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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207263

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207263

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207263
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantBIGAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 mars et 19 octobre 2022, M. C D et M. B D, représentés par Me Bigas, demandent au tribunal :

1°) de condamner la Ville de Paris à leur verser la somme globale de 23 698,75 euros, soit 11 849,38 euros chacun, somme augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la Ville de Paris une somme de 2 000 euros pour chacun d'entre eux, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'inaction fautive de la Ville de Paris à la suite des décisions de préemption du 17 mars 2021, due à l'absence de paiement du prix de vente et de signature de l'acte authentique, leur a causé un préjudice locatif et moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir :

- à titre principal, que la juridiction administrative est incompétente pour connaître du litige qui lui est soumis ;

- à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Paret,

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bigas pour M. B D et M. C D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D et M. B D ont, le 19 janvier 2021, conclu une promesse de vente en vue de l'acquisition par M. A E et Mme F G des lots n°2, 5, 17, 20 et 33 de l'immeuble situé au 24, rue La Bruyère - 36, rue de la Rochefoucauld dans le 9ème arrondissement de Paris. Le même jour, pour M. B D, vendeur, la déclaration d'intention d'aliéner portant sur ces lots a été adressée à la Ville de Paris. Par une décision du 17 mars 2021, la Ville de Paris a décidé d'exercer, au prix de 621 600 euros, le droit de préemption urbain sur l'immeuble sis 24, rue La Bruyère - 36, rue de La Rochefoucauld, en vue de réaliser un programme de trois logements locatifs sociaux et deux locaux commerciaux. Par un courrier reçu le 12 janvier 2022, M. C D et M. B D, estimant avoir subi un préjudice en raison de l'inaction de la ville de Paris a la suite de cette décision, ont présenté une réclamation indemnitaire à la ville de Paris. Ce recours préalable indemnitaire a fait l'objet d'une décision de rejet le 8 mars 2022. M. C D et M. B D soutiennent que l'inaction fautive de la ville de Paris à la suite des décisions de préemption du 17 mars 2021, due à l'absence de paiement du prix et de signature de l'acte authentique de vente, leur a causé un préjudice locatif et moral et en demandent la réparation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 213-14 du code de l'urbanisme, " En cas d'acquisition d'un bien par voie de préemption ou dans les conditions définies à l'article L. 211-5, le transfert de propriété intervient à la plus tardive des dates auxquelles seront intervenus le paiement et l'acte authentique. / Le prix d'acquisition est payé ou, en cas d'obstacle au paiement, consigné dans les quatre mois qui suivent soit la décision d'acquérir le bien au prix indiqué par le vendeur ou accepté par lui, soit la décision définitive de la juridiction compétente en matière d'expropriation, soit la date de l'acte ou du jugement d'adjudication. / En cas de non-respect du délai prévu au deuxième alinéa du présent article, le vendeur peut aliéner librement son bien. / Le propriétaire qui a repris son bien dans les conditions prévues au présent article peut alors l'aliéner librement. "

3. Il résulte des dispositions précitées qu'une décision de consignation, intervenue après que la vente du bien fut parfaite, est seulement relative aux conditions du paiement du prix du bien préempté. Les litiges nés des conditions d'un paiement qui trouve sa cause dans des obligations qui sont de droit privé ne ressortissent pas à la compétence du juge administratif.

4. Il résulte de l'instruction que M. C D et M. B D ont, par un courrier reçu le 12 janvier 2022, saisi la Ville de Paris d'un recours indemnitaire à la suite de la décision du 17 mars 2021 d'exercice sur ce bien de son droit de préemption urbain. Toutefois, cette demande indemnitaire n'est pas fondée sur l'illégalité de la décision de préemption mais sur l'inaction fautive de la Ville de Paris à la suite des décisions de préemption du 17 mars 2021, due à l'absence de paiement du prix et de signature de l'acte authentique de vente. Dès lors, le présent recours conduit exclusivement à se prononcer sur le respect, par la Ville de Paris, des obligations de paiement ou de consignation nées de la vente résultant de sa décision de préempter le bien au prix arrêté à l'acte de promesse de vente. Il suit de là que la décision de consignation n'étant pas détachable du paiement, cette demande est manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C D et M. B D, celles à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Ville de Paris sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C D et M. B D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et M. B D et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

M. Paret, premier conseiller.

Mme Desmouliere, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

F. PARET

Le président

J.-F. SIMONNOTLa greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2207263/4-3

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