mardi 2 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2205999 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | INTER-BARREAUX JRF AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 11 mars, 20 juin, 28 juillet, 28 septembre et 5 décembre 2022, Mme C D et M. B G A, représentés par Me Bernfeld, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Assistance publique - hôpitaux de F (AP-HP) à verser à Mme D la somme de 1 215 246,77 euros en réparation de ses préjudices résultant de sa prise en charge à l'hôpital européen Georges Pompidou du 14 août 2010 au 27 janvier 2011 ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à l'indemniser des préjudices résultant de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée lors de cette prise en charge et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à l'indemniser des préjudices résultant de l'aléa thérapeutique survenu lors de cette prise en charge et de déterminer la répartition de la somme totale de 1 215 246,77 euros ;
3°) de réserver l'indemnisation des frais de logement et de véhicule adaptés ;
4°) de condamner l'AP-HP à verser à M. A la somme de 45 000 euros en réparation de ses préjudices ;
5°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter du 14 novembre 2019 et de la capitalisation des intérêts ;
6°) de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM la somme globale de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'AP-HP est engagée en raison des infections nosocomiales contractées lors de la prise en charge de Mme D à compter du 14 août 2010 à l'hôpital européen Georges Pompidou et de la paralysie du nerf sciatique poplité externe qui est survenue à l'occasion de la pose d'une nouvelle prothèse de hanche rendue nécessaire par ces infections ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de l'ONIAM est engagée au titre du dommage résultant de la paralysie du nerf sciatique poplité externe qui constitue un aléa thérapeutique et pour lequel les conditions de gravité et d'anormalité sont remplies ;
- Mme D a subi les préjudices suivants en lien avec le dommage causé par sa prise en charge par l'AP-HP :
* frais médicaux : 22,50 euros ;
* frais d'assistance à expertise judiciaire : 1 800 euros ;
* frais d'assistance à tierce personne personnelle et liée à la parentalité : 345 390 euros ;
* perte de gains professionnels actuels : 20 353,36 euros ;
* assistance à tierce personne permanente : 429 606,40 euros ;
* incidence professionnelle : 170 000 euros, dont 60 000 euros au titre de la pénibilité, 60 000 euros au titre de la dévalorisation sur le marché du travail et 50 000 euros au titre de la perte des droits à retraite ;
* déficit fonctionnel temporaire : 38 074,51 euros ;
* souffrances endurées : 60 000 euros ;
* préjudice esthétique temporaire : 15 000 euros ;
* déficit fonctionnel permanent : 75 000 euros ;
* préjudice esthétique permanent : 10 000 euros ;
* préjudice d'agrément : 10 000 euros ;
* préjudice sexuel : 20 000 euros ;
* préjudice d'établissement : 20 000 euros ;
- M. A a subi un préjudice d'affection à hauteur de 15 000 euros et des troubles dans les conditions d'existence à hauteur de 30 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, l'Assistance publique - hôpitaux de F conclut à ce que les demandes indemnitaires des requérants relatifs aux préjudices subis en raison de l'infection nosocomiale soient réduites à de plus justes proportions.
Elle soutient que :
- elle accepte de suivre l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux s'agissant des dommages liés aux épisodes infectieux ;
- l'indemnisation au titre du déficit fonctionnel temporaire sera limité à la somme de 5 588 euros, celle au titre des souffrances endurées à la somme de 5 142 euros, celle au titre du déficit fonctionnel permanent à la somme de 21 000 euros et celle au titre du préjudice esthétique permanent à la somme de 2 200 euros ;
- l'indemnisation des frais médicaux restant à charge pour 22,50 euros et des frais d'assistance à expertise judiciaire pour 1 800 euros sera accordée ;
- l'indemnisation au titre du préjudice d'agrément, du préjudice sexuel et des frais d'assistance à tierce personne au titre de la parentalité sera rejetée ;
- les demandes présentées par M. A seront rejetées.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 mai et 11 juillet 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux et des infections iatrogènes, représenté par Me Saumon, conclut au rejet des conclusions dirigées à son encontre et à sa mise hors de cause.
