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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205614

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205614

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205614
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantIOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars 2022 et 7 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 janvier 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié l'ensemble des retraits de points affectant son permis de conduire et l'interdiction de conduire ;

2°) d'annuler chacun des retraits de points irrégulièrement opérés à la suite des infractions les 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59, 30 mars 2019, 11 avril 2019, 3 décembre 2019, 23 juin 2020, 29 avril 2020 et 25 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points irrégulièrement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu l'information relative au permis à points au moment de la constatation des infractions en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale,

- le code de la route,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme B a présenté son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a commis, les 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59, 30 mars 2019, 11 avril 2019, 3 décembre 2019, 23 juin 2020, 29 avril 2020 et 25 avril 2021, diverses infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de la totalité des points affectés à son permis de conduire. Par une décision en date du 18 janvier 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. C le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points, qu'il avait perdu le droit de conduire. M. C demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. En application de l'article L. 223-6 du code de la route, en cas de commission d'une infraction ayant entraîné le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai d'un an, réduit à six mois depuis l'entrée en vigueur de la loi n° 2011-267 du 14 mars 2011, à compter de la date du paiement de la dernière amende forfaitaire, de l'émission du titre exécutoire de la dernière amende forfaitaire majorée, de l'exécution de la dernière composition pénale ou de la dernière condamnation définitive, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points.

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant édité le 19 avril 2022 et produit par le ministre de l'intérieur, que le point retiré du capital de points affectés au permis de conduire de M. C à la suite de l'infraction du 11 avril 2019 a été réattribué le 24 décembre 2019 soit antérieurement à l'introduction de la requête de M. C enregistrée le 8 mars 2022. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative à ce retrait sont dépourvues d'objet, sont en conséquence irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le moyen tiré du défaut d'information :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle en ce qu'elles mettent l'intéressé en mesure de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis.

5. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire, mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Enfin, lorsque le contrevenant, après avoir reçu le titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne forme pas de réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ou s'acquitte spontanément de cette amende forfaitaire majorée, sans élever d'objection, il doit être regardé comme renonçant à contester la majoration de l'amende forfaitaire dont il devait s'acquitter dans le délai en reconnaissant que le délai dont il disposait, en vertu du formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus qui lui a alors nécessairement été remis, pour s'acquitter de cette amende forfaitaire, était expiré. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique au modèle et dont il est établi, notamment dans les conditions décrites ci-dessus, qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation à son encontre, a nécessairement reçu le formulaire unique d'avis de contravention décrit ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

Quant aux infractions du 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59 et 30 mars 2019 :

6. Il ressort du relevé d'information intégral produit par le ministre que les infractions en cause ont donné lieu, en application des dispositions de l'article 529-2 du code de procédure pénale, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Cette circonstance, qui établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, n'est toutefois pas de nature à établir que M. C aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code. Si le ministre produit un avis de contravention vierge qui comporte les informations prescrites par le code de la route, il n'apporte pas la preuve que le requérant a reçu un avis de contravention identique. Par suite, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que M. C a bien reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du code de la route. Dès lors, les retraits de quatre points consécutifs aux infractions des 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59 et 30 mars 2019 doivent être regardés comme intervenus sur une procédure irrégulière.

Quant à l'infraction du 23 juin 2020 :

7. En ce qui concerne l'infraction commise le 23 juin 2020, constatée par un radar automatique et ayant fait l'objet de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, le ministre produit, outre le relevé d'information intégral du requérant, une copie de la requête en exonération que le conseil de M. C a formé auprès de l'officier du ministère public, accompagné de l'avis de contravention. Dans ces conditions, eu égard aux mentions dont cet avis de contravention doit être revêtu et alors que le requérant ne conteste pas avoir formé une requête en exonération et ne soutient pas non plus l'avoir formée au vu d'un avis incorrect ou incomplet, le ministre doit être regardé comme s'étant acquitté de l'obligation qui lui incombe de fournir les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Quant à l'infraction du 25 avril 2021 :

8. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces versées au débat par le ministre de l'intérieur en défense et du relevé d'information intégral, que l'infraction commise le 25 avril 2021 a été constatée par radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Cet avis a été adressé au domicile de M. C par pli recommandé avec demande d'accusé de réception, tous deux portant le même numéro 2D 045 351 2349 4, et que ce dernier et a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Or, il est constant que figurent sur l'avis d'amende forfaitaire majorée l'ensemble des informations légales, qui, en vertu de ce qui précède, a été régulièrement notifié à l'intéressé, toutes les informations requises par les dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route à l'occasion de l'infraction commise le 25 avril 2021.

