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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2205835

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2205835

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2205835
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantDEFFAIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mars 2022 et le 26 avril 2022, la société Olmeta Loc, représentée par Me Deffairi demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 août 2021, par laquelle le directeur général des finances publiques a rejeté sa demande d'aide exceptionnelle pour le mois de mars 2021 au titre du fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique née le 9 janvier 2022 ;

3°) dire inexistante ou, à titre subsidiaire, annuler la décision du 4 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

4°) d'enjoindre à la direction générale des finances publiques de lui verser une somme de 10 000 euros ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 18 août 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle ne comporte pas la mention des voies et délais de recours ;

- les décisions contestées ont été prises en méconnaissance des dispositions du décret du 30 mars 2020 dès lors qu'elle remplit tous les critères pour obtenir l'aide ;

- les décisions contestées sont entachées d'erreur de droit dès lors que le directeur général des finances publiques s'est fondé sur un critère non prévu par les textes ;

- le directeur général des finances publiques a méconnu le droit à l'erreur consacré par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision du 4 novembre 2021 est inexistante et elle est entachée de vices de forme mais également d'erreur de droit ;

- ce refus de lui accorder une aide constitue une rupture de l'égalité devant les charges publiques.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 avril 2022 et le 1er décembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens tirés de l'irrégularité en la forme de la décision du 18 août 2021 et du courrier du 4 novembre 2021 sont inopérants dès lors que la requête relève du plein contentieux ;

- les autres moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 26 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-705 du 10 juin 2020 ;

- le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020, modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- les conclusions de M. Halard, rapporteur public,

- et les observations de Me Lecomte, représentant la société Olmeta Loc.

Une note en délibéré, présentée par la société Olmeta Loc, a été enregistrée le 26 janvier 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société Olmeta Loc a pour activités la location de véhicule sans chauffeur, l'achat et la revente de véhicules et l'organisation d'événementiel. Elle a sollicité le bénéfice d'une aide exceptionnelle de 10 000 euros pour le mois de mars 2021 au titre du premier volet du fonds de solidarité, institué à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19. Le 8 juin 2021, des précisions lui ont été demandées sur son chiffre d'affaires de mars 2019. Le 18 août 2021, la direction générale des finances publiques a finalement rejeté sa demande. Par la présente requête, la société Olmeta Loc demande au tribunal d'annuler cette décision du 18 août 2021, ensemble la décision du 4 novembre 2021 rejetant explicitement son recours gracieux et le rejet implicite de son recours hiérarchique.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision du 18 août 2021 indique que la société Olmeta Loc a minoré son chiffre d'affaires 2019 d'un montant de 34 667 euros, correspondant à la vente d'un véhicule Ford Mustang à M. B A. C motivation est suffisante pour permettre de comprendre, à sa seule lecture, le motif du rejet et son fondement légal et elle permet ainsi de contester utilement les décisions litigieuses. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que la décision du 18 août 2021 ne mentionne pas les voies et délais de recours est sans incidence sur sa légalité.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué ".

5. La société Olmeta Loc soutient que l'omission de déclaration concernant la vente du véhicule Ford Mustang qui lui est reprochée résulte de l'incompétence de son ancien comptable, contre lequel elle a engagé une action, et fait valoir qu'elle a droit à l'erreur en vertu de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, le refus opposé par l'administration à sa demande d'aide ne constitue pas une sanction pécuniaire. Dès lors, les décisions contestées ne sont pas soumises au respect des dispositions de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-24 du décret du 30 mars 2020 modifié relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, applicable aux demandes concernant le mois de mars 2021 dispose : " IV.- () La perte de chiffre d'affaires au sens du présent article est définie comme la différence entre, d'une part, le chiffre d'affaires au cours du mois de mars 2021 et, d'autre part, le chiffre d'affaires de référence défini comme : -le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de mars 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 selon l'option retenue par l'entreprise lors de sa demande au titre du mois de février 2021 ; ou si le fonds de solidarité n'a pas été demandé au titre du mois de février 2021, le chiffre d'affaires réalisé durant le mois de mars 2019, ou le chiffre d'affaires mensuel moyen de l'année 2019 ; () V.- La demande est accompagnée des justificatifs suivants : une déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a sollicité des éléments complémentaires pour instruire la demande d'aide présentée par la société Olmeta Loc, en raison d'une discordance entre le chiffre d'affaires qu'elle avait déclaré à l'administration fiscale pour le mois de mars 2019 et celui dont elle se prévalait à l'appui de sa demande. La société a alors produit son relevé bancaire du mois de mars 2019, la facture de vente d'une Ford Mustang à M. B A datée du 1er mars 2019 et le courrier du 9 juin 2021, adressé à son ancien comptable, auquel elle a adressé une lettre de dessaisissement le 8 janvier 2021. Au vu de ces justificatifs, l'administration a estimé que le chiffre d'affaires réalisé en mars 2019 avait été initialement minoré et lui a refusé l'aide sollicitée du fait de cette défaillance déclarative. Toutefois, si le décret précité prévoit qu'une entreprise ne peut bénéficier de l'aide qu'en absence de dette fiscale impayée au 31 décembre 2019, aucune de ses dispositions ne prévoit qu'une déclaration erronée fasse obstacle au bénéfice de l'aide. Dès lors, ce motif est entaché d'erreur de droit.

8. Toutefois, dans le cadre de la présente instance, l'administration, qui doit être regardée comme sollicitant une substitution de motifs, fait valoir que la somme de 34 667 euros perçue en mars 2019 du fait de la vente d'une Ford Mustang ne peut être retenue pour déterminer le chiffre d'affaires de référence car elle se rapporte à la cession d'un bien immobilisé, dont le produit n'est pas constitutif de chiffre d'affaires. La société Olmeta Loc, qui conteste que ce véhicule constituait une immobilisation ne l'établit pas en se bornant à produire la facture de vente de cette Ford Mustang, sans aucun élément justifiant de son achat et de l'absence de mise en location antérieure de celle-ci. Dès lors, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur le motif tiré de l'absence de justification du chiffre d'affaires allégué pour le mois de mars 2019. Par suite, le directeur général des finances n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 3-24 du décret du 30 mars 2020 précité en estimant que la société Olmeta Loc ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'aide exceptionnelle sollicitée au titre du mois de mars 2021.

9. Enfin, la société Olmeta Loc qui n'établit pas remplir les conditions du décret du 30 mars 2020 modifié pour percevoir l'aide sollicitée, n'est pas fondée à soutenir que, par la décision attaquée, l'administration a porté atteinte au principe d'égalité devant les charges publiques protégé par l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Olmeta Loc doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas partie perdante dans cette affaire

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Olmeta Loc est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Olmeta Loc et au directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2205835/2-1

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