Il soutient que les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas remplies.
Par des mémoires, enregistrés les 19 juillet, 1er septembre et 28 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de F, représentée par Me Dontot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 261 351,53 euros en remboursement de ses débours ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement et à partir de leur versement pour les débours effectués postérieurement et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge l'AP-HP la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Elle soutient que sa créance s'élève à la somme totale de 261 351,53 euros décomposée comme suit : 256 442,99 euros au titre des frais hospitaliers, 3 934,38 euros au titre des frais de transport et 974,16 euros au titre des indemnités journalières.
Par ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles,
- le code civil,
- le code de la santé publique,
- le code de la sécurité sociale,
- l'arrêté du 30 décembre 2021 relatif au tarif minimal mentionné au I de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles et fixant son montant pour 2022,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Deniel,
- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,
- et les observations de Me Bernfeld, représentant Mme D et M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 août 2010, Mme D, née le 26 décembre 1968, a été victime d'un accident de la circulation au Sénégal, à la suite duquel elle a présenté une fracture-luxation de la hanche droite sans trouble neurologique avec fracas de la paroi postérieure du cotyle, prise en charge à l'hôpital principal de Dakar, où a été pratiquée une réduction. Elle a été transférée le 14 août 2010 à l'hôpital européen Georges Pompidou, établissement relevant de l'Assistance publique - hôpitaux de F (AP-HP), où une nouvelle réduction a été pratiquée. Le 17 août 2010, elle a subi une ostéosynthèse par plaque en raison de la persistance de la luxation de la hanche droite. Le 3 septembre 2010, devant la récidive de la luxation, la plaque a été retirée et une reconstruction cotyloïdienne par greffon iliaque a été réalisée. Des prélèvements ont révélé une infection par staphylocoque doré nécessitant un traitement par antibiothérapie. Après une reprise chirurgicale intervenue le 25 octobre 2010 en raison d'une récidive itérative de la luxation, la pose d'une prothèse totale de la hanche droite avec reconstruction du cotyle par autogreffe a été réalisée le 6 décembre suivant. Un déficit du nerf sciatique poplité externe a été diagnostiqué et une neurolyse a été pratiquée le 15 décembre suivant. A la suite de ces interventions, Mme D a à nouveau contracté une infection à staphylocoque doré traitée par antibiothérapie. Un descellement bipolaire de la prothèse avec " collection profonde para diaphysaire fémoral postérieur " a été identifié justifiant la dépose de la prothèse totale de hanche le 7 février 2012 puis la pose d'une nouvelle prothèse le 3 mai 2012.
2. Par un courrier du 14 novembre 2019, Mme D a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Ile-de-France aux fins d'indemnisation. Une expertise a été diligentée et un rapport a été rendu le 24 septembre 2020. Le 28 janvier 2021, la CCI d'Ile-de-France a estimé que l'AP-HP devait assurer la réparation de l'intégralité des préjudices subis par l'intéressée du fait de l'infection contractée à l'occasion de sa prise en charge à compter du 14 août 2010 et que, s'agissant de la paralysie du nerf sciatique poplité externe, la condition de gravité du dommage n'était pas remplie pour ouvrir droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale. Par une décision du 7 décembre 2021, l'AP-HP a indiqué qu'elle suivrait l'avis de la CCI s'agissant de l'indemnisation des dommages résultant de l'infection nosocomiale. Par des courriers avec avis de réception en date du 29 décembre 2021, Mme D a sollicité l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et l'AP-HP afin d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices. Par une décision du 12 janvier 2022, l'ONIAM a rejeté cette demande. Mme D et son fils majeur, M. A, demandent au tribunal de condamner l'AP-HP, et à titre subsidiaire, l'AP-HP et l'ONIAM, à réparer leurs préjudices.
