vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2205704 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET FIDUFRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mars 2022, la société DG Campus, représentée par le cabinet Fidufrance, demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et intérêts, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et de procéder à la réintégration de son déficit reportable.
La société DG Campus soutient que :
-elle a procédé à une régularisation de la taxe sur la valeur ajoutée non déclarée et non versée en 2015 le 28 mars 2018, avec l'accord de l'inspecteur des impôts du SIE Paris 13 ;
-elle a été, tout au long de l'année 2015, en situation de crédit de taxe sur la valeur ajoutée ;
-elle a également procédé à la régularisation de la taxe sur la valeur ajoutée déductible pour 2015 le 7 mai 2018, avec l'accord de l'inspecteur des impôts du SIE Paris 13 ;
-les rectifications en matière de taxe sur la valeur ajoutée n'étant pas fondées, le service ne pouvait pas constater l'existence d'un profit sur le Trésor d'un montant égal à celui des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge ;
-le passif injustifié de 99 677,58 euros correspond à une dette de taxe sur la valeur ajoutée potentielle qu'elle devra reverser à terme et relève d'une année qui peut encore être reprise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
-la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas établi qu'elle a été introduite par un avocat inscrit au barreau, en méconnaissance des dispositions combinées des articles R. 200-2 et R. 197-4 du livre des procédures fiscales ;
-aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société DG Campus, qui exploite une résidence étudiante située à Saint-Cyr-l'Ecole, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 11 juillet 2018, le service lui a notamment notifié des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. La société DG Campus demande la décharge, en droits et intérêts, de ces redressements et la réintégration de son déficit reportable.
Sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : () 2° à l'impôt sur les sociétés, les personnes morales passibles de cet impôt qui n'ont pas déposé dans le délai légal leur déclaration, sous réserve de la procédure de régularisation prévue à l'article L. 68 ; / 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () " et aux termes de l'article L. 68 du même livre : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. () ". En outre, aux termes de l'article L. 193 dudit livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".
3. Dès lors que la société DG Campus a déposé ses déclarations trimestrielles de taxe sur la valeur ajoutée en ce qui concerne l'exercice clos le 31 décembre 2015 le 7 mai 2018, après l'expiration du délai légal, l'administration fiscale a appliqué la procédure de taxation d'office pour cet exercice. Dans ces conditions, il appartient à la société requérante, qui ne conteste pas avoir été régulièrement taxée d'office, d'apporter la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée collectée :
4. Aux termes de l'article 269 du code général des impôts : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : / a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () 2. La taxe est exigible : / a) Pour les livraisons mentionnées aux a et a ter du 1, lors de la réalisation du fait générateur. () ". En outre, aux termes de l'article 287 du même code : " 1. Tout redevable de la taxe sur la valeur ajoutée identifié conformément aux dispositions combinées des articles 286 ter et 286 ter A est tenu de remettre au service des impôts dont il dépend et dans le délai fixé par arrêté une déclaration conforme au modèle prescrit par l'administration. / 2. Les redevables soumis au régime réel normal d'imposition déposent mensuellement la déclaration visée au 1 indiquant, d'une part, le montant total des opérations réalisées, d'autre part, le détail des opérations taxables. La taxe exigible est acquittée tous les mois. / Ces redevables peuvent, sur leur demande, être autorisés, dans des conditions qui sont fixées par arrêté du ministre de l'économie et des finances, à disposer d'un délai supplémentaire d'un mois. / Lorsque la taxe exigible annuellement est inférieure à 4 000 €, ils sont admis à déposer leurs déclarations par trimestre civil. () ".
