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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206356

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206356

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206356
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars et 24 août 2022, M. C, représenté par Me De Sèze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 13 janvier 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, depuis leur cessation effective ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire n'a pas été respectée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que sa vulnérabilité a été prise en compte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'agent ayant mené son entretien, à supposer que celui-ci ait eu lieu, a suivi une formation spécifique à cette fin ;

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité du questionnaire établi par arrêté conjoint de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes et du ministre de l'intérieur du 23 octobre 2015 pour servir dans le cadre de l'entretien de vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- il n'a pas fait l'objet d'une décision de protection en Italie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il convient de substituer aux motifs ayant fondé la décision attaquée le motif tiré de ce qu'en dissimulant avoir obtenu la protection subsidiaire en Italie, il n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 15 mai 1996 à Paktika, a sollicité son admission au séjour en qualité de demandeur d'asile en France. Il a été enregistré en guichet unique le 15 mars 2021 et a été placé en procédure dite " Dublin ". Par un arrêté du 10 mai 2021, le préfet de police a prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par une décision en date du 13 janvier 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A, qui les avait acceptées le 15 mars 2021. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. En l'absence d'urgence, et alors que M. A, au demeurant, ne justifie ni même n'allègue avoir formé une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur (). 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. () ". Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date d'acceptation des conditions matérielles d'accueil par M. A : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / Sans préjudice de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, en cas de refus ou d'abandon de l'hébergement proposé en application du premier alinéa du présent article, le demandeur d'asile ne peut être hébergé dans un établissement mentionné au 8° du I de l'article L. 312-1 du même code et à l'article L. 322-1 dudit code ou bénéficier de l'application de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation. / Après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, un décret en Conseil d'Etat détermine les informations qui doivent être fournies par l'Office français de l'immigration et de l'intégration au service intégré d'accueil et d'orientation pour la mise en œuvre du troisième alinéa du présent article. ".

4. Dans sa décision du 31 juillet 2019, association La CIMADE et autres, nos 428530, 428564, le Conseil d'État a jugé que, dans l'attente de la modification des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018, jugées partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il reste possible à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les textes dont elle fait application, ainsi que le motif sur lequel l'OFII s'est fondé pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A, à savoir le fait qu'il s'est abstenu de se présenter aux autorités. Le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette motivation est insuffisante. Le moyen doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, l'OFII produit le courrier du 10 novembre 2021 par lequel il a été donné un délai de quinze jours à M. A pour faire parvenir ses observations quant à l'intention qu'avait l'OFII de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, de même que l'avis de réception qui lui est associé. Dans ces conditions, et en l'absence de réplique de M. A quant à ces éléments, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure, faute de respect de la procédure contradictoire, doit être écarté.

7. En troisième lieu, pour soutenir que sa situation de vulnérabilité n'a pas été prise en compte, M. A se borne à soutenir que l'OFII n'établit pas qu'il ait bénéficié d'un entretien de vulnérabilité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A a pu bénéficier d'un entretien de vulnérabilité le 15 mars 2021. Le moyen doit par suite être écarté.

8. En quatrième lieu, alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien dont aurait bénéficié M. A n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en mettant totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A, le directeur général de l'OFII n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation. Le moyen doit par suite être écarté.

10. En sixième lieu, M. A ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.

11. En septième lieu, il ressort des termes du mémoire en défense présenté par l'OFII que, pour considérer que M. A s'était abstenu de se présenter aux autorités et mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, le directeur général de l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé a refusé d'embarquer le 18 octobre 2021 à bord d'un vol à destination de l'Italie et que l'intéressé a par la suite été placé " en fuite " en date du 20 octobre 2021. La circonstance que le préfet de police a, postérieurement à la décision attaquée, procédé au retrait de l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel il avait prononcé le transfert de l'intéressé aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, au motif que l'intéressé se serait vu attribuer la protection subsidiaire par cet Etat, est sans incidence sur le défaut de respect des exigences des autorités en charge de l'asile ainsi observé et la légalité de la décision attaquée, laquelle n'a pas été prise pour l'application ni ne trouve sa base légale dans l'arrêté du préfet de police du 10 mai 2021. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'accueillir la substitution de motifs sollicitée par l'OFII, que le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

12. En huitième lieu, M. A n'établit ni même n'allègue qu'il serait dans une situation de vulnérabilité et de précarité extrêmes. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point qui précède, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du 13 janvier 2022 doivent être écartées ainsi que, par voie de conséquences, celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte, de même que celles présentées sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me De Sèze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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