Sur la responsabilité :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de l'AP-HP :
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 24 septembre 2020, qu'à la suite de sa prise en charge à l'hôpital européen Georges Pompidou, Mme D a souffert de deux dommages distincts. Le premier, apparu dans les suites immédiates de l'intervention du 17 août 2010, trouve selon l'expert sa cause dans une infection nosocomiale. Le second dommage, apparu à la suite de l'intervention du 6 décembre 2010, a été caractérisé par une paralysie du nerf sciatique droit.
S'agissant de l'infection nosocomiale :
4. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " () Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Aux termes de l'article L. 1142-1-1 de ce code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales () ".
5. Doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.
6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise produit devant la CCI d'Ile-de-France, que Mme D a contracté une infection à staphylocoque doré au décours de l'intervention chirurgicale du 17 août 2010 réalisée à l'hôpital européen Georges Pompidou. Cette infection, qui n'était ni présente ni en incubation lors de l'admission de Mme D, doit dès lors être regardée comme trouvant sa cause dans sa prise en charge médicale et présente ainsi le caractère d'une infection nosocomiale. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que l'expert a fixé, dans son rapport du 24 septembre 2020, le taux de déficit fonctionnel permanent directement et certainement imputable à l'infection nosocomiale dont souffre Mme D à 13%, soit un taux inférieur à celui ouvrant droit à réparation au titre de la solidarité nationale, en application des dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique. Il en résulte que Mme D est fondée à soutenir que la responsabilité de l'AP-HP, qui n'en conteste au demeurant pas le principe, doit être engagée à son égard au titre de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée le 17 août 2010, sur le fondement des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
S'agissant de l'atteinte neurologique :
7. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
8. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise précité, que la fracture complexe du cotyle droit dont a souffert Mme D a été initialement traitée par ostéosynthèse accompagnée d'une reconstitution par allogreffe. En raison de la survenance d'une nécrose de la tête fémorale, la plaque a été déposée et une arthroplastie a été réalisée le 6 décembre 2010. Les suites de cette intervention ont été marquées par une complication neurologique et Mme D demeure atteinte d'une paralysie du nerf sciatique droit poplité. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la prise en charge de l'intéressée a été conforme aux règles de l'art. Contrairement à ce que soutient Mme D, il ne résulte pas de l'instruction que la pose initiale d'une prothèse totale de hanche, qui est à l'origine de la paralysie sciatique, a été rendue nécessaire par l'infection nosocomiale contractée. A cet égard, l'expert a relevé que l'arthroplastie avait été imposée par la nécrose de la tête fémorale qui était " prévisible mais non certaine " et que la nécrose de la hanche était " le résultat de la luxation et non d'une des complications " décrites. Il suit de là que Mme D n'est pas fondée à soutenir les dommages subis en raison de la paralysie sciatique sont imputables à l'infection nosocomiale qu'elle a contractée et que la responsabilité de l'AP-HP doit être engagée à ce titre.
En ce qui concerne la mise en œuvre de la solidarité nationale :
9. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente () le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical () ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois () des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. ".
10. Pour l'application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, il incombe au juge administratif, dans le cas où il est demandé à l'ONIAM de réparer au titre de la solidarité nationale plusieurs dommages résultant d'un même accident médical, d'une même affection iatrogène ou d'une même infection nosocomiale, de procéder à une appréciation globale des conditions, d'une part, d'anormalité et, d'autre part, de gravité de l'ensemble de ces dommages. Si, en revanche, les dommages résultent de plusieurs accidents médicaux, affections iatrogènes ou infections nosocomiales indépendants, il incombe au juge administratif d'apprécier de façon distincte les conditions d'anormalité et de gravité de chacun d'entre eux.
