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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206661

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206661

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206661
TypeDécision
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantLEDUC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance de renvoi du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière.

Par cette requête, enregistrée sous le n°2206661, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 mars 2022, le 5 août 2022, le 5 octobre 2023, le 6 octobre 2023 et le 14 novembre 2023, la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière, représentée par Me Verdier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 juillet 2021 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle Paris 17 section 1 de Paris a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de Mme C ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique dirigé contre la décision de l'inspectrice du travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de Mme C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière soutient que la présence de Mme C le 24 février 2021, ses propos tenus à l'encontre du secrétaire général de la Fédération, le fait d'avoir simulé ce même jour un accident du travail dans le bureau de celui-ci, le fait de ne pas avoir recouvré les frais de procédure des dossiers judiciaires qu'elle traitait ainsi que de ne pas avoir réalisé la veille juridique, sont des fautes justifiant le licenciement de Mme C.

Par un mémoire en défense, un mémoire en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés le 5 mai 2022, le 2 septembre 2022, le 4 octobre 2023 et le 3 novembre 2023, Mme A C conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance de renvoi du 29 janvier 2024, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Paris la requête de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière.

Par cette requête, enregistrée sous le n°2402690, le 26 janvier 2024, la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière (FNTLFO), représentée par Me Verdier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle l'inspectrice du travail de l'unité de contrôle n° 2 section 9, de l'unité départementale de la Seine-Saint-Denis a refusé d'autoriser le licenciement pour faute de Mme C ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté son recours hiérarchique dirigé contre la décision de l'inspectrice du travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de Mme C une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière soutient que :

- la décision de l'inspectrice du travail est entachée d'incompétence territoriale dès lors qu'elle aurait dû être prise par l'unité de contrôle locale dont relève le 18e arrondissement de Paris et non par l'unité de contrôle 2-9 de Seine-Saint-Denis dont relève la commune de Saint-Ouen ;

- la décision de l'inspectrice du travail est entachée d'une méconnaissance du contradictoire dès lors que celle-ci ne lui a pas communiqué en temps utile l'intégralité des documents transmis par Mme C ;

- le fait de ne pas avoir communiqué les relevés d'IJSS perçus du 9 au 19 décembre 2022, malgré une demande par courrier recommandé, ce qui aurait eu pour objectif de dissimuler les sommes en vue de conserver un trop perçu d'au moins 17 868,87 euros, constitue une faute justifiant le licenciement de Mme C.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2024, Mme A C conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 26 juin 2024, en présence de M. Fadel, greffier d'audience le rapport de M. Gracia, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière (la " FNTLFO ") a recruté Mme A C, le 15 février 2013, en qualité de juriste. Mme C est titulaire d'un mandat de défenseur syndical depuis le 24 avril 2021, et d'un mandat de conseiller prud'homme depuis le 2 décembre 2022.

2. Par courriel du 19 mai 2021, la FNTLFO a demandé à l'inspectrice du travail l'autorisation de la licencier pour motif disciplinaire. Par une décision explicite du 6 juillet 2021, l'inspectrice du travail a refusé le licenciement au motif que " les faits évoqués sont soit non établis en raison de l'existence d'un doute raisonnable, soit non fautifs ". La FNTLFO a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 2 septembre 2021 que le ministre du travail a rejeté par une décision implicite du 2 janvier 2022. Par la requête enregistrée sous le n°2206661, la Fédération demande l'annulation de la décision du 2 janvier 2022 portant rejet de son recours hiérarchique, ensemble la décision de rejet de sa demande d'autorisation de licenciement prise par l'inspectrice du travail le 6 juillet 2021.

3. Par courrier du 19 avril 2023, la FNTLFO a demandé à nouveau à l'inspectrice du travail l'autorisation de licencier l'intéressée pour motif disciplinaire, demande rejetée par l'inspectrice le 19 juin 2023 au motif que la matérialité des faits reprochés à Mme C n'était pas établie. La FNTLFO a formé un recours hiérarchique contre cette décision le 27 juillet 2023 que le ministre a rejeté par une décision implicite du 27 novembre 2023. Par la requête enregistrée sous le n°2402690, la Fédération demande l'annulation de la décision du 27 novembre 2023 portant rejet de son recours hiérarchique, ensemble la décision de rejet de sa demande d'autorisation de licenciement prise par l'inspectrice du travail le 19 juin 2023

