lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207387 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GWENAEL SAINTILAN AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 29 mars 2022 et le 29 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Saintilan, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'administration n'est pas fondée à lui refuser le bénéfice du régime dit " B " dès lors que la location en cause relevait d'une location meublée.
Par des mémoires en défense enregistrés le 16 septembre 2022 et le 10 novembre 2022, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que le moyen soulevé par M. A n'est pas fondé, dès lors que la relation contractuelle entre M. A et son locataire est un bail de location meublée.
Par une ordonnance du 19 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le décret n°2015-981 du 31 juillet 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme de Saint Chamas,
- les conclusions de M. Lahary, rapporteur public,
- et les observations de Me Adetonh, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A a imputé à son impôt sur le revenu au titre des années 2017 et 2018, sur le fondement de l'article 199 novovicies du code général des impôts, une réduction d'impôt résultant de l'investissement locatif réalisé à Evian-les-Bains (74500). Par une proposition de rectification du 4 décembre 2020, le service a remis en cause le bénéfice de cette réduction et assorti le rehaussement correspondant d'une majoration de 10 % sur le fondement des dispositions de l'article 1758 A du code général des impôts. Les impositions correspondantes ont été mise en recouvrement le 30 avril 2021. Par une réclamation préalable en date du 15 juillet 2021, M. A a sollicité la décharge de ces impositions supplémentaires. Sa réclamation ayant été rejetée le 2 février 2022, M. A présente la même demande devant le tribunal.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. Aux termes de l'article 199 novovicies du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - A. - Les contribuables domiciliés en France, au sens de l'article 4 B, qui acquièrent, entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2021, un logement neuf ou en l'état futur d'achèvement bénéficient d'une réduction d'impôt sur le revenu à condition qu'ils s'engagent à le louer nu à usage d'habitation principale pendant une durée minimale fixée, sur option du contribuable, à six ans ou à neuf ans. Cette option, qui est exercée lors du dépôt de la déclaration des revenus de l'année d'achèvement de l'immeuble ou de son acquisition si elle est postérieure, est irrévocable pour le logement considéré () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. A a demandé une réduction d'impôt sur le revenu au titre des années 2017 et 2018 sur le fondement des dispositions précitées de l'article 199 novovicies du code général des impôts à raison de la mise en location d'un logement sis au 10, avenue des grottes à Evian-les-Bains (74 500) nu à usage d'habitation principale depuis le 1er avril 2018. Le service a remis en cause le bénéfice de la réduction d'impôt sur le revenu au motif que la relation contractuelle entre le bailleur et son locataire relevait d'une location meublée dès lors que le bail en date du 1er avril 2018 comporte à deux reprises la mention de " location meublée " et fait mention, au paragraphe " équipement du logement " d'une " salle à manger complète " et d'une " chambre à coucher complète ". Le requérant soutient pour sa part que ces circonstances relèvent d'une maladresse d'écriture, la location ayant été consentie nue.
4. Il résulte de l'instruction que le bail en cause fait état, au paragraphe " état des lieux " de ce que l'appartement est équipé par " une bibliothèque avec emplacement pour la télévision " et une " cuisine avec les électroménagers suivants : four, plaque, hotte et frigo ". Ces éléments caractérisent une cuisine équipée mais sont à eux seuls insuffisants pour établir une location meublée au sens des dispositions du décret du 31 juillet 2015 fixant la liste des éléments de mobilier d'un logement meublé, en l'absence notamment de toute mention ou référence, dans le bail, aux éléments indispensables à la qualification d'un logement en meublé, à savoir notamment la literie, la vaisselle nécessaire à la prise des repas, les luminaires ou encore le matériel d'entretien ménager adapté aux caractéristiques du logement. Il résulte également de l'instruction que le niveau du loyer consenti par le bailleur, qui respecte le plafond fixé pour l'éligibilité au dispositif " B ", est très inférieur à celui que le requérant aurait pu tirer d'une location meublée, que la durée du bail initial est fixée à neuf ans, soit une durée significativement supérieure à celle usuellement pratiquée dans le cadre d'une location meublée et que le bail ne prévoit aucun dépôt de garantie. Dans ces circonstances, qui ne sont pas utilement contestées par l'administration par l'argumentation qu'elle soulève, ce faisceau d'indice est de nature à confirmer le caractère nu, au 1er avril 2018, de l'immeuble objet du contrat de bail liant M. A à son locataire. Par conséquence, M. A est fondé à solliciter la décharge des impositions supplémentaires mises à sa charge et résultant de la requalification, par le service, de la location en cause en location meublée.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est déchargé des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux mises à sa charge au titre des années 2017 et 2018.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La rapporteure,
M. de SAINT CHAMASLe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
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