11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que l'apparition d'une paralysie irrémédiable du nerf sciatique droit chez Mme D ne trouve pas son origine dans une faute commise lors de l'intervention chirurgicale effectuée à l'hôpital européen Georges Pompidou le 6 décembre 2010, mais relève d'une complication exceptionnelle faisant suite à cette opération. Il n'est pas contesté que la probabilité de la survenue d'une lésion du nerf sciatique au décours d'une chirurgie de la hanche est comprise entre 2 et 3 %. Il suit de là que la condition d'anormalité des conséquences de l'acte médical qui est prévue par les dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique est remplie. En revanche, le rapport d'expertise du 24 septembre 2020 évalue le déficit fonctionnel permanent dont reste atteinte Mme D en lien avec l'atteinte neurologique en cause à 12 %. Contrairement à ce que soutient Mme D, il résulte de ce qui a été dit au point 8 qu'il ne peut être tenu compte de l'atteinte résultant de l'infection nosocomiale pour évaluer ce déficit. Il n'y a donc pas lieu d'estimer que le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique dont est atteinte Mme D est supérieur à celui prévu par les dispositions de l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. Par ailleurs, son déficit fonctionnel temporaire n'a pas dépassé le taux de 50% requis pas le texte pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois. Enfin, il n'est pas justifié une inaptitude définitive à l'activité professionnelle exercée au moment des faits litigieux. La condition de gravité conditionnant le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale ne peut donc être regardée comme remplie en l'espèce. Dans ces conditions, les demandes indemnitaires dirigées contre l'ONIAM ne peuvent qu'être rejetées et l'ONIAM doit être mis hors de cause.
Sur la réparation :
12. En application du principe de la réparation intégrale du préjudice, il incombe au juge d'évaluer les préjudices subis par la victime à la date à laquelle il rend sa décision. Par suite, lorsque la perte éprouvée ne peut être appréciée qu'en fonction des dépenses engagées dans le passé ou des pertes de gains professionnels perçus à l'époque de l'incapacité totale temporaire ou partielle de travail, il lui appartient de procéder, si elle est demandée, à l'actualisation au jour de sa décision de l'indemnité allouée en réparation de ces préjudices en fonction de la dépréciation monétaire.
En ce qui concerne Mme D :
13. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de la victime a été consolidé à la date du 31 mars 2015, alors que, née le 26 décembre 1968, elle était âgée de quarante-six ans.
S'agissant des préjudices patrimoniaux temporaires :
Quant aux dépenses de santé :
14. En premier lieu, Mme D demande le remboursement d'une somme restée à sa charge d'un montant de 22,50 euros correspondant à des frais de consultation de médecin spécialiste les 24 février 2011, 28 avril 2011 et 2 août 2011. Au vu des justificatifs produits, elle est fondée à en demander le remboursement de cette somme par l'AP-HP.
15. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de F a exposé des dépenses de santé pour le compte de la victime en lien avec son infection nosocomiale, à hauteur de 260 377,37 euros, correspondant à des frais hospitaliers pour des périodes comprises entre le 13 septembre 2010 et le 14 mars 2013 (255 637,29 euros), à des frais médicaux exposés entre le 24 février 2011 et le 30 mars 2015 (805,7015070 euros) et à des frais de transport du 15 mars au 9 juin 2011 (3 934,38 euros). La CPAM de F est en droit de demander le remboursement de cette somme par l'AP-HP.
Quant à l'assistance par tierce personne :
16. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
17. Il résulte de l'instruction que l'infection nosocomiale de Mme D a nécessité le recours à une assistance par tierce-personne, à hauteur de trois heures par jour, du 16 mars 2011 au 4 février 2012, dont il convient de déduire les périodes d'hospitalisation comprises entre le 29 juin et le 2 juillet 2011 ainsi qu'entre le 3 et le 6 août 2011, et d'une heure trente par jour du 15 mars 2013 au 30 mars 2015. En retenant un montant horaire égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales, sur la base d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, soit 20,50 euros en moyenne, le préjudice indemnisable de Mme D au titre du besoin d'assistance par une tierce personne jusqu'à la date de consolidation, le 31 mars 2015, peut être fixé à une somme de 42 404,25 euros.