Sur la jonction :

4. Les requêtes n° 2206661 et 2402690 présentées par la FNTLFO sont relatives à la même salariée, Mme C, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

5. Aux termes de l'article L. 2411-1 du code du travail : " Bénéficie de la protection contre le licenciement prévue par le présent chapitre, y compris lors d'une procédure de sauvegarde, de redressement ou de liquidation judiciaire, le salarié investi de l'un des mandats suivants : () / 17° Conseiller prud'homme ; () 19° Défenseur syndical mentionné à l'article L. 1453-4 ; " Aux termes de l'article L. 2411-24 de ce code : " Le licenciement du défenseur syndical ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail. "

6. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des représentants du personnel, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail 6 juillet 2021 ensemble la décision du ministre du travail :

7. Pour solliciter l'autorisation de licencier Mme C pour motif disciplinaire, la FNTLFO a invoqué devant l'inspectrice du travail, dans sa demande d'autorisation de licenciement adressée le 19 mai 2021, d'une part, l'attitude irrespectueuse de Mme C et son insubordination à l'encontre du secrétaire général de la Fédération, caractérisée par sa présence le 24 février 2021 au lieu d'être en télétravail, la tenue de propos insultants envers M. Clos, secrétaire général de la Fédération, et le fait d'avoir simulé un accident dans le bureau de celui-ci, d'autre part, le fait que Mme C n'aurait pas recouvré les frais de procédure des dossiers judiciaires qu'elle traitait, ni réalisé correctement les missions qui lui incombaient, concernant la veille juridique et l'analyse et la vulgarisation des textes nationaux ou internationaux nécessaires au travail des membres de la fédération, méconnaissant ainsi les termes de son contrat.

8. En premier lieu, la Fédération reproche à Mme C d'être venue au travail en présentiel le 24 février 2021 au bureau de la Fédération alors qu'elle aurait dû être en télétravail. Si Mme C ne conteste pas s'être rendue au travail en présentiel le 24 février 2021, son employeur ne produit aucune pièce de nature à établir qu'un calendrier de télétravail aurait été convenu, ou qu'il lui aurait préalablement été indiqué qu'elle ne devait pas se rendre sur son lieu de travail ce jour-là. Dans ces conditions, Mme C ne peut être regardée comme ayant méconnu une obligation découlant de son contrat de travail.

9. En deuxième lieu, la Fédération reproche à l'intéressée d'avoir proféré des insultes à son supérieur M. Clos, le 24 février 2021, en hurlant, dans le bureau de ce dernier, alors qu'il lui intimait l'ordre de quitter les bureaux et de travailler à distance. Toutefois, les trois témoignages produit à l'instance, qui sont discordants quant aux propos exacts qui auraient été tenus, ne sont pas de nature à venir au soutien des faits allégués. La matérialité des faits ne peut donc pas être regardée comme établie concernant ce grief.

10. En troisième lieu, la Fédération reproche à Mme C d'avoir simulé un accident dans le bureau de M. Clos le 24 février 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que à la suite d'une altercation entre l'intéressée et son supérieur dans le bureau de celui-ci, le SAMU a été appelé par un collègue de Mme C, et qu'une ambulance l'a amenée au service des urgences de l'hôpital Bichat. Mme C produit des certificats médicaux attestant qu'elle ne souffrait pas du poignet avant cette date, et que son accident a occasionné une " chute avec traumatisme thoraco-lombaire et traumatisme poignet et main gauches ", en raison de laquelle elle a porté une attelle rigide pendant trois à quatre mois, et qu'elle a réalisé une radiographie le 7 octobre 2021 montrant un important " diastasis scapho-lunaire et avec subluxation du scaphoïde carpien ". Par suite, Mme C ne peut être regardée comme ayant simulé un accident. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à Mme C n'est pas établie s'agissant de ce grief.

11. En quatrième lieu, la Fédération reproche à Mme C d'avoir omis de recouvrer les frais de procédures au titre de l'article 700 du code de procédure civile dans de nombreux dossiers judiciaires, aboutissant à une dette de 30 000 euros de la Fédération. Toutefois, d'une part, sur quatre arrêts de la Cour de cassation produits par la Fédération, trois des arrêts ne prononcent pas le bénéfice de frais de procédures accordées à la Fédération nationale. D'autre part, la Fédération ne produit aucune consigne écrite indiquant à Mme C qu'il lui incomberait de prendre en charge le recouvrement des frais de procédure. Dès lors, la matérialité des faits reprochés à Mme C n'est pas établie.

