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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206666

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206666

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206666
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantARVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars et 27 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions, révélées par son bulletin de salaire du mois de février 2022 et confirmées par un courrier électronique du 7 mars 2022, procédant au rappel d'un trop-perçu de l'indemnité pour charges administratives (ICA) versée en janvier 2022, lui supprimant cette indemnité à compter du 1er janvier 2022 et refusant de lui verser l'indemnité due au titre du régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) dans la fonction publique de l'Etat à compter de cette même date ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Paris de réexaminer la situation de Mme B et de lui restituer la somme de 2 332 euros prélevée illégalement sur sa rémunération du mois de février 2022, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant suppression de l'ICA et la décision refusant de lui verser la même somme au titre du RIFSEEP procèdent d'une erreur de droit, dès lors que, en application des dispositions de l'article 6 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du RIFSEEP, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent ;

- la décision portant suppression de l'ICA et la décision refusant de lui verser la même somme au titre du RIFSEEP sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'administration n'a pas prévu le maintien des indemnités des agents placés en congés de longue maladie, et créent une rupture d'égalité avec les autres fonctionnaires se trouvant dans une situation analogue à la sienne s'agissant du maintien des primes et indemnités pendant un congé de longue maladie ;

- la décision portant suppression de l'ICA et la décision procédant à un rappel de trop-perçu de l'ICA méconnaissent les dispositions des articles 1 et 2 du décret n° 2010-997 du 26 août 2010.

- la décision de suppression du versement de l'ICA et la décision portant rappel d'un trop-perçu sont entachées d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pris connaissance de l'arrêté du 19 janvier 2022 l'ayant placée en congé longue maladie du 25 août 2021 au 24 août 2022 qu'au mois de mars et que l'ICA qu'elle a perçue au mois de janvier 2022 était de ce fait acquise et ne pouvait être rétroactivement supprimée.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2022, le recteur de l'académie de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n°2010-997 du 26 août 2010 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélard,

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Lémoine, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, inspectrice d'académie - inspectrice pédagogique de mathématiques au rectorat de l'académie de Paris depuis 2017, a été placée en congé de maladie ordinaire du 25 août 2021 au 31 décembre 2021. Par un arrêté du 19 janvier 2022, Mme B a été placée en congé de longue maladie du 25 août 2021 au 24 août 2022. Ainsi que le révèle le bulletin de paie du mois de février 2022 de la requérante, le rectorat de l'académie de Paris a procédé au rappel de l'indemnité de charges administratives qui lui a été versée au mois de janvier 2022. Par un courriel du 7 mars 2022, le chef de service du bureau des personnels d'encadrement du rectorat de l'académie de Paris a confirmé à Mme B que l'indemnité de charges administratives lui a été indûment versée au mois de janvier 2022, justifiant son rappel sur sa rémunération du mois de février 2022, et qu'elle ne percevrait plus de primes et indemnités, compte tenu de son placement en congé de longue maladie à compter du mois de janvier 2022. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant l'annulation des décisions, révélées par son bulletin de paie du mois de février 2022 et confirmées par le courrier électronique du 7 mars 2022, à savoir, d'une part, celles la privant du bénéfice de l'ICA et du bénéfice de l'IFSE à compter du mois de janvier 2022 et, d'autre part, celle procédant au rappel de l'ICA perçue en janvier 2022.

Sur le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 222-25 du code de l'éducation : " Sous réserve des attributions dévolues au préfet de région et au préfet de département, le recteur d'académie, pour l'exercice des missions relatives au contenu et à l'organisation de l'action éducatrice ainsi qu'à la gestion des personnels et des établissements qui y concourent, prend les décisions dans les matières entrant dans le champ de compétences du ministre chargé de l'éducation et du ministre chargé de l'enseignement supérieur exercées à l'échelon de l'académie et des services départementaux de l'éducation nationale. ". Concernant les membres du corps des inspecteurs d'académie, auquel appartient Mme B, l'article R. 222-34 du code de l'éducation qui renvoie aux articles L. 911-1 et suivants du même code, ne mentionne pas les décisions relatives aux primes et indemnités au nombre des décisions, limitativement énumérées, ne pouvant faire l'objet d'une délégation au profit du recteur. Par suite Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées, prises par le recteur de l'académie de Paris comme celui-ci le mentionne dans ses écritures, seraient entachées d'incompétence.

Sur la décision la privant du bénéfice de l'ICA et la décision la privant du bénéfice de l'IFSE à compter du mois de janvier 2022 :

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 37 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 : " A l'issue de chaque période de congé de longue maladie ou de longue durée, le traitement intégral ou le demi-traitement ne peut être payé au fonctionnaire qui ne reprend pas son service qu'autant que celui-ci a demandé et obtenu le renouvellement de ce congé. / Au traitement ou au demi-traitement s'ajoutent les avantages familiaux et la totalité ou la moitié des indemnités accessoires, à l'exclusion de celles qui sont attachées à l'exercice des fonctions ou qui ont le caractère de remboursement de frais. "

4. D'autre part, l'article 1er du décret n° 90-427 du 22 mai 1990 portant attribution d'une indemnité de charges administratives aux personnels d'inspection prévoit : " Une indemnité de charges administratives est attribuée aux inspecteurs d'académie-inspecteurs pédagogiques régionaux et aux inspecteurs de l'éducation nationale. () ". L'article 2 du même décret prévoit que : " () L'indemnité de charges administratives régie par le présent décret est exclusive de toute autre indemnité allouée au titre des mêmes fonctions. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 1er du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du RIFSEEP : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, d'une part, d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise et, d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel lié à l'engagement professionnel et à la manière de servir, dans les conditions fixées par le présent décret. ". L'article 5 du même décret prévoit que : " L'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) et le complément indemnitaire annuel (CIA) sont exclusifs de toutes autres primes et indemnités liées aux fonctions et à la manière de servir, à l'exception de celles énumérées par arrêté du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. " Il résulte de ces dispositions que l'ICA et l'IFSE sont des indemnités attachées à l'exercice effectif des fonctions.

