jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207911 |
| Type | Décision |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | JAMIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2022 et un mémoire enregistré le 28 juillet 2022, Mme A D B, représentée par Me Jamil, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet par la maire de Paris de sa demande du 18 novembre 2021 tendant à la requalification de son engagement en contrat d'agent non titulaire à durée indéterminée et à ce que les conséquences en soient tirées quant à ses droits ;
2°) de condamner la ville de Paris à lui verser la somme de 889,42 euros par mois à compter du mois de mai 2021 jusqu'à sa réintégration dans les effectifs de la commune ;
3°) d'enjoindre à la maire de Paris, dans un délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, de requalifier son engagement en contrat à durée indéterminée, de la réintégrer sans délai dans les effectifs de la commune, de procéder à la reconstitution de ses droits sociaux et de ses droits à pension à compter du 18 mai 2012, de procéder à la régularisation de sa rémunération depuis le 18 mai 2012, de procéder au versement de ses compléments de rémunération depuis le 18 mai 2012 et de procéder à la régularisation de sa situation auprès des organismes sociaux et des caisses de retraite ;
4°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 2 000 euros à verser à Me Jamil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande est entachée de défaut de motivation ;
- la ville de Paris a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles 3-3 et 3-4 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984, dans la mesure où ses contrats de vacataire répondaient à un besoin permanent, et où elle aurait dû être regardée comme un agent contractuel en contrat à durée indéterminée ;
- dès lors qu'elle doit être regardée comme un agent contractuel, le refus de renouveler son contrat s'assimile à un licenciement sans préavis ni indemnité, et il aurait donc dû être précédé d'une consultation de la commission consultative paritaire ; la sanction aurait dû lui être notifiée, et celle-ci est injustifiée au regard de son parcours professionnel ;
- son recrutement en tant que vacataire constitue une illégalité fautive qui lui donne droit à une indemnisation ;
- elle a subi un préjudice du fait de son recrutement illégal comme vacataire, qui l'a placée dans une situation de précarité et l'a conduite à supporter des conditions de vie difficiles ;
- elle a subi, en raison de l'absence de requalification de son engagement en contrat à durée indéterminée, un préjudice causé par l'interruption de ses activités à partir du mois de mai 2021, consistant en la privation de ses ressources ;
- son préjudice doit être évalué à la somme de 889,42 euros par mois à compter du mois de mai 2021 jusqu'à sa réintégration dans les effectifs de la commune.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2022, la maire de Paris conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 94-415 du 24 mai 1994 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Arnaud, conseillère,
- les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jamil, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a été recrutée à de multiples reprises par la ville de Paris à partir du 18 mai 2012 et jusqu'au 16 avril 2021 en tant que vacataire pour réaliser des missions de suppléance de gardiennage au sein d'établissements scolaires. Par un courrier du 18 novembre 2021, Mme B a demandé à la maire de Paris de requalifier son engagement en contrat d'agent non-titulaire à durée indéterminée, de la réintégrer dans les effectifs de la ville et de régulariser sa situation au regard de cette requalification. Du silence de la maire de Paris est née une décision de rejet dont la requérante demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de rejet de la demande de requalification de l'engagement en contrats d'agent non-titulaire
2. En premier lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée est entachée de défaut de motivation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait demandé la communication des motifs de rejet implicite de sa demande. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.
3. En second lieu, d'une part, la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction issue de la loi du 12 mars 2012 relative à l'accès à l'emploi titulaire et à l'amélioration des conditions d'emploi des agents contractuels dans la fonction publique, à la lutte contre les discriminations et portant diverses dispositions relatives à la fonction publique, fixe aux articles 3-1 à 3-3 les cas dans lesquels les emplois permanents des collectivités territoriales peuvent par exception être pourvus par des agents non titulaires. L'article 136 de cette loi fixe les règles d'emploi de ces agents et précise qu'un décret en Conseil d'Etat déterminera les conditions d'application de cet article. Aux termes de l'article 1er du décret du 15 février 1988 relatif aux agents non titulaires de la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur du 29 décembre 2007 au 31 décembre 2015, applicable aux agents des administrations parisiennes en vertu du deuxième alinéa de l'article 4 du décret du 24 mai 1994 portant dispositions statutaires relatives aux personnels des administrations parisiennes : " Les dispositions du présent décret s'appliquent aux agents non titulaires de droit public des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 (). Les dispositions du présent décret ne sont toutefois pas applicables aux agents engagés pour un acte déterminé ". Aux termes de ce même article, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2016 : " Les dispositions du présent décret ne sont toutefois pas applicables aux agents engagés pour une tâche précise, ponctuelle et limitée à l'exécution d'actes déterminés ". En outre, aux termes de l'article 55 du décret du 24 mai 1994 : " Les fonctions qui, correspondant à un besoin permanent, impliquent un service à temps non complet sont assurées par des agents non titulaires ".