12. En dernier lieu, la Fédération reproche à Mme C de ne pas avoir réalisé correctement les missions qui lui incombaient, concernant la veille juridique et l'analyse et la vulgarisation des textes nationaux ou internationaux nécessaires au travail des membres de la fédération, méconnaissant ainsi les termes de son contrat. Toutefois, alors que ce point est contesté par l'intéressée, la Fédération ne produit aucun document écrit invitant l'intéressée à réaliser ces missions, ou lui reprochant son manque de travail. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à Mme C n'est pas établie.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail.

14. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite du ministre rejetant son recours hiérarchique.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail 19 juin 2023 ensemble la décision du ministre du travail :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du même code : " () La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié. () ".

16. Il ressort des pièces du dossier, qu'à la date de la décision attaquée, Mme C exerçait ses fonctions dans les locaux de la Fédération nationale force ouvrière transports et logistique, situés au 40 rue du professeur B. Si la Fédération soutient que cette adresse est située dans le 18e arrondissement de la ville de Paris, il ressort des données publiques de référence, librement accessibles sur le site national de l'adresse adresse.data.gouv.fr, que la rue du professeur B est une rue limitrophe entre les communes de Paris et de Saint-Ouen, et que le numéro 40 de cette rue est situé dans la commune de Saint-Ouen.

17. Conformément à la décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation et du travail d'Ile-de-France n° 2021-28 du 1er avril 2021, régulièrement publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Ile-de-France, la rue du professeur B à Saint-Ouen relève de la compétence de l'unité de contrôle 2-9 de l'inspection du travail de la Seine-Saint-Denis. Mme D E, inspectrice du travail, a été affectée à l'unité de contrôle 2-9 de l'inspection du travail de la Seine-Saint-Denis, en vertu d'une décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation et du travail d'Ile-de-France n° 2023-047 du 31 mars 2023, régulièrement publiée le 5 avril au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Ile-de-France. Par suite, la Fédération n'est pas fondée à soutenir que Mme D E n'était pas compétente pour prendre la décision attaquée.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-4 du code du travail : " L'inspecteur du travail procède à une enquête contradictoire au cours de laquelle le salarié peut, sur sa demande, se faire assister d'un représentant de son syndicat. " Le caractère contradictoire de l'enquête menée conformément à ces dispositions du code du travail impose à l'inspecteur du travail, saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé fondée sur un motif disciplinaire, de mettre à même l'employeur et le salarié de prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants qu'il a pu recueillir, y compris les témoignages, et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits allégués à l'appui de la demande d'autorisation.

19. La FNTLFO soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de respect du contradictoire dès lors que l'inspectrice du travail ne lui a pas communiqué en temps utile l'intégralité des documents transmis par Mme C, mais lui aurait communiqué les éléments recueillis seulement le mercredi 14 juin 2023, soit deux jours ouvrés avant la décision attaquée. En outre, elle soutient que ces éléments étaient incomplets ou trompeurs. Enfin, elle fait valoir qu'elle n'a pas accès au compte Ameli de Mme C, alors que les attestations annuelles de paiement d'indemnités journalières de sécurité sociale (IJSS) sont indispensables pour apprécier le motif de licenciement de Mme C.

20. Il ressort des pièces du dossier que le représentant de la FNTLFO a sollicité par un courriel du 12 juin 2023 adressé à l'inspectrice du travail la communication de pièces remises par Mme C à l'inspectrice, et des relevés d'avis de paiement des IJSS rectifiées de Mme C. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a déjà transmis les relevés des décomptes d'IJSS de décembre 2022 à la Fédération par plusieurs courriers et courriels datant de janvier à mars 2023, et que l'inspectrice du travail a répondu à la Fédération par un courriel du 14 juin 2022 en leur envoyant à nouveau ces documents. La Fédération ne conteste pas ces allégations mais semble considérer qu'il existerait d'autres documents dont elle n'aurait pas eu communication, à savoir des attestations de paiement de régularisation des IJSS de Mme C revalorisées à la suite de la reconnaissance de son accident du travail, et des versements relatifs à la période entre le 10 et le 19 décembre inclus, ce dont elle n'apporte aucune preuve. Mme C a indiqué à l'inspectrice du travail qu'il n'existe pas de relevés faisant état de versements d'IJSS pour la période du 10 au 19 décembre 2019, puisque la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) ne lui a rien versé au titre de cette période. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'en est enquis elle-même auprès de la CPAM, et qu'elle a introduit un recours le 2 novembre 2023 auprès du pôle social du tribunal judiciaire de Chartres à ce sujet. Ces éléments ne sont pas sérieusement contestés par la Fédération. Dans ces conditions, la Fédération a pu prendre connaissance de l'ensemble des éléments déterminants que l'inspectrice a pu recueillir et qui sont de nature à établir ou non la matérialité des faits.