5. Enfin, aux termes de l'article 6 du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014: " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article 2. " Par un arrêté du 14 octobre 2021, les agents relevant du corps des inspecteurs d'académie - inspecteurs pédagogiques régionaux bénéficient des dispositions décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 à compter du 1er janvier 2022.

6. Mme B ayant été placée en congé de longue maladie à compter du 25 août 2021, par un arrêté du 19 janvier 2022, elle ne pouvait, en application des dispositions précitées de l'article 37 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, prétendre au versement de l'IFSE, laquelle est attachée à l'exercice effectif des fonctions, à compter du mois de janvier 2022. En conséquence, elle ne pouvait pas non plus prétendre au maintien du montant qu'elle percevait au titre de l'ICA lors du passage au RIFSEEP, à compter du 1er janvier 2022. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 6 du décret du 20 mai 2014 doit être écarté.

7. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que l'administration aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne maintenant pas le bénéfice des primes ou indemnités liées à l'exercice effectif des fonctions lorsque les agents sont placés en congé de longue maladie et qu'elle aurait méconnu le principe d'égalité, dès lors que d'autres agents bénéficieraient d'un tel maintien, sans préciser lesquels, Mme B n'assortit pas ses moyens des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision la privant du bénéfice de l'ICA et la décision portant rappel d'un trop-perçu d'ICA au titre de janvier 2022 :

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2010-997 du 26 août 2010 relatif au régime de maintien des primes et indemnités des agents publics de l'Etat et des magistrats de l'ordre judiciaire dans certaines situations de congés : " I. - 1° Le bénéfice des primes et indemnités versées aux fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () est maintenu dans les mêmes proportions que le traitement en cas de congés pris en application de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, des 1°, 2° et 5° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée (). " Aux termes de l'article 2 du même décret : " Lorsqu'en application de l'article 35 du décret du 14 mars 1986 susvisé le fonctionnaire est placé en congé de longue maladie () à la suite d'une demande présentée au cours d'un congé antérieurement accordé dans les conditions prévues au 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée, les primes et indemnités qui lui ont été versées durant son congé de maladie en application de l'article 1er du présent décret lui demeurent acquises. "

9. Mme B a été placée en congé de longue maladie à compter du 25 août 2021, par un arrêté du 19 janvier 2022. Ce congé, pris sur le fondement du 3° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, ne permet pas à la requérante de bénéficier du maintien de l'ICA, ni de l'IFSE, lesquelles sont attachées à l'exercice effectif des fonctions, en application des dispositions précitées de l'article 1er du décret n° 2010-997 du 26 août 2010. De même, si l'ICA été versée à Mme B durant son congé de maladie en application des dispositions précitées de l'article 2 du même décret et lui demeurent acquises, elle ne peut toutefois prétendre au maintien de ses indemnités à compter du mois de janvier 2022, en application de l'article 2 du décret n° 2010-997 du 26 août 2010, compte tenu de son placement en congé de longue maladie par l'arrêté du 19 janvier 2022. En tout état de cause, la circonstance que la requérante n'aurait eu notification de l'arrêté du 19 janvier 2022 qu'en mars est sans incidence sur la légalité des décisions en litige. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles 1er et 2 du décret 26 août 2010 ne peut être qu'écarté.

10. En cinquième lieu, une décision administrative explicite accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage. En conséquence, sous réserve de dispositions législatives ou réglementaires contraires et hors le cas où il est satisfait à une demande du bénéficiaire, l'administration ne peut retirer une décision individuelle créatrice de droits, si elle est illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. En revanche, n'ont pas cet effet les mesures qui se bornent à procéder à la liquidation de la créance née d'une décision prise antérieurement. Le maintien indu du versement d'un avantage financier à un agent public, alors même que le bénéficiaire a informé l'ordonnateur qu'il ne remplit plus les conditions de l'octroi de cet avantage, n'a pas le caractère d'une décision accordant un avantage financier et constitue une simple erreur de liquidation. Dans ce cas, il appartient à l'administration de corriger cette erreur et de réclamer le reversement des sommes payées à tort, sans que l'agent intéressé puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre d'une telle demande de reversement.

11. Le versement de l'indemnité de charges administratives en janvier 2022 constituait une simple erreur de liquidation, que l'administration pouvait corriger en rappelant l'indu le mois suivant, sans que Mme B puisse se prévaloir de droits acquis à l'encontre de cette décision. En tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit au point 9, la circonstance que la requérante n'aurait eu notification de l'arrêté du 19 janvier 2022 qu'en mars est sans incidence sur la légalité des décisions en litige. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des droits acquis ne peut qu'être écarté.

Sur le défaut de motivation des décisions en litige :

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

13. Mme B n'ayant pas droit au maintien des primes et indemnités liées à l'exercice effectif de ses fonctions, compte tenu de son placement en congé de longue maladie, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme inopérant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au recteur de l'académie de Paris.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024 , à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

Le rapporteur,

R. Hélard

Le président,

F. Ho Si Fat

Le greffier,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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