4. D'autre part, aux termes de l'article 3-4 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 : " () II. - Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3, à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. Elle inclut, en outre, les services effectués au titre du deuxième alinéa de l'article 25 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement l'ayant ensuite recruté par contrat. / Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à des services effectués à temps complet. / Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sous réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. Pour le calcul de la durée d'interruption entre deux contrats, la période de l'état d'urgence sanitaire déclaré sur le fondement de l'article L. 3131-12 du code de la santé publique n'est pas prise en compte. / Lorsqu'un agent remplit les conditions d'ancienneté mentionnées aux deuxième à quatrième alinéas du présent II avant l'échéance de son contrat en cours, les parties peuvent conclure d'un commun accord un nouveau contrat, qui ne peut être qu'à durée indéterminée. "
5. Un agent de droit public employé par une collectivité ou un établissement mentionné au premier alinéa de l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu'il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l'administration. La circonstance que cet agent a été recruté plusieurs fois pour exécuter des actes déterminés n'a pas pour effet, à elle seule, de lui conférer la qualité d'agent contractuel. En revanche, lorsque l'exécution d'actes déterminés multiples répond à un besoin permanent de l'administration, l'agent doit être regardé comme ayant la qualité d'agent non titulaire de l'administration.
6. Il résulte de l'instruction qu'à partir de 2012, Mme B a été employée par la ville de Paris en vue de remplacer les gardiens des établissements scolaires du ressort territorial de la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance de Paris Centre qui étaient temporairement empêchés ou absents, le fonctionnement des établissements exigeant la présence permanente d'une personne chargée d'assurer les fonctions de gardien. Il en ressort également que ses missions se sont succédé de façon récurrente jusqu'en 2021 au sein de différents établissements et n'ont connu que des interruptions ponctuelles. Dès lors, au vu de l'objet des vacations effectuées par Mme B, de leur succession fréquente et de la durée totale du recours à ces vacations, ses missions doivent être regardées comme répondant à un besoin permanent de l'administration et la requérante doit être regardée, pour les périodes d'exercice de ces missions, soit entre le 18 mai 2012 et le 30 octobre 2015 et entre le 14 mars 2016 et le 16 avril 2021, comme ayant la qualité d'agent non-titulaire de l'administration.
7. Il résulte de l'instruction que si Mme B a été employée en qualité de gardienne suppléante vacataire à compter du 18 mai 2012, ses vacations ont connu une interruption de plus de quatre mois entre le 30 octobre 2015 et le 14 mars 2016. Par suite, les vacations qu'elle a effectuées ne peuvent pas être requalifiées en contrat à durée indéterminée. Elle ne saurait, en outre, pour la même raison, se prévaloir utilement de l'irrégularité d'un licenciement ou d'une révocation qui résulteraient du caractère indéterminé de la durée de son engagement.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite de la maire de Paris de refus de requalification du contrat de Mme B doit être annulée seulement en tant qu'elle porte refus de requalifier ses contrats de vacataire en contrats d'agent non-titulaire à durée déterminée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif d'annulation retenu, qu'il soit enjoint à la maire de Paris de procéder à la régularisation de la situation de Mme B à compter du 18 mai 2012 au vu de la requalification de ses contrats de vacataire en contrats d'agent non-titulaire à durée déterminée, notamment au regard de sa rémunération, de ses droits sociaux et à pension, et de sa situation auprès des organismes sociaux et caisses de retraite, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le recrutement de Mme B en tant que vacataire est constitutif d'une illégalité fautive. La requérante, placée dans une position irrégulière pendant près de neuf années, est fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subi, dont il sera fait, dans les circonstances de l'espèce, une juste appréciation en lui allouant à ce titre une somme de 3 000 euros.
11. D'autre part, si Mme B se prévaut d'un préjudice distinct tenant à sa privation d'activité à partir du mois de mai 2021, faute d'avoir été regardée comme agent non-titulaire en contrat à durée indéterminée, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que la maire de Paris n'a pas commis de faute en refusant de requalifier son engagement en contrat à durée indéterminée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions à fin d'indemnisation au titre de son absence de revenus à partir du mois d'avril 2021.
Sur les frais liés au litige :
12. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, et sous réserve que Me Jamil, conseil de Mme B, renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris le versement à Me Jamil d'une somme de 1 500 euros au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet par la maire de Paris de la demande du 18 novembre 2021 est annulée en tant qu'elle porte refus de requalifier les contrats de vacataire de Mme B entre le 18 mai 2012 et le 30 octobre 2015 et entre le 14 mars 2016 et le 16 avril 2021 en contrats d'agent non titulaire à durée déterminée.
Article 2 : Il est enjoint à la maire de Paris de procéder à la régularisation de la situation de Mme B à compter du 18 mai 2012 au vu de la requalification de ses contrats de vacataire en contrats à durée déterminée, notamment au regard de sa rémunération, de ses droits sociaux et à pension, et de sa situation auprès des organismes sociaux et caisses de retraite, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La ville de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 3 000 euros au titre des préjudices subis.
Article 4 : Sous réserve que Me Jamil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la Ville de Paris lui versera la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, à Me Jamil et à la maire de Paris.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
M. Coz, premier conseiller,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
B. ARNAUD
Le président,
C. FOUASSIERLa greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026