Quant aux frais divers :
18. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requérante a supporté des frais d'honoraires d'un montant de 1 800 euros versés à un médecin-conseil durant les opérations d'expertise. Au vu de la note d'honoraires produite, elle est fondée à obtenir le remboursement de cette somme par l'AP-HP.
19. En second lieu, si, ainsi qu'il a été dit au point 16, le juge administratif détermine le montant de l'indemnité destinée à réparer le préjudice tenant, pour la victime d'un dommage corporel, à la nécessité de recourir pour elle-même à l'aide d'une tierce personne en fonction de ses besoins et des dépenses nécessaires pour y pourvoir, il n'en va pas de même pour la détermination du préjudice patrimonial invoqué par la victime et résultant de ce qu'elle a dû recourir à une telle aide pour s'occuper d'une autre personne, lequel préjudice doit être évalué à hauteur des dépenses effectivement supportées par la victime à ce titre.
20. Mme D soutient qu'à la date à laquelle elle a contracté l'infection nosocomiale en cause, elle avait la garde de son enfant né le 9 juin 2003, qui n'était pris en charge par son père qu'un week-end sur deux, et qu'elle a dû faire appel à des tiers pour le prendre en charge. Elle demande l'indemnisation des heures de garde de son enfant et d'aide aux soins prodigués à l'enfant, nécessitées par son état de santé, à raison de vingt-quatre heures par jour pendant ses périodes d'incapacité temporaire totale, trois heures par jour d'école et cinq heures les autres jours pendant ses périodes d'incapacité temporaire partielle, excepté du 15 mars 2013 au 30 mars 2015, période pour laquelle elle évalue ses besoins à une heure trente par jour d'école et trois heures les autres jours et dont elle déduit les heures correspondant à un week-end tous les quinze jours, soit une somme totale de 303 390 euros. Toutefois, Mme D, qui a déclaré lors de l'expertise comme dans ses écritures que son fils a été pris en charge par des membres de sa famille, n'établit pas, ni même n'allègue, avoir engagé de tels frais afin d'assurer la garde de son enfant. Par suite, aucune indemnité ne peut lui être accordée à ce titre.
Quant à la perte de gains professionnels :
21. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a d'abord été placée en arrêt de travail jusqu'au 20 mai 2013. Les experts ont relevé dans leur rapport qu'en dehors de toute complication, l'arrêt de travail aurait pris fin le 7 août 2011, que la prolongation jusqu'au 20 mai 2013 est imputable à l'accident médical et que " l'arrêt en lien avec l'infection recouvre complètement le potentiel arrêt en lien avec la lésion neurologique ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme D a souffert d'un syndrome réactionnel dépressif ayant entrainé un nouvel arrêt de travail du 22 décembre 2014 au 3 février 2015, qui doit être regardé comme étant en lien avec l'infection dont elle a été victime. Dans ces conditions, Mme D a droit à l'indemnisation de la perte de ses gains professionnels du 8 août 2011 au 20 mai 2013 et du 22 décembre 2014 au 3 février 2015.