21. Par suite, la FNTLFO n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été entachée d'une méconnaissance du contradictoire.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 1235-1 du code du travail : " Le juge, à qui il appartient d'apprécier la régularité de la procédure suivie et le caractère réel et sérieux des motifs invoqués par l'employeur, forme sa conviction au vu des éléments fournis par les parties après avoir ordonné, au besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. () Si un doute subsiste, il profite au salarié. "

23. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son accident survenu le 24 février 2021 à la Fédération, Mme C a été placée en congé de maladie du 24 février 2021 au 20 août 2021, et du 3 janvier 2022 au 31 décembre 2022. Par une décision du 22 novembre 2022 la CPAM a reconnu le caractère professionnel de son accident de travail.

24. Pour solliciter l'autorisation de licencier Mme C pour motif disciplinaire, la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière a invoqué devant l'inspectrice du travail, dans sa demande d'autorisation de licenciement adressée le 19 avril 2023, le fait que Mme C n'aurait pas communiqué à la Fédération les relevés d'IJSS perçues du 9 au 19 décembre 2022, malgré une demande par courrier recommandé, ce qui aurait eu pour objectif de dissimuler les sommes en vue de conserver un trop perçu d'au moins 17 868,87 euros.

25. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C a transmis à la Fédération des attestations de versements de l'assurance maladie du 1e au 31 décembre 2022, et du 1er au 31 janvier, sur lesquels figure le versement d'indemnités journalières au taux normal, de 47,02 euros, du 1er au 8 décembre 2022, soit la somme de 376,16 euros, et le versement d'indemnités journalières au taux majoré de 99,76 euros, du 20 au 31 décembre 2022, soit la somme de 1 197,12 euros. Ainsi qu'il a été dit, Mme C soutient, sans être sérieusement contredite, qu'elle n'a reçu aucun versement d'IJSS de la part de la CPAM du 10 au 19 décembre 2022, ni aucun versement supplémentaire d'IJSS pendant le mois de décembre 2022. Si la Fédération estime que la somme de 15 672,26 euros versée à Mme C le 20 décembre 2022, correspond nécessairement à un versement dissimulé de la CPAM suite à la reconnaissance de l'accident du travail de la salariée, il ressort de la capture d'écran du compte Ameli de la requérante qu'il s'agit d'un remboursement de soins. Enfin, si la FNTLFO estime que Mme C lui a dissimulé un trop-perçu d'environ 17 868,87 euros, à partir d'un calcul hypothétique de ce que la salariée aurait dû toucher de la part de la CPAM à la suite de la reconnaissance de son accident du travail, cette argumentation est sans incidence dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait effectivement perçu les sommes que la FNTLFO allègue et que celle-ci n'apporte de toute façon aucun commencement de preuve de versements correspondants, autres que le calcul hypothétique, ni aucun commencement de preuve d'une dissimulation volontaire de Mme C. Dans ces conditions, l'inspectrice du travail était fondée à estimer que la matérialité des faits n'était pas établie.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la FNTLFO n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspectrice du travail 19 juin 2023. Doivent également rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite du ministre rejetant son recours hiérarchique.

Sur les frais liés à l'instance :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat ou de Mme C, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme que la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

28. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la FNTLFO la somme de 2 000 euros que Mme C réclame au titre des mêmes dispositions, pour chacun des dossiers, soit la somme totale de 4 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière sont rejetées.

Article 2 : La Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière versera à Mme C la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Fédération Nationale des Transports et de la Logistique Force Ouvrière, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme A C.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président,

- Mme Merino, première conseillère

- Mme Renvoise, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 3 juillet 2024.

Le président rapporteur,

J.-Ch. GRACIA

L'assesseure la plus ancienne,

M. MERINO

Le greffier,

Y. FADEL

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2206661/3-3

N°2402690/3-3

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