jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2205612 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 mars et 27 juillet 2022 et le 13 février 2023, la chambre syndicale des entreprises de déménagements et garde-meubles de France, représentée par Me Fergon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 février 2022 par laquelle l'adjoint à la maire de Paris chargé de la voirie a imposé aux professionnels du déménagement un paiement préalable obligatoire et sans contrepartie de la redevance de stationnement sur la voie publique de leurs véhicules et équipements ;
2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'adjoint à la maire a excédé la compétence que lui avait déléguée le conseil de Paris en imposant le paiement par avance de la redevance d'occupation du domaine public pour stationnement, sans pour autant que ce paiement ne garantisse un droit effectif à occuper l'emplacement de voirie réservé ;
- la perception d'une redevance ne peut découler que de l'occupation effective d'une dépendance du domaine public ; la décision litigieuse, en tant qu'elle prévoit l'obligation de s'acquitter par avance d'une redevance, sans garantie en contrepartie d'un droit effectif d'occupation ni possibilité de se voir rembourser la redevance en cas d'impossibilité d'occuper l'emplacement réservé, est dès lors entachée d'erreur de droit ;
- dans cette mesure, la décision litigieuse méconnaît le principe d'égalité ;
- la délibération 2022 DVD 3-1 qui a entériné les principes résultant de la décision litigieuse, est illégale dès lors que, par son manque de clarté, elle méconnaît le principe de sécurité juridique ; elle est également illégale dès lors qu'elle méconnaît le principe de contrepartie effective au paiement d'une redevance ;
- l'obligation de s'acquitter d'une redevance supplémentaire de quinze euros en cas de modification de la demande d'autorisation initiale méconnaît le même principe, est manifestement disproportionnée et son mode de calcul n'est pas justifié.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que le courrier dont il est demandé l'annulation, qui se borne à rappeler la portée de deux délibérations du conseil de Paris, ne constitue pas une décision faisant grief ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la chambre syndicale des entreprises de déménagements ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public,
- et les observations de Me Fergon, pour la chambre syndicale des entreprises de déménagements et garde-meubles de France.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération n° 2018 DVD 46 des 2, 3, 4 et 5 juillet 2018, le conseil de Paris a adopté des " dispositions relatives au stationnement de surface (poids lourds, déménagements, autocars et professionnels divers) ", dont les articles 7, 8 et 9 prévoient notamment celles propres aux véhicules utilisés en cas de déménagement. Alors que l'article 10 de cette délibération prévoyait que ces dispositions devaient être applicables le 1er novembre 2018, l'article 4 de la délibération 2021 DVD 24-1 des 6, 7, 8 et 9 juillet 2021 en a repoussé l'entrée en vigueur au 1er mars 2022. Le 21 février 2022, l'adjoint à la maire de Paris en charge, notamment, de la voirie a adressé aux professionnels du secteur du déménagement un courrier rappelant l'entrée en vigueur du stationnement payant le 1er mars 2022, et annonçant la mise en service d'un module de télépaiement rendant obligatoire le paiement de la redevance de stationnement par avance afin de pouvoir bénéficier des dispositions spécifiques aux véhicules de déménagement entraînant, notamment, l'application d'un tarif plus favorable. Par la présente requête, la chambre syndicale des entreprises de déménagements et de garde-meubles de France demande l'annulation de ce courrier en tant qu'il prévoit cette obligation de paiement préalable de la redevance, sans pour autant ouvrir droit à la réservation de la place considérée.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. "
3. D'une part, la décision de conditionner le bénéfice des tarifs spécifiques aux véhicules de déménagement à l'usage d'un téléservice impliquant le paiement anticipé de la redevance de stationnement, qui constitue une simple modalité de mise en œuvre de la délibération n° 2018 DVD 46 mentionnée au point 1, relève de l'administration de la Ville de Paris. D'autre part, par un arrêté du 21 juillet 2020, régulièrement publié, M. A, adjoint à la maire de Paris en charge notamment de la voirie et signataire du courrier litigieux, a reçu délégation, à l'effet de signer tous les actes et décisions ainsi que tous courriers et pièces administratives se rapportant aux fonctions qui lui sont déléguées. Le moyen tiré de son incompétence doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2125-9 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les règles de paiement des redevances dues pour l'occupation du domaine public dans le cadre d'un stationnement de véhicule sur voirie sont fixées à l'article L. 2333-87 du code général des collectivités territoriales. " Il résulte de ces dispositions que les redevances dues pour le stationnement d'un véhicule pour voirie ont pour seule contrepartie l'occupation du domaine public. Par suite, la maire de Paris n'a pas commis d'erreur de droit en prévoyant le paiement anticipé d'une redevance d'occupation du domaine public sans que celle-ci ne donne droit à une prestation assurée en complément par la Ville de Paris. Par ailleurs, il ne ressort ni de cette décision, ni des délibérations des 2, 3, 4 et 5 juillet 2018 et des 6, 7, 8 et 9 juillet 2021, dont elle assure la mise en œuvre, ni d'aucune pièce du dossier, qu'une impossibilité, qui ne serait pas du fait du transporteur, de faire usage de l'autorisation ainsi délivrée ne pourrait donner lieu à remboursement de la redevance acquittée par avance.
5. En troisième lieu, l'obligation de recourir à un téléservice dédié et de s'acquitter par avance de la redevance d'occupation du domaine public ne constitue que la contrepartie de la possibilité de bénéficier des tarifs spécifiques au stationnement des véhicules de déménagement, dont il est constant qu'ils sont beaucoup plus favorables que ceux applicables aux autres poids lourds. Les entreprises de déménagement restent toutefois libres de s'acquitter de la redevance applicable aux autres véhicules, dans les conditions de droit commun. Le syndicat professionnel requérant n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que le courrier litigieux méconnaîtrait le principe d'égalité.
6. En quatrième lieu, la décision litigieuse n'a été prise ni pour l'application, ni sur le fondement de la délibération 2022 DVD 3-1 des 31 mai, 1er et 2 juin 2022, qui lui est d'ailleurs postérieure. Par suite, la requérante ne saurait utilement exciper de l'illégalité de cette dernière au soutien de ses conclusions à fin d'annulation.
7. En cinquième et dernier lieu, l'obligation de s'acquitter d'une redevance supplémentaire de quinze euros en cas de modification de la demande d'autorisation initiale résulte de la délibération des 31 mai, 1er et 2 juin 2022 mentionnée ci-dessus, et pas du courrier litigieux. Les moyens tirés de ce que cette disposition méconnaîtrait le principe du bénéfice d'une contrepartie effective au paiement d'une redevance, de la disproportion du montant ainsi prévu et de ce que son mode de calcul n'est pas justifié sont, dès lors, en tout état de cause, inopérants à l'appui de conclusions tendant à la seule annulation du courrier du 21 février 2022.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions à fin d'annulation de la chambre syndicale des entreprises de déménagements et garde-meubles de France doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Ville de Paris au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la chambre syndicale des entreprises de déménagements et garde-meubles de France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la chambre syndicale des entreprises de déménagements et garde-meubles de France et à la Ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
M. Arnaud Blusseau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.
Le rapporteur,
G. BLa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527910
Le Tribunal administratif de Paris a annulé un arrêté préfectoral refusant le renouvellement du titre de séjour d'une ressortissante tunisienne et lui enjoignant de quitter le territoire. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur de droit en appliquant le code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que la situation de l'intéressée, épouse d'un Français, devait être examinée exclusivement au regard des dispositions de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer sa demande dans un délai de trois mois et a condamné l'État à lui verser 1 200 euros au titre des frais exposés.
19/02/2026