22. Il résulte de l'instruction que Mme D était employée en qualité d'agent administratif à la direction des ressources humaines de E de F dans le cadre d'un contrat d'accompagnement dans l'emploi conclu du 23 novembre 2009 au 22 juillet 2010. A la date de l'accident du 7 août 2010, elle n'exerçait plus d'activité professionnelle. Il résulte toutefois de l'instruction que dès qu'elle a été apte à une reprise d'une activité professionnelle, elle a retrouvé un emploi dans le cadre d'un contrat unique d'insertion du 21 mai au 22 novembre 2013, renouvelé jusqu'au 21 mai 2018, au sein d'un centre d'adaptation psychopédagogique pour enfants de E de F. Dans ces conditions, Mme D justifie de la perte de chance d'avoir exercé une activité professionnelle du 8 août 2011 au 20 mai 2013. Compte tenu d'une part, des salaires nets qu'elle aurait perçus, qu'il y a lieu d'évaluer sur la base du SMIC à la somme de 23 633,67 euros et, d'autre part, des indemnités journalières à hauteur de 1 319,04 euros et des allocations de retour à l'emploi nettes perçues à hauteur de 7 244,36 euros, il sera fait une exacte appréciation de la perte de gains professionnels de l'intéressée sur la période en cause en la fixant à la somme de 15 070,27 euros.
23. En revanche, si Mme D demande également l'indemnisation de la perte de gains professionnels résultant de son arrêt de travail du 22 décembre 2014 au 3 février 2015, il ne résulte pas de l'instruction, notamment de ses bulletins de paie, qu'en tenant compte, d'une part, des salaires qu'elle aurait perçus et, d'autre part, des indemnités journalières versées, elle aurait subi une perte de revenus.
24. En second lieu, il résulte de l'instruction, notamment des relevés d'indemnités journalières produits par Mme D et de l'attestation de la CPAM de F, que cette dernière a versé à Mme D en raison de son arrêt de travail pour syndrome dépressif réactionnel en lien avec la faute imputable à l'AP-HP des indemnités journalières pour la période du 25 décembre 2014 au 3 février 2015 pour un montant de 974,16 euros. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser cette somme à la CPAM de F.
Quant à la perte de droits à pension :
25. Mme D soutient qu'en raison de ses arrêts de travail et de ce qu'elle connaîtra des périodes d'inactivité professionnelle du fait de son handicap, ses droits à pension seront minorés et demande l'indemnisation de cette perte à hauteur de la somme forfaitaire de 50 000 euros. Toutefois, Mme D ne démontre pas l'existence d'un préjudice né de la perte de ses droits à pension. Par suite, sa demande doit être rejetée sur ce point.
S'agissant des préjudices patrimoniaux permanents :
Quant aux frais de logement et de véhicule adaptés :
26. Ainsi que le demande Mme D, les postes de préjudice correspondant aux frais de logement et de véhicules adaptés, qu'elle a expressément exclus de sa demande indemnitaire, doivent être réservés.
Quant à l'assistance à tierce personne :
27. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme D doit recourir à l'assistance d'une tierce personne dans la vie quotidienne pour l'aide au ménage, aux courses et occasionnellement à la toilette, à hauteur de cinq heures par semaine, dont une heure au titre de l'état antérieur. Compte tenu de ce que les troubles dont reste atteinte Mme D trouvent leur origine à la fois dans son accident de la circulation, dans l'infection nosocomiale qu'elle a contractée et dans l'atteinte neurologique du nerf sciatique poplité externe, il y a lieu d'évaluer le besoin d'assistance d'une tierce personne en conséquence de la seule infection nosocomiale à deux heures par semaine.
