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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2207534

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2207534

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2207534
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CALIMEZ ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête n° 2207534 et un mémoire, enregistrés le 30 mars 2022 et le 15 février 2024, la société civile immobilière Lironis Reuter, représentée par Me Calimez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe sur les logements vacants à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2021 pour un montant de 2 643 euros pour un appartement situé 5 rue de l'Annonciation, Paris 16ème ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le logement n'était pas habitable pour des raisons indépendantes de sa volonté dès lors qu'elle ne disposait pas des fonds nécessaires pour mener à bien les travaux de rénovation nécessaires ;

- l'administration fiscale a méconnu les articles L. 80 A et B du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle avait précédemment pris formellement position sur sa situation en lui accordant un dégrèvement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II - Par une requête n° 2310530 et deux mémoires, enregistrés le 11 mai 2023, 7 février 2024 et 15 février 2024, la société civile immobilière Lironis Reuter, représentée par Me Calimez, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la taxe sur les logements vacants à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2022 pour un montant de 2 643 euros pour un appartement situé 5 rue de l'Annonciation, Paris 16ème ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le logement n'était pas habitable pour des raisons indépendantes de sa volonté dès lors qu'elle ne disposait pas des fonds nécessaires pour mener à bien les travaux de rénovation nécessaires ;

- le montant des travaux excède 25 % de la valeur vénale du bien de sorte qu'elle peut se prévaloir des dispositions du paragraphe 60 de l'instruction BOI-IF-AUT-60 ;

- l'administration fiscale a méconnu les articles L. 80 A et B du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle avait précédemment pris formellement position sur sa situation en lui accordant un dégrèvement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Coz,

- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,

- et les observations de Me Calimez, représentant la SCI Lironis Reuter.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Lironis Reuter est propriétaire d'un appartement situé au 5 rue de l'Annonciation dans le 16ème arrondissement de Paris au titre duquel elle a été assujettie à la taxe sur les logements vacants pour les années 2021 et 2022 pour des montants annuels de 2 643 euros. La SCI Lironis Reuter demande la décharge de ces impositions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2207534/2-3 et 2310530/2-3 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur le bien-fondé des impositions :

3. Aux termes de l'article 232 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - La taxe annuelle sur les logements vacants est applicable dans les communes appartenant à une zone d'urbanisation continue de plus de cinquante mille habitants où existe un déséquilibre marqué entre l'offre et la demande de logements, entraînant des difficultés sérieuses d'accès au logement sur l'ensemble du parc résidentiel existant, qui se caractérisent notamment par le niveau élevé des loyers, le niveau élevé des prix d'acquisition des logements anciens ou le nombre élevé de demandes de logement par rapport au nombre d'emménagements annuels dans le parc locatif social. Un décret fixe la liste des communes où la taxe est instituée. () / II. - La taxe est due pour chaque logement vacant depuis au moins une année, au 1er janvier de l'année d'imposition, à l'exception des logements détenus par les organismes d'habitations à loyer modéré et les sociétés d'économie mixte et destinés à être attribués sous conditions de ressources. / III. - La taxe est acquittée par le propriétaire, l'usufruitier, le preneur à bail à construction ou à réhabilitation ou l'emphytéote qui dispose du logement depuis le début de la période de vacance mentionnée au II. () V. - Pour l'application de la taxe, n'est pas considéré comme vacant un logement dont la durée d'occupation est supérieure à quatre-vingt-dix jours consécutifs au cours de la période de référence définie au II. / VI. - La taxe n'est pas due en cas de vacance indépendante de la volonté du contribuable. () ". Le Conseil constitutionnel, dans ses décisions 98-403 DC du 29 juillet 1998 et 2012-662 DC du 29 décembre 2012 n'a admis la conformité à la Constitution des dispositions instituant ou modifiant la taxe sur les logements vacants que sous certaines réserves, en précisant notamment que " () ne sauraient être assujettis des logements qui ne pourraient être rendus habitables qu'au prix de travaux importants et dont la charge incomberait nécessairement à leur détenteur ; () ne sauraient être assujettis des logements dont la vacance est imputable à une cause étrangère à la volonté du bailleur, faisant obstacle à leur occupation durable, à titre onéreux ou gratuit, dans des conditions normales d'habitation, ou s'opposant à leur occupation, à titre onéreux, dans des conditions normales de rémunération du bailleur ; qu'ainsi, doivent être notamment exonérés les logements ayant vocation, dans un délai proche, à disparaître ou à faire l'objet de travaux dans le cadre d'opérations d'urbanisme, de réhabilitation ou de démolition, ou les logements mis en location ou en vente au prix du marché et ne trouvant pas preneur ".

4. La SCI Lironis Reuter conteste l'assujettissement de l'appartement situé au 5 rue de l'Annonciation à Paris dont elle a fait l'acquisition en 2016 pour un montant de 700 000 euros, à la taxe sur les logements vacants pour les années 2021 et 2022 en se prévalant du fait que ce bien était inhabitable pendant les années couvertes par les impositions en litige pour des motifs indépendants de sa volonté, dès lors qu'elle n'aurait pas disposé des financements pour entreprendre les travaux. Elle produit un devis établi le 19 octobre 2019 d'un montant de 154 082, 51 euros mais ne fournit aucune information au sujet de sa situation financière sinon une confirmation de dépôt de dossier pour une demande de prêt immobilier en date du 18 novembre 2023 et une reconnaissance de dettes signée le 16 janvier 2024, alors même qu'il est constant que la vétusté du bien était déjà connue lors de l'achat ainsi qu'il ressort des mentions de l'acte d'acquisition citées par le service.

5. Par ailleurs, si la SCI Lironis Reuter soutient, sur le terrain de la doctrine fiscale, que le montant des travaux excédait 25 % de la valeur vénale du bien et qu'elle pouvait ainsi se prévaloir des dispositions du paragraphe 60 de l'instruction BOI-IF-AUT-60, elle se fonde sur un devis du 11 octobre 2023, postérieur aux années d'imposition en cause et ne pouvant à ce titre être retenu.

6. Par suite, la SCI Lironis Reuter n'est pas fondée à soutenir que la vacance du bien serait indépendante de sa volonté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : / 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ". Il appartient au contribuable qui se prévaut des dispositions de l'article L. 80 B de justifier de l'existence et du contenu d'une interprétation formelle de sa situation par les services fiscaux au sens de cet article.

8. Le dégrèvement, non motivé, accordé par l'administration fiscale à la SCI Lironis Reuter ne constituant pas une interprétation formelle de sa situation, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu ces dispositions.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la SCI Lironis Reuter doivent être rejetées en toutes leurs conclusions, y compris celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SCI Lironis Reuter sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Lironis Reuter et à la directrice régionale des finances publiques d'Île-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

M. Coz, premier conseiller,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

Le rapporteur,

Y. COZ

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. et 2310530/2-3

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