièrement à celles de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à soutenir que cette mesure de suspension aurait le caractère d'une sanction édictée au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance des droits de la défense.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 42. () ". Aux termes de l'article 14 du décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Sous réserve des dispositions de l'article 15 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le fonctionnaire hospitalier est de droit placé en congé de maladie. " Aux termes de l'article 15 du même décret : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. Cet avis indique, d'après les prescriptions d'un médecin, d'un chirurgien-dentiste ou d'une sage-femme, la durée probable de l'incapacité de travail. / En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà du délai prévu à l'alinéa précédent, l'autorité investie du pouvoir de nomination informe par courrier le fonctionnaire du retard constaté et de la réduction de la rémunération à laquelle il s'expose en cas de nouvel envoi tardif dans les vingt-quatre mois suivant l'établissement du premier arrêt de travail considéré. / En cas de nouvel envoi tardif dans le délai mentionné à l'alinéa précédent, le montant de la rémunération afférente à la période écoulée entre la date d'établissement de l'avis d'interruption de travail et la date d'envoi de celui-ci à l'autorité dont il relève est réduit de moitié. / Cette réduction de la rémunération n'est pas appliquée si le fonctionnaire justifie d'une hospitalisation ou, dans un délai de huit jours suivant l'établissement de l'avis d'interruption de travail, de l'impossibilité d'envoyer cet avis en temps utile. / Les fonctionnaires bénéficiaires d'un congé de maladie doivent se soumettre au contrôle exercé par l'autorité investie du pouvoir de nomination. Cette dernière peut faire procéder à tout moment à la contre-visite de l'intéressé par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption de sa rémunération, à cette contre-visite. / () L'autorité investie du pouvoir de nomination peut faire procéder à tout moment à l'examen du demandeur par un médecin agréé. Elle fait en outre procéder à cet examen au moins une fois après une période de congé de maladie de six mois consécutifs. Le fonctionnaire se soumet à cet examen sous peine d'interruption du versement de sa rémunération. () ". Il résulte des dispositions énoncées à l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 que le congé pour maladie est un droit accordé à l'agent qui fait parvenir à l'administration le certificat prévu par les dispositions du premier alinéa de l'article 15 du décret du 19 avril 1988, sous réserve des possibilités de contrôle reconnues à l'administration prévues par le deuxième alinéa du même article.
10. Si le directeur d'un établissement de santé public peut légalement prendre une mesure de suspension à l'égard d'un agent qui ne satisfait pas à l'obligation vaccinale contre la covid-19 alors que cet agent est déjà en congé de maladie, cette mesure et la suspension de traitement qui lui est associée ne peuvent toutefois entrer en vigueur qu'à compter de la date à laquelle prend fin le congé de maladie de l'agent en question.
11. La requérante fait valoir qu'elle ne pouvait être suspendue à compter du 1er février 2022 dès lors qu'elle se trouvait placée en congé de maladie, et que celui-ci ne s'est achevé que le 14 mai 2023. Toutefois, Mme C n'établit pas avoir transmis ses avis d'interruptions de travail postérieurs au 1er février 2022 à l'administration dans les conditions prévues par les dispositions précitées décret du 19 avril 1988, soit dans un délai de quarante-huit heures ou, à tout le moins, dans un délai raisonnable, lesdits avis ayant été transmis par un courriel du 28 mars 2023, soit quatorze mois après le début allégué de son arrêt de travail pour cause de maladie. Ce faisant, elle n'a pas mis l'administration à même, d'une part, de prendre connaissance de cette situation, d'autre part, de s'assurer de l'authenticité des avis d'interruption de travail et, enfin, d'organiser, le cas échéant, la contre-visite par un médecin agréé prévue par les dispositions précitées de l'article 15 du décret du 19 avril 1988 précitées. Dans ces conditions, et dans les circonstances de l'espèce, c'est sans commettre d'erreur de droit que l'administration a pu suspendre de ses fonctions Mme C à compter du 1er février 2022 dès lors qu'elle ne satisfaisait pas aux obligations posées par l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Par conséquent, il y a lieu d'écarter le moyen.
12. En cinquième lieu, aux termes du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " () Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté () ".
