jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207597 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | FAURE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés le 30 mars 2022, le 31 octobre 2022 et le 19 avril 2023, M. B A, représenté par Me Fauré, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 87 917,95 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa première demande et avec capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum l'AP-HP et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme totale de 87 917,95 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa première demande et avec capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
3°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP et l'ONIAM, à hauteur respective de leur part de responsabilité, à lui verser la somme totale de 87 917,95 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa première demande et avec capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;
4°) en tant que de besoin, avant-dire droit, d'ordonner la réalisation d'une expertise par un médecin ophtalmologiste, et de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM les frais et honoraires d'expertise ;
5°) de mettre à la charge de l'AP-HP et de l'ONIAM la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée du fait des fautes constituées par l'insuffisance de l'acte chirurgical initial, en l'absence de retrait intégral des résidus cristalliniens, par le défaut d'information sur la réussite partielle de cet acte chirurgical, sur les risques inhérents à l'acte de reprise du 6 février 2019 et sur les risques liés à un voyage en avion consécutif à l'opération, et par l'absence de suivi post-opératoire ;
- à supposer que les complications survenues à la suite des interventions chirurgicales des 9 janvier et 6 février 2019 aient résulté d'un accident médical non fautif, les conditions de l'engagement de la solidarité nationale sont remplies dès lors que son déficit fonctionnel temporaire est supérieur ou égal à 50% sur six mois consécutifs et que les faits litigieux lui ont ayant causé de graves troubles dans ses conditions d'existence ;
- les préjudices subis du fait de cette faute doivent être évalués à la somme totale de 87 917,95 euros, se décomposant comme suit : 4 399,61 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 6 518,34 euros au titre des frais divers, 4 000 euros au titre des dépenses de santé futures, 15 000 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 6 000 euros au titre des souffrances endurées, 4 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 33 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 6 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément, 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation ;
- l'expert désigné par la CCI ne s'est pas prononcé sur les conditions dans lesquelles les interventions chirurgicales des 9 janvier et 6 février 2019 se sont déroulées, n'a pas pu examiner M. A, et n'a pas évalué ses préjudices, ce qui justifie la réalisation d'une nouvelle expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2022, l'ONIAM, représenté par la SCP Saidji et Moreau, conclut à sa mise hors de cause, et, à titre subsidiaire, à la réalisation d'une expertise avant-dire droit.
Il soutient que :
- les préjudices subis ne présentent pas les seuils de gravité exigés par l'article D.1142-1 du code de la santé publique, en l'absence de déficit fonctionnel temporaire pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou non consécutifs sur une période de douze mois, dès lors que M. A n'a pas perdu la vision d'un œil et conserve une acuité visuelle de l'œil gauche à 4/10ème à l'aide d'une correction, et qu'il était retraité au moment des faits, de sorte qu'il n'a pas été en incapacité de travail ;
- le déficit fonctionnel permanent de M. A n'est pas supérieur à 24% ;
- il ne démontre pas de troubles particulièrement graves dans ses conditions d'existence ;
- le cas échéant, il appartiendra à l'expert désigné de se prononcer non seulement sur les éventuels manquements commis par mais aussi sur les critères déterminant l'intervention de l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- l'indication opératoire de cataracte était justifiée et la complication traduite par l'existence de résidus cristalliniens et par l'apparition d'un œdème cornéen s'analyse comme un aléa thérapeutique, en dehors de toute faute ;
- le cas échéant, l'expert devra déterminer les débours exposés par les organismes sociaux strictement imputables aux manquements éventuellement relevés et, le cas échéant, à l'infection nosocomiale caractérisée en les distinguant de ceux imputables à l'état antérieur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Doan,
- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, né le 1er janvier 1952, a bénéficié le 9 janvier 2019 d'une intervention de la cataracte sur l'œil gauche à l'hôpital Cochin de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Dans les suites de cette intervention, la présence de résidus cristalliniens et d'un œdème cornéen a été constatée, nécessitant une reprise chirurgicale le 6 février 2019. Une nouvelle reprise chirurgicale a été réalisée le 20 février 2019. En raison d'une décompensation de la cornée de l'œil gauche de M. A, une greffe de cornée a été réalisée le 12 février 2020. M. A a saisi le 20 octobre 2021 la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) des accidents médicaux d'Île-de-France, qui a désigné un expert dont le rapport a été rendu le 29 novembre 2021. Par un avis du 18 janvier 2022, la CCI s'est déclarée incompétente. Par la présente requête, M. A sollicite l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de sa prise en charge à l'hôpital Cochin.
