jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2206748 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | DUBUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2022 et un mémoire enregistré le 17 octobre 2022, la société Hydro Jet System France, représentée par Me Dubuis, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de l'exercice clos en 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière, en l'absence de caractère contradictoire de la procédure de contrôle sur pièces ;
- le droit de suite invoqué pour opérer le contrôle est irrégulier, la direction départementale des finances publiques du Calvados n'étant pas territorialement compétente pour lui notifier la proposition de rectification ;
- le service a examiné ses documents comptables pour rehausser ses impositions sans avoir préalablement engagé une vérification de comptabilité, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration fiscale a rattaché à tort à son activité des opérations enregistrées sur un compte ouvert au nom de son dirigeant ;
- l'administration fiscale ne pouvait appliquer les dispositions de l'article 111 c) du code général des impôts ;
- c'est à tort que l'administration fiscale lui a appliqué une majoration pour manquement délibéré.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Hydro Jet System France ne sont pas fondés.
Un mémoire a été enregistré le 2 juin 2023, par lequel l'administration fiscale se borne à relever que les dernières écritures de la société Hydro Jet System France n'apportent aucun élément nouveau, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Hydro Jet System France s'est vu notifier des rehaussements des résultats imposables à l'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'exercice clos en 2015 par une proposition de rectification du 3 octobre 2018, à la suite d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. A, son dirigeant et unique associé, en ce qui concerne ses revenus perçus en 2014 et 2015. Les impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement le 30 novembre 2018. Par trois réclamations présentées le 9 janvier 2019, le 23 septembre 2019 et le 26 août 2020, respectivement rejetées le 23 juillet 2019, le 26 juin 2020 et le 24 janvier 2022, la société requérante a contesté les impositions supplémentaires mises à sa charge.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 11 du livre des procédures fiscales : " A moins qu'un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d'éclaircissements et, d'une manière générale, à toute notification émanant d'un agent de l'administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification. " Aux termes de l'article L. 57 de ce livre : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. () "
3. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 3 octobre 2018, notifiée le 5 octobre 2018, précise que la société requérante dispose d'un délai de trente jours pour demander la prorogation du délai de réponse qui lui est imparti. Il n'est pas contesté qu'elle a introduit sa demande de prorogation le 12 novembre 2018, soit après l'expiration de ce délai. A cet égard, si la société requérante fait valoir que son dirigeant faisait l'objet d'un autre contrôle fiscal à la même période et qu'elle connaissait une période de forte activité, ces circonstances, au demeurant non établies, sont sans incidence sur l'application des règles mentionnées au point 2, et ne sauraient être regardées comme des " circonstances exceptionnelles " au sens de l'instruction BOI-CF-IOR-10-50-10, dont la société requérante entend se prévaloir. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le rejet par l'administration fiscale de sa demande de prorogation du délai de réponse à la proposition de rectification méconnaît le principe du contradictoire et entache la procédure d'imposition d'irrégularité.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 350 terdecies de l'annexe III du code général des impôts, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " I. - Sous réserve des dispositions des articles 409 et 410 de l'annexe II au code général des impôts, seuls les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques appartenant à des corps des catégories A et B peuvent fixer les bases d'imposition et liquider les impôts, taxes et redevances ainsi que proposer les rectifications. / () II. - Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer les attributions que ces dispositions leur confèrent à l'égard des personnes physiques ou morales ou groupements de personne de droit ou de fait qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial du service déconcentré ou du service à compétence nationale dans lequel ils sont affectés une déclaration, un acte ou tout autre document ainsi qu'à l'égard des personnes ou groupements qui, en l'absence d'obligation déclarative, y ont été ou auraient dû y être imposés ou qui y ont leur résidence principale, leur siège ou leur principal établissement. / III. - Les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I et compétents territorialement pour procéder aux contrôles visés à l'article L. 47 du livre des procédures fiscales d'une personne physique ou morale ou d'un groupement peuvent exercer les attributions définies à cet alinéa pour l'ensemble des impositions, taxes et redevances, dues par ce contribuable, quel que soit le lieu d'imposition ou de dépôt des déclarations ou actes relatifs à ces impositions, taxes et redevances. / () V. - Sans préjudice des dispositions des II, III et IV, les fonctionnaires mentionnés au premier alinéa du I peuvent exercer leurs attributions à l'égard des personnes physiques ou morales et des groupements liés aux personnes ou groupements qui relèvent de leur compétence. / Les liens existant entre les personnes ou groupements s'entendent de l'appartenance ou du rattachement à un même foyer fiscal, de l'exercice d'un rôle de direction de droit ou de fait, d'une relation d'association, de subordination ou d'interposition, ou de l'appartenance à un même groupe d'intérêts. Les arrêtés d'attributions des services déconcentrés et des services à compétence nationale définissent, s'il y a lieu, la compétence des agents au regard des personnes unies par ces liens. "
5. Il résulte de l'instruction que la société requérante a déclaré ses résultats au titre de l'exercice clos le 30 juin 2015 auprès du service des impôts des entreprises de Pont L'Evêque, dans le Calvados, le 23 décembre 2015 et que c'est ce service qui a établi la situation récapitulative de liquidation définitive de l'impôt sur les sociétés au titre de cet exercice. En application des dispositions précitées, ce service était compétent pour lui notifier la proposition de rectification du 3 octobre 2018, nonobstant la circonstance que le siège de la société requérante a déménagé à Paris le 1er juin 2018.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, une vérification de comptabilité ou un examen de comptabilité ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification ou par l'envoi d'un avis d'examen de comptabilité. () ". Aux termes de l'article L. 47 B de ce livre : " Au cours d'une procédure d'examen de situation fiscale personnelle, l'administration peut examiner les opérations figurant sur des comptes financiers utilisés à la fois à titre privé et professionnel et demander au contribuable tous éclaircissements ou justifications sur ces opérations sans que cet examen et ces demandes constituent le début d'une procédure de vérification de comptabilité () L'administration peut tenir compte, dans chacune de ces procédures, des constatations résultant de l'examen des comptes ou des réponses aux demandes d'éclaircissements ou de justifications, et faites dans le cadre de l'autre procédure conformément aux seules règles applicables à cette dernière ".
