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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205452

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205452

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205452
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantPOUSSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme B E et M. A D, représentés par Me Poussin, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser, en réparation de leur préjudice causé par le décès de leur enfant C, la somme de 50 000 euros à Mme E et la somme de 30 000 euros à M. D ;

2°) de condamner l'AP-HP à leur verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur enfant C, âgée de trois mois, est décédée d'une entérocolite ulcéro-nécrosante qui a été aggravée par une décision précipitée de l'hôpital Robert Debré de procéder à une intervention chirurgicale non urgente le 23 août 2018, l'emploi d'une méthode d'anesthésie inappropriée et le traitement de la chute de pression artérielle par des traitements inadaptés à l'état de santé de leur enfant ;

- leur enfant n'a pas pu être prise en charge utilement en urgence en raison de la décision de l'hôpital Robert Debré de la renvoyer vers le centre hospitalier de Saint-Denis dès le 24 août 2018, de surcroit avec un transport non médicalisé, alors qu'elle était en grande souffrance ;

- le SAMU, sous la responsabilité de l'AP-HP, a fait perdre des minutes vitales à l'enfant ;

- les fautes de l'AP-HP ont concouru à la perte de chance de survie de leur enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la réclamation préalable des requérants du 25 novembre 2021 était tardive, dès lors que la décision de rejet de leur demande du 17 novembre 2020 était définitive ;

- le décès de l'enfant n'est pas imputable à un défaut de prise en charge, mais à une complication redoutée et inévitable chez un enfant prématurissime.

La requête a été communiquée le 25 mars 2022 à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas présenté d'observations.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- et les conclusions de M. Thulard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, en situation de pré-éclampsie, a accouché à l'hôpital Delafontaine de Saint-Denis (93) le 22 mai 2018 à 25/26 semaines d'aménorrhée d'une fille prénommée C. Le 19 août 2018, l'enfant a été transférée à l'hôpital Robert Debré, qui relève de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), pour un avis en endocrinologie en raison d'une insuffisance surrénale. Lors de ce séjour à l'hôpital Robert Debré, il a été décidé de profiter de la présence de l'enfant pour l'opérer d'une hernie inguinale gauche, alors que cette opération était initialement prévue au mois d'octobre 2018. Au cours de l'opération chirurgicale qui s'est déroulée le 23 août 2018, une hernie ovarienne gauche a été mise en évidence, laquelle a également été opérée. Le lendemain de l'opération, l'enfant a présenté un ballonnement abdominal ainsi que des vomissements. La décision a toutefois été maintenue de la renvoyer, ainsi qu'il était prévu, à l'hôpital Delafontaine. A son arrivée dans cet établissement, dans l'après-midi du 24 août 2018, l'état de l'enfant s'est rapidement dégradé et celle-ci est décédée en fin de journée. Les experts désignés par la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Ile-de-France ont indiqué le 13 février 2020 que le décès de l'enfant avait été causé par une forme fulminante d'entérocolite ulcéro-nécrosante. Ils ont conclu que les multiples défauts dans la prise en charge de l'enfant à l'hôpital Robert Debré lui avaient fait perdre une chance de survie de l'ordre de 50%. La CCI a rendu le 9 juillet 2020 un avis favorable à l'indemnisation des parents de C par l'AP-HP à hauteur de 50% de leur préjudice. Cependant, par une décision du 17 novembre 2020, l'AP-HP a rejeté la demande indemnitaire de Mme E et de M. D au motif que la perte de chance de survie de leur enfant était juridiquement dénuée de caractère réel et sérieux eu égard à la mortalité quasiment systématique en présence d'une infection d'une telle gravité. Mme E et M. D demandent au tribunal de condamner l'AP-HP à leur verser respectivement la somme de 50 000 euros et la somme de 30 000 euros en réparation de leur préjudice moral.

Sur la recevabilité :

2. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

3. Il résulte de l'instruction que, à la suite de l'avis émis par la CCI le 9 juillet 2020, Mme E et M. D ont saisi l'AP-HP d'une réclamation indemnitaire préalable en réparation du préjudice né du décès de C, dans laquelle ils mettaient en cause la responsabilité de l'AP-HP sur le fondement des manquements commis dans la prise en charge de leur enfant à l'hôpital Robert Debré les 23 et 24 août 2024. Par un courrier daté du 17 novembre 2020, dont les intéressés ont accusé réception le 20 novembre 2020 et qui mentionnait les voies et délais de recours, l'AP-HP a rejeté leur demande préalable. Par un courrier du 25 novembre 2021, les requérants ont adressé une nouvelle réclamation indemnitaire à l'AP-HP, dont l'objet et la cause juridique étaient identiques à leur première réclamation. La décision implicite de rejet née du silence de l'administration opposé à cette seconde réclamation a ainsi le caractère d'une décision purement confirmative de la décision du 17 novembre 2020, insusceptible, comme telle, d'ouvrir un nouveau délai de recours. Par suite, à la date à laquelle Mme E et M. D ont introduit leur requête, celle-ci était tardive.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme E et de M. D est irrecevable et doit par conséquent être rejetée.

Sur les frais d'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à la mise à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance, les frais de cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, à M. A D, à l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Marzoug, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

Mme Deniel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

S. MarzougLa greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2205452/6-

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