28. D'une part, en retenant, au regard du caractère non spécialisé de cette assistance justifiant que le taux horaire retenu soit égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 20,50 euros jusqu'au jour du jugement, déterminé dans les mêmes conditions que précisées au point 17, ces besoins représentent la somme de 2 132 euros par an. Il sera ainsi fait une exacte appréciation du préjudice subi entre la date de consolidation fixée par l'expert au 31 mars 2015, et le prononcé du présent jugement, en mettant à la charge de l'AP-HP la somme de 19 229 euros. D'autre part, en tenant compte d'un taux horaire moyen de 23 euros à compter de la date de prononcé du présent jugement, déterminé dans les mêmes conditions que précisées au point 17, de son âge à la date du jugement, et du taux de l'euro de rente viagère fixé à 30.742 conformément au barème de capitalisation 2022 publié à la Gazette du Palais avec un taux d'intérêt nul pour une femme de cet âge, il sera fait une exacte appréciation de l'assistance par tierce personne future pour Mme D en fixant son montant à une somme de 65'541,94 euros. Si Mme D demande que le taux horaire de 22 euros soit appliqué à compter du 1er janvier 2022 pour tenir compte de l'arrêté du 30 décembre 2021 relatif au tarif minimal mentionné au I de l'article L. 314-2-1 du code de l'action sociale et des familles et fixant son montant pour 2022, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante serait bénéficiaire de l'aide sociale au sens de ces dernières dispositions et ainsi qu'elle ne serait pas soumise à la libre fixation des tarifs des prestations selon les modalités prévues à l'article L. 347-1 du code de l'action sociale et des familles. Il en résulte que Mme D est fondée à demander l'indemnisation de ses frais pour l'assistance à tierce personne à laquelle elle devra recourir et à laquelle elle a dû recourir depuis la consolidation du dommage, à hauteur de 84 770,94 euros au total.
Quant à l'incidence professionnelle :
29. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, qu'après consolidation de son état de santé, Mme D, reconnue en qualité de travailleur handicapé, subit une dévalorisation sur le marché du travail, manifestée par la nécessité d'un poste sédentaire et une augmentation de la pénibilité du travail due à un enraidissement douloureux de la hanche droite et un retentissement anxieux et dépressif. Dès lors, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation, il y a lieu de faire une juste appréciation de son préjudice en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
30. Le rapport d'expertise mentionne comme directement imputable à l'infection nosocomiale un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 1er octobre au 31 décembre 2010 et du 16 mars au 30 juin 2011, de 75 % du 1er janvier au 15 mars 2011, de 65 % du 1er juillet au 31 décembre 2011, de 70 % du 1er janvier au 4 février 2012, de 95 % du 5 février 2012 au 14 mars 2013, de 45 % du 15 mars 2013 au 30 mars 2015. Dans ces conditions, en retenant une base de 20 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire total, rapporté au nombre de jours concernés et au taux retenu, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en accordant à Mme D une somme de 19 500 euros.
Quant aux souffrances endurées :
31. Il résulte du rapport de l'expert que les douleurs physiques et psychiques subies par Mme D avant la date de consolidation de son état de santé et qui sont imputables à son infection nosocomiale peuvent être évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a lieu d'allouer à la requérante, pour ce chef de préjudice, une somme de 5 500 euros.
Quant au préjudice esthétique temporaire :
32. Mme D demande à être indemnisée de son préjudice esthétique temporaire, que l'expert a évalué à 4 sur 7. Il en sera fait une juste évaluation en octroyant à la requérante une somme de 4 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :
Quant au déficit fonctionnel permanent :
33. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que Mme D demeure atteinte d'un déficit fonctionnel permanent de 30 % dont 13 % est imputable à l'infection nosocomiale, du fait d'un enraidissement douloureux de la hanche droite et du retentissement sur la fonction locomotrice. Eu égard à l'âge de la requérante à la date de consolidation du dommage, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui accordant une somme de 25 000 euros.
Quant au préjudice esthétique permanent :
34. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que Mme D a subi un préjudice esthétique permanent, que les experts évaluent à 2,5 sur 7, du fait notamment de ses troubles dans la marche. Il en sera fait une juste appréciation en lui accordant une somme de 2 200 euros.
Quant au préjudice d'agrément :
35. Il résulte de l'instruction que la requérante pratiquait plusieurs activités dont la marche et la natation. Si l'interruption de ces activités est partiellement liée à la pathologie initiale de la victime et aux interventions qu'elle a subies pour y remédier, elle résulte également pour partie de l'infection nosocomiale qu'elle a contractée. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en accordant à Mme D une somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice sexuel :
36. Le rapport d'expertise fait état de ce que Mme D a subi un préjudice sexuel, tenant à des difficultés positionnelles et des troubles de la libido, imputable pour moitié à l'infection nosocomiale. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à la victime une somme de 2 000 euros.