Sur l'utilité d'une expertise complémentaire :
2. Aux termes des dispositions l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. " Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. La mission confiée à l'expert peut viser à concilier les parties. ".
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du 29 novembre 2021, et il n'est pas contesté, que l'indication opératoire de cataracte de l'œil gauche était justifiée. Lors de l'opération du 6 février 2019, des résidus cristalliniens ont été laissés en place et un œdème cornéen est apparu. Toutefois, l'AP-HP soutient, en produisant des extraits d'article anglophones de littérature médicale, que ces phénomènes font partie des complications possibles après une chirurgie de la cataracte. Les éléments produits par M. A ne peuvent suffire à établir que leur apparition aurait nécessairement résulté d'une faute commise par l'équipe médicale de l'hôpital Cochin. L'expertise du 29 novembre 2021, qui s'est seulement prononcée sur la question de savoir si le dommage imputable aux complications présentées par M. A se trouve à l'origine d'un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 24 %, d'un arrêt temporaire de l'activité professionnelle, d'un déficit fonctionnel temporaire d'un taux d'au moins 50 % d'une durée d'au moins 6 mois consécutifs ou non consécutifs, d'une inaptitude à exercer son activité professionnelle antérieure ou de troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence, ne permet pas d'éclaircir l'éventuelle responsabilité de l'AP-HP dans la survenue de ces complications. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner, avant dire droit, une nouvelle expertise sur ce point, à laquelle, au demeurant, les parties ne s'opposent pas.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête de M. A, procédé à une expertise médicale, confiée à un expert désigné par le président du tribunal administratif, en présence de M. A et de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A, notamment tous documents relatifs au suivi médical, aux consultations préopératoires et aux actes de soins pratiqués lors de sa prise en charge. Il pourra entendre toute personne du service hospitalier ayant donné des soins à M. A. Il pourra, s'il l'estime nécessaire, s'adjoindre le concours d'un sapiteur, après avoir préalablement obtenu l'autorisation du président du tribunal.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) procéder à l'examen sur pièces de l'intégralité du dossier médical de M. A ;
2°) dire si la prise en charge de M. A le 6 et le 20 février 2019 a été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science ; de dire en particulier si la présence de résidus cristalliniens et l'apparition d'un œdème cornéen sont imputables à une faute dans la réalisation de l'acte chirurgical ;
3°) déterminer la cause des dommages subis par M. A l'occasion de sa prise en charge médicale en février 2019, et notamment d'évaluer la part de ces dommages imputables à son état antérieur, à une complication inhérente aux opérations réalisées, à un aléa thérapeutique ou à une faute éventuelle de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris ;
4°) déterminer la date de consolidation et évaluer les préjudices subis, en indiquant pour chacun d'entre eux dans quelle proportion il est imputable aux fautes éventuelles, ainsi qu'il suit :
a) Préjudices patrimoniaux :
- temporaires (avant consolidation) : dépenses de santé, frais liés au handicap, frais divers ;
- permanents (après consolidation) : dépenses de santé, frais liés au handicap, frais divers ;
b) Préjudices extrapatrimoniaux :
- temporaires (avant consolidation) : déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, en les évaluant sur une échelle de 1 à 7, préjudice esthétique temporaire, en l'évaluant sur une échelle de 1 à 7 ;
- permanents (après consolidation) : déficit fonctionnel permanent, préjudice d'agrément, préjudice esthétique (échelle de 1 à 7), préjudice d'agrément, préjudice esthétique permanent, préjudice sexuel, préjudice d'établissement ;
5°) d'apporter tout élément complémentaire qui serait selon lui susceptible d'éclairer le tribunal sur la nature et l'étendue des préjudices subis.
Article 4 : L'expert déposera, dans un délai de trois mois à compter de sa désignation, son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera les copies aux parties intéressées telles que précisées au dernier article du présent jugement, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 5 : La présente expertise sera réalisée au contradictoire de M. A, de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et de l'Assistance publique - hôpitaux de Paris.
Article 6 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Delesalle, président,
- M. Pény, premier conseiller,
- M. Doan, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
Le rapporteur,
R. Doan
Le président,
H. DelesalleLa greffière,
A. Cardon
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./6-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597
**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.
19/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.
19/03/2026