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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206469

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206469

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206469
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantMIRAM-MARTHE-ROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 17 mars 2022 et 6 février 2023, Mme A B, représentée par Me Miram-Marthe-Rose, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de police a rejeté sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de condamner l'administration à lui verser la somme de 150 000 euros HT, sauf à parfaire, assortie des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'une situation de harcèlement moral ;

3°) de mettre à la charge de l'administration une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.

Elle soutient que :

- la responsabilité du préfet de police est engagée en raison d'une situation de harcèlement moral dont elle a été victime ;

- le préjudice moral peut être évalué à la somme de 90 000 euros et le préjudice matériel à 60 000 euros.

Par deux mémoires en défense enregistré les 17 mai 2022 et 27 février 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant qu'il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité.

Par une ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

23 mars 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- les conclusions de Mme Nikolic, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était fonctionnaire en qualité d'aide-soignante au sein du service de médecine statuaire de contrôle de la préfecture de police et a été admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité, à compter du 28 mai 2016. Par un courrier en date du

10 juillet 2021, elle a formé une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir une indemnisation pour les préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'une situation de harcèlement moral. Une décision implicite de rejet est née à la suite du silence de l'administration. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 150 000 euros en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison d'une situation de harcèlement moral à son égard.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite par laquelle le préfet de police a rejeté la réclamation préalable de Mme B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande, qui a donné à l'ensemble de la requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

4. Il résulte de ces dispositions que le harcèlement moral est constitué, indépendamment de l'intention de son auteur, dès lors que sont caractérisés des agissements répétés ayant pour effet une dégradation des conditions de travail susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité de l'agent, d'altérer sa santé ou de compromettre son avenir professionnel.

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme B fait valoir qu'elle est victime d'un harcèlement moral depuis son opposition à un changement de fonction qui se caractériserait par des affirmations calomnieuses sur ses compétences professionnelles et sur sa personne, des remarques dégradantes conduisant à un isolement, des modifications unilatérales et vexatoires de ses conditions de travail, par l'absence de prise en compte de son travail et par des pressions psychologiques. Elle soutient a cet égard, qu'aucune tâche ne lui a été confiée, que l'ordre de ne plus lui adresser la parole a été donné, qu'elle n'avait pas le droit de parler à ses collègues et qu'elle aurait fait l'objet d'une sanction disciplinaire déguisée. Toutefois, Mme B ne produit aucune pièce et n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, aucun de ces éléments n'étant susceptible de faire présumer l'existence du harcèlement moral invoqué par Mme B, la responsabilité de l'administration à ce titre ne peut être engagée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision attaquée et l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Feghouli, premier conseiller,

M. Rebellato, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 25 janvier 2024.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

C. CHAKELIAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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