5. Il résulte de l'instruction que, lors des opérations de contrôle, le service a constaté que la société DG Campus avait comptabilisé, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, un montant total de taxe sur la valeur ajoutée collectée de 105 864 euros mais qu'elle a omis de déclarer et de reverser cette taxe. Si la société se prévaut du fait qu'elle était en situation de crédit de taxe sur la valeur ajoutée tout au long de l'année 2015, cette situation ne la dispensait pas de déposer les déclarations trimestrielles de taxe sur la valeur ajoutée. En outre, la société DG Campus soutient qu'elle a procédé à une régularisation en déposant les déclarations manquantes le 28 mars 2018. Toutefois, il est constant que la société a adressé lesdites déclarations à l'administration fiscale le 7 mai 2018, soit après l'expiration du délai de déclaration et postérieurement à la réception de l'avis de vérification de comptabilité, le 18 avril 2018. Si la requérante soutient que l'inspecteur en charge de son dossier au service des impôts des entreprises (SIE) Paris 13 aurait admis qu'elle puisse décaler dans le temps le dépôt de la déclaration CA3 du 4ème trimestre 2015, elle n'établit pas. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a mis à la charge de la société les rappels litigieux au titre de l'année 2015, quand bien même elle aurait été en situation créditrice.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible :
6. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. () ". En outre, aux termes de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. / II. - Lorsque, sur une déclaration, le montant de la taxe déductible excède le montant de la taxe due, l'excédent de taxe dont l'imputation ne peut être faite est reporté, jusqu'à épuisement, sur les déclarations suivantes. Toutefois, cet excédent peut faire l'objet de remboursements dans les conditions fixées par les articles 242-0 A à 242-0 J ".
7. Il résulte de l'instruction que le service a constaté que la société DG Campus avait annulé par des écritures comptables d'opérations diverses au 31 décembre 2015 une taxe sur la valeur ajoutée déductible qui aurait dû être portée en déduction sur les déclarations CA3 trimestrielles pour un montant total de 149 916 euros. La société DG Campus soutient qu'elle a finalement procédé à une régularisation de cette taxe sur la déclaration CA3 au titre du quatrième trimestre 2015 déposée le 7 mai 2018. Toutefois, ainsi que le fait valoir l'administration, cette déclaration était tardive conformément aux dispositions précitées de l'article 208 de l'annexe II au code général des impôts puisque déposée après le 31 décembre 2016 en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée déductible d'un montant de 29 981 euros figurant en à-nouveau au 1er janvier 2015 et après le 31 décembre 2017 pour la taxe déductible de 2015. Si la société soutient que l'inspecteur en charge de son dossier au SIE Paris 13 aurait admis qu'elle puisse décaler dans le temps le dépôt de la déclaration CA3 du 4ème trimestre 2015, elle n'établit pas. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a notifié à la société les rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible litigieux.
Sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
En ce qui concerne le profit sur le Trésor
8. Lorsqu'un contribuable a fait l'objet de rectifications en matière d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée, ses bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés peuvent être rehaussées d'un profit sur le Trésor chaque fois que le droit qui lui est ouvert de déduire de ces bases la taxe rappelée aboutirait, à défaut de la constatation à due concurrence d'un tel profit, à ce que le contribuable soit imposé à l'impôt sur les sociétés sur une assiette plus réduite que celle sur laquelle il aurait été imposé s'il avait acquitté régulièrement la taxe sur la valeur ajoutée.
9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, c'est à bon droit que l'administration fiscale a mis à la charge de la société DG Campus les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le service ne pouvait constater l'existence, à hauteur du montant de ces rappels, d'un profit sur le Trésor et réintégrer ce dernier à son résultat imposable.
En ce qui concerne le passif injustifié :
10. D'une part, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " () 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter,40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt, diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs de l'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au contribuable, quelle que soit la procédure d'imposition, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.
11. D'autre part, aux termes de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales : " Pour les taxes sur le chiffre d'affaires, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la taxe est devenue exigible conformément aux dispositions du 2 de l'article 269 du code général des impôts. () ".
12. Il résulte de l'instruction que le service a constaté que la société DG Campus avait enregistré au crédit du compte 445840 " TVA à régulariser passif " un montant de 99 678 euros et que cette dette figurait en à-nouveau du même compte au 1er janvier 2016. Il résulte également de l'instruction que la société a indiqué au vérificateur que cette somme correspondait à une dette de taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre de l'année 2012 en attente de régularisation à venir. En application des dispositions précitées de l'article L. 176 du livre des procédures fiscales, le service a pu estimer à bon droit que la dette de taxe sur la valeur ajoutée en litige était prescrite et que la somme correspondante devait être réintégrée au bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015. La société qui se borne à soutenir, sans l'établir, que cette somme serait toujours exigible ne conteste pas sérieusement ce redressement. Par suite, elle n'est pas fondée à demander la réintégration de ce déficit.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société DG Campus doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société DG Campus est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société DG Campus et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026