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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2206792

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2206792

vendredi 3 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2206792
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantNOMBRET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 mars et 3 octobre 2022, M. A C B, représenté par Me Nombret, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de police sur sa demande du 3 décembre 2021 tendant à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale ;

3°) d'enjoindre au préfet de police d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer l'attestation correspondante dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Nombret, au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'obtention de l'aide juridictionnelle, à lui verser au titre de ce dernier article.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 9 du règlement n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, la France étant devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile dès lors que l'information sur la prolongation des délais de transfert n'a pas été communiquée aux autorités roumaines avant l'expiration du délai de six mois ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 29.2 du règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle est fondée sur l'absence d'expiration du délai de transfert, alors que la fuite n'est pas caractérisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B le 22 mars 2022 a été constatée par une décision du 7 septembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le règlement n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Massiou, première conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant afghan né en 1993, a demandé son admission au séjour au titre de l'asile auprès de la préfecture de police, par une demande enregistrée le 12 avril 2021. Par un arrêté du 8 juin 2021, le préfet de police a décidé de son transfert aux autorités roumaines, responsables de l'examen de sa demande d'asile puis, ayant estimé qu'il était en fuite, a prolongé le délai de transfert, d'une durée initiale de six mois, jusqu'au 25 novembre 2022. Par un courrier reçu le 3 décembre 2021, M B a demandé au préfet de police l'examen de sa demande d'asile par la France selon la procédure normale. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de cette demande née du silence gardé par le préfet de police.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 7 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a demandé la communication des motifs de la décision implicite attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du deuxième paragraphe de l'article 9 du règlement

n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'accusé de réception émis par le réseau DubliNet le 22 septembre 2021 produit par le préfet de police, que les autorités roumaines, qui ont accepté la prise en charge de M. B le 25 mai 2021, ont été informées de la prolongation du délai de transfert. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit, par suite, être écarté.

7. En troisième lieu, selon l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le transfert du demandeur d'asile vers l'Etat membre responsable s'effectue au plus tard dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par l'autre Etat de la demande de prise en charge ou de reprise en charge, ce délai pouvant être porté à dix-huit mois si la personne concernée prend la fuite. Au sens de ce texte, la notion de fuite doit s'entendre comme visant le cas où un ressortissant étranger non admis au séjour se serait soustrait de façon intentionnelle et systématique au contrôle de l'autorité administrative en vue de faire obstacle à une mesure d'éloignement le concernant. Le caractère intentionnel et systématique d'un tel comportement s'apprécie au regard, d'une part, des diligences accomplies par l'autorité administrative pour assurer l'exécution de la mesure de réadmission dans le délai de six mois et, d'autre part, des dispositions prises par l'intéressé pour s'y conformer.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a reçu, le 16 juillet 2021, une convocation pour deux rendez-vous à la préfecture fixés les 14 et 21 septembre suivants, en vue de l'exécution de la mesure de transfert dont il faisait l'objet. Si le requérant se prévaut, s'agissant du rendez-vous du 14 septembre 2021, d'une admission aux urgences le même jour, le compte-rendu de son passage fait état de douleurs abdominales ayant uniquement justifié la prescription d'antalgiques et d'un laxatif et la réalisation à prévoir d'une coloscopie. Quant à la consultation psychiatrique du 21 septembre 2021, le courrier du médecin conclut à l'absence d'indication à une hospitalisation en urgence. Ainsi, les documents versés au dossier par le requérant ne permettent pas d'établir d'urgence médicale telle qu'elle l'a mis dans l'impossibilité de se présenter à ces deux rendez-vous successifs. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) du 26 juin 2013 que le préfet de police a pu considérer que M. B avait pris la fuite au sens de ce texte et porter, dès lors, le délai de transfert à dix-huit mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, à Me Nombret et au préfet de police.

Copie en sera adressée, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Massiou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.

La rapporteure,

B. MASSIOU

La présidente,

S. AUBERT La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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