Quant aux infractions des 3 décembre 2019 et 29 avril 2020 :

9. Il résulte des dispositions des articles 537 et 429 du code de procédure pénale que les procès-verbaux établis par les officiers ou agents de police judiciaire pour constater des infractions au code de la route font foi jusqu'à preuve contraire en ce qui concerne la constatation des faits constitutifs des infractions. La mention portée sur ces procès-verbaux selon laquelle le contrevenant a reçu l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'est pas revêtue de la même force probante. Néanmoins, même contredite par le contrevenant, cette indication peut emporter la conviction du juge si elle est corroborée par d'autres éléments. Tel est notamment le cas s'il ressort des pièces du dossier que le contrevenant a contresigné le procès-verbal ou qu'il a pris connaissance, sans élever d'objection, de son contenu.

10. S'agissant de l'infraction du 3 décembre 2019 constatée par procès-verbal, si le ministre fait valoir qu'un avis de contravention, comportant l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route a été adressé au requérant, la production d'un document intitulé " dossier transmis " et d'un avis de contravention vierge sauraient suffire à établir que M. C a été destinataire des informations préalables requises par les textes. Par suite, le ministre de l'intérieur ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, que le requérant a effectivement reçu l'avis de contravention comportant les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que M. C est fondé à soutenir que la décision ayant retiré trois points du capital de points attaché à son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 3 décembre 2019 est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière et à en demander, pour ce motif, l'annulation.

11. Le procès-verbal du 29 avril 2020, établi le jour même de l'infraction, indique que le contrevenant a refusé de le signer. Dans ces conditions, il doit être regardé comme s'étant vu remettre le document. Le ministre produit un avis de contravention vierge, comportant l'ensemble des informations prescrites par le code de la route, et soutient qu'il correspond au modèle de l'avis remis au contrevenant. Faute pour le contrevenant de contester cette affirmation en produisant lui-même l'avis qui lui a été remis et est resté en sa possession, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de la remise à l'intéressé de l'ensemble des informations prescrites par le code de la route pour ces infractions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information doit être écarté.

Sur le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

12. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points affecté au permis de conduire est réduit de plein droit lorsqu'est établie, par le paiement d'une amende forfaitaire, l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive, la réalité de l'infraction donnant lieu à retrait de points.

13. Eu égard aux mentions du relevé intégral d'information, extrait du système national du permis de conduire, versé au dossier par le ministre de l'intérieur et relatif à la situation du requérant, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute leur exactitude, d'une part, il doit être tenu pour établi que des titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées ont été émis à la suite des infractions commises les 30 mars 2019, 23 juin 2020, 29 avril 2020 et 25 avril 2021. Ainsi le moyen tiré de ce que la réalité des infractions ne serait pas établie doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions commises les 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59, 30 mars 2019 et 3 décembre 2019 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points de son permis de conduire doivent être annulées. En revanche il n'est pas fondé à soutenir que les décisions relatives aux infractions des 29 avril 2020, 23 juin 2020, 25 avril 2021 seraient entachées d'illégalité, ni par suite, à en demander l'annulation.

En ce qui concerne la décision du ministre de l'intérieur du 18 janvier 2022 en tant qu'elle constate la perte de validité du permis du requérant et lui enjoint sa restitution :

15. La décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. C fait état de décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Le solde de points du permis de M. C n'est pas nul du fait de l'annulation de ces décisions de retrait de points. Ainsi la décision ministérielle en date du 18 janvier 2022, en tant qu'elle invalide le permis litigieux, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

17. Le présent jugement implique nécessairement que l'administration restitue à M. C les points qui lui ont été irrégulièrement retirés à la suite des infractions commises les 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59, 30 mars 2019 et 3 décembre 2019. Il devra y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait des points affectés au permis de conduire de M. C, à la suite des infractions commises les 7 janvier 2019, 27 mars 2019 à 3h54 et 3h59, 30 mars 2019 et 3 décembre 2019 sont annulées.

Article 2 : La décision du 18 janvier 2022 du ministre de l'intérieur, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de M. C a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, les points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

Fait à B, le 8 janvier 2024.

La magistrate désignée,

A. B

La greffière,

I. GARNIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205614

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