7. Si la société requérante soutient que les relevés de compte exploités par l'administration fiscale constituent des pièces comptables que l'administration fiscale ne pouvait exploiter sans lui notifier un avis de vérification, il résulte de l'instruction que c'est l'examen de la situation fiscale personnelle de M. A qui a permis à l'administration fiscale de découvrir qu'il avait détenu un compte en Suisse, clôturé un an et demi plus tôt, et d'identifier, au moyen d'une demande d'assistance administrative auprès des autorités suisses et à partir des explications fournies par l'intéressé, notamment dans un courrier du 6 juillet 2018, qu'il menait une activité non déclarée de vente de matériel d'hydrothérapie pour le compte de la société requérante, dont les recettes étaient crédités sur ce compte et que le solde de ce compte a, lors de sa fermeture, été apporté intégralement à la société Hydro Jet System France. Par suite, l'examen et les demandes opérés par l'administration fiscale ne peuvent être regardés comme le début d'une procédure de vérification de comptabilité et la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est irrégulière en l'absence de notification d'un avis de vérification.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
8. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. "
9. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la société requérante n'a pas répondu à la proposition de rectification du 3 octobre 2018 dans le délai qui lui était imparti. Par suite, elle supporte la charge de la preuve.
10. Il résulte de l'instruction que, pour rattacher à l'activité de la société requérante les recettes perçues par M. A sur son compte domicilié en Suisse, l'administration fiscale s'est fondée sur la circonstance que M. A est gérant et unique associé de la société, dont l'activité consiste notamment en la vente de tables hydro-massantes Wellsystem Medical, sur le fait qu'il a opéré ces ventes en bénéficiant de la renommée commerciale de la société et de sa logistique, sur le fait que certains crédits bancaires identifiés sur le compte détenu en Suisse ont pour intitulé " transfert Wellsystem " ou mentionnent comme bénéficiaire " Wellsystem GMBH " ou en commentaire " Hydro-Jet System France ", et que son compte courant d'associé ne retrace pas d'autre opération en lien avec les opérations financées par son compte suisse, en particulier de débits justifiant de prélèvements des recettes comptabilisées en produit par la société, ou de crédits justifiant le paiement de charges. Elle fait également valoir que le requérant a reconnu que les crédits du compte suisse correspondent à des achats de matériels et que le solde du compte a été apporté à la société. Pour contester ces allégations, la requérante ne produit aucune pièce permettant de justifier que ces activités sont distinctes des siennes, et se contente de soutenir que l'administration fiscale n'établit pas que les achats et reventes de matériels figurant sur ce compte n'ont pas été comptabilisés par la société. Ainsi, elle n'apporte aucun élément de nature à établir que c'est à tort que l'administration fiscale a rattaché à ses activités les recettes enregistrées sur le compte bancaire de M. A domicilié en Suisse.
11. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret ; / b. Les sommes ou valeurs attribuées aux porteurs de parts bénéficiaires ou de fondateur au titre de rachat de ces parts ; / c. Les rémunérations et avantages occultes ; () ".
12. Si la société requérante soutient que les sommes inscrites au crédit du compte domicilié en suisse de son gérant ne constituent pas des revenus distribués, au motif qu'elles ne seraient pas liées à l'activité de la société, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que c'est à bon droit que l'administration fiscale a intégré les sommes en litige aux résultats de la société requérante. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester les revenus distribués constatés par l'administration fiscale.
S'agissant de la pénalité :
13. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () "
14. En se fondant, pour établir le caractère délibéré du manquement invoqué, sur la circonstance que les encaissements de recettes professionnelles de la société sur un compte privé de son dirigeant constituent un acte volontaire qui déroge aux règles de comptabilisation des produits des ventes, l'administration fiscale doit être regardée comme justifiant suffisamment l'application de la majoration prévue par les dispositions précitées. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester l'application de cette majoration.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Hydro Jet System France une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Hydro Jet System France est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Hydro Jet System France et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026