Quant au préjudice d'établissement :
37. Si Mme D invoque un préjudice qui est consécutif à l'abandon de son projet de mener une vie de couple et de concevoir un enfant, il résulte de l'instruction que si le dommage causé par l'infection nosocomiale s'est notamment traduit par des difficultés positionnelles et une perte de libido, il n'a pas entraîné d'impossibilité ou de difficulté à procréer. Par ailleurs, Mme D a déclaré lors de son expertise qu'elle entretenait une relation amoureuse. Dans ces conditions, la réalité du préjudice allégué n'est pas établie et Mme D n'est pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.
En ce qui concerne M. A :
S'agissant des troubles dans les conditions d'existence :
38. Le fils de Mme D peut prétendre à la réparation d'un préjudice propre consistant en des troubles dans ses conditions d'existence ayant résulté de l'obligation qu'il a eue d'être pris en charge par des membres de la famille pendant les périodes d'hospitalisation de sa mère. Eu égard aux périodes concernées, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en condamnant l'AP-HP à lui verser une somme de 5 000 euros.
S'agissant du préjudice d'affection :
39. M. A, fils de la victime, a subi un préjudice d'affection qui lui est propre dans la mesure où il a assisté aux souffrances de sa mère en lien avec l'infection nosocomiale. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui versant une somme de 3 000 euros.
40. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D et M. A sont fondés à demander la condamnation de l'AP-HP à leur verser respectivement une somme de 214 267,96 euros et une somme 8 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis. Ces sommes porteront intérêt au taux légal à compter du 14 novembre 2019, date de saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation, avec capitalisation à compter du 14 novembre 2020 puis à chaque échéance annuelle. La CPAM de F est également fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 261 351,53 euros, en remboursement des dépenses qu'elle a exposées en lien avec le dommage subi par Mme D. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 juillet 2022 avec capitalisation à compter du 19 juillet 2023, puis à chaque échéance annuelle. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à leur verser ces sommes respectives.
Sur l'indemnité forfaire de gestion :
41. Aux termes du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
42. En application de ces dispositions, il y a lieu d'allouer à la CPAM de F la somme de 1 191 euros à ce titre.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
43. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
44. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme globale de 2 500 euros à verser conjointement à Mme D et à M. A et une somme de 1 000 euros à verser à la CPAM de F au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les droits de Mme D au titre des postes de préjudice correspondant aux frais de logement et de véhicule adaptés sont réservés.
Article 2 : L'Assistance publique - hôpitaux de F est condamnée à verser à Mme D une somme de 214 267,96 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 14 novembre 2019, avec capitalisation des intérêts à la date du 14 novembre 2020 puis à chaque échéance annuelle.
Article 3 : L'Assistance publique - hôpitaux de F est condamnée à verser à M. A une somme de 8 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 14 novembre 2019, avec capitalisation des intérêts à la date du 14 novembre 2020 puis à chaque échéance annuelle.
Article 4 : L'Assistance publique - hôpitaux de F est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de F la somme de 261 351,53 euros avec intérêts au taux légal à compter du 19 juillet 2022 et capitalisation à compter du 19 juillet 2023, puis à chaque échéance annuelle.
Article 5 : L'Assistance publique - hôpitaux de F est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de F la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 6 : L'Assistance publique - hôpitaux de F versera à Mme D et M. A une somme globale de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : L'Assistance publique - hôpitaux de F versera à la caisse primaire d'assurance maladie de F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à M. B G A, à la caisse primaire d'assurance maladie de F, à l'Assistance publique - hôpitaux de F et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 11 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Deniel, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.
La rapporteure,
C. Deniel
La présidente,
S. Marzoug
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2205999/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026