13. D'une part, si la requérante soutient que l'administration a commis une erreur de droit en ce qu'elle ne l'a pas mise à même d'user de la possibilité d'utiliser des congés conformément aux dispositions du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021, il ressort des pièces du dossier et notamment des courriels internes à l'AP-HP du 22 juillet, du 30 juillet, du 6 août et 13 août 2021, mais également du flyer du 9 août 2021, du courriel du 26 août 2021, du flyer joint à la fiche de paie d'août 2021, ainsi que des courriels des 2 et 9 septembre 2021, que les agents de l'AP-HP, dont Mme C fait partie, ont été régulièrement informés des dispositions de l'article 14 de la loi du 5 août 2021. La requérante a ainsi été suffisamment informée des conséquences qu'emportait cette interdiction d'exercer sur son emploi et sa rémunération ainsi que des moyens de régulariser sa situation. La circonstance alléguée qu'elle n'avait pas été informée de la possibilité de présenter une demande de congés payés et qu'aucun délai ne lui a été laissé pour le faire est, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, sans incidence. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
14. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 12 que la mesure de suspension ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination des droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté et que seul est conservé le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles l'agent a souscrit. Dans ces conditions, Mme C ne peut utilement soutenir que la décision attaquée serait illégale au motif qu'elle ne prendrait pas en compte la période de suspension pour les droits à la retraite. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit et du détournement de pouvoir doivent être écartés.
Sur les moyens dirigés contre l'arrêté du 11 mai 2023 :
15. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, adjointe des cadres hospitaliers, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cette fin et suffisamment précise par un arrêté de la directrice du groupe hospitalo-universitaire AP-HP Sorbonne université et régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du 1er juillet 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.
16. En deuxième lieu, la requérante soutient que l'arrêté du 11 mai 2023 est entaché d'un défaut de motivation en ce qu'il a arrêté la période de congé longue maladie du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022 alors même que le conseil médical avait retenu la date du 14 mai 2023. Toutefois, cet arrêté mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé et est par suite suffisamment motivé. La circonstance qu'il vise l'avis du comité médical du 7 avril 2023 modifié est, à cet égard, sans incidence, alors, au demeurant, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la modification en cause résulte d'une volonté de falsification de l'avis initialement émis. Par suite, le moyen doit être écarté.
17. En troisième lieu, Mme C soutient que la décision litigieuse est entachée de plusieurs vices de procédure.
18. D'une part, la requérante fait valoir que la décision relative à la durée du congé de longue maladie a été prise le 2 décembre 2022 et non le 11 mai 2023, alors que le conseil médical n'avait pas été saisi, ni le médecin du travail consulté. Au soutien de son argumentation, Mme C produit une attestation employeur du 21 décembre 2022 par laquelle l'AP-HP se borne à considérer, d'une part, que la période du 15 septembre 2021 au 31 janvier 2022 a été requalifiée en congé maladie ordinaire en application de la décision du Conseil d'Etat du 23 septembre 2022, d'autre part, qu'elle a fait l'objet d'une suspension à compter du 1er février 2022 à défaut de justifier d'un schéma vaccinal conforme aux exigences de l'article 12 de la loi du 5 août 2021. Par cette attestation employeur, qui ne fait pas grief à la requérante, l'administration vient tirer les conséquences d'une situation de fait. Il n'en résulte aucunement que la décision attaquée aurait en réalité été adoptée le 2 décembre 2022 et non le 11 mai 2023.
19. D'autre part, la requérante soutient également que la décision de suspendre le versement de sa rémunération est aussi entachée d'un vice de procédure dès lors que l'administration a refusé de prendre en compte ses arrêts de travail du 1er février 2022 au 14 mai 2023. Toutefois, comme il a été dit aux points 11 à 13, l'administration n'était pas tenue de prendre en considération les arrêts de travail transmis tardivement par Mme C et qu'en ce sens, l'avis rectifié du conseil médical du 7 avril 2024 n'a fait que tirer les conséquences de la situation dans laquelle était placée Mme C au moment de statuer. Par conséquent, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
20. En quatrième lieu, la requérante soutient que les faits de l'espèce ne sont pas de nature à justifier l'arrêt de la durée de congé longue maladie au 31 janvier 2022 et par voie de conséquence, l'arrêt du versement de son traitement à compter de la même date. Toutefois, comme il l'a été rappelé aux points 11 à 13, Mme C n'établit pas avoir transmis en temps utiles, les avis d'interruption de travail dont elle a pu bénéficier. Dans ces conditions, l'administration a pu légalement adopter l'arrêté litigieux prononçant sa suspension à compter du 1er février 2022 et entraînant par conséquent la suspension du versement de son traitement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du détournement de pouvoir doivent être écartés.
21. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du 26 septembre 2022 et du 11 mai 2023, et que par conséquent, les requêtes n° 2317547 et 2317549 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris en ce qu'elles contiennent des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2204819/2-2 dirigées contre de l'arrêté du 15 septembre 2021 du directeur général de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris.
Article 2 : Les requêtes n° 2317547/2-2 et 2317549/2-2 sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Abdat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
Le président-rapporteur,
J. SORINL'assesseur le plus ancien,
Y. COZ
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2, 2317547, 2317549/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026