lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2207970 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | FERNANDEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 avril 2022, Mme C B, représentée par Me Fernandez, demande au tribunal :
1°) de la décharger, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiées au titre des années 2013 et 2014 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.
Elle soutient que :
- la seconde condition de l'article L. 169 du code général des impôts concernant les activités occultes n'est pas remplie, dans la mesure où Mme B ne s'est pas soustraite à ses obligations déclaratives, dès lors qu'elle a bien déclaré les revenus perçus de la part de la société T2A Conseil, même si, par erreur, elle a fait figurer ces revenus dans la catégorie des traitements et salaires ; il s'agit donc uniquement d'une erreur tenant à la catégorie utilisée ;
- en l'absence d'activité occulte, le régime de franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévu par l'article 293 B du code général des impôts est applicable, ce qui prive de bien-fondé les rappels de taxe sur la valeur ajoutée ;
- la majoration de 80 % est infondée.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut à l'irrecevabilité des conclusions portant sur les éléments non contestés dans la réclamation préalable, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Errera,
- et les conclusions de M. Lahary, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société à responsabilité limitée T2A Conseil, ayant pour activité le conseil en informatique auprès d'établissements de santé et dont M. B est le gérant, a fait l'objet de vérifications de comptabilité concernant la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, prolongées jusqu'au 30 septembre 2016 pour la taxe sur la valeur ajoutée. À la suite de ces opérations de contrôle, le service a notamment notifié à la société T2A Conseil des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2013, 2014, 2015 et 2016. Le service a également notifié à Mme B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2013, 2014 et 2015. Mme B demande au tribunal de la décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge au titre des années 2013 et 2014.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne la charge de la preuve :
2. Aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ". Aux termes de l'article L. 68 du même livre des procédures fiscales, dans sa rédaction alors applicable : " La procédure de taxation d'office prévue aux 2° et 5° de l'article L. 66 n'est applicable que si le contribuable n'a pas régularisé sa situation dans les trente jours de la notification d'une mise en demeure. / Toutefois, il n'y a pas lieu de procéder à cette mise en demeure : / () 3° Si le contribuable s'est livré à une activité occulte, au sens du troisième alinéa de l'article L. 169 ; () ". Aux de termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office, la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Mme B, qui n'a pas souscrit les déclarations auxquelles elle était tenue en qualité de redevable de la taxe sur la valeur ajoutée, se trouvait en situation d'être taxée d'office en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. Elle supporte, dès lors, la charge de démontrer le caractère exagéré des rappels de taxe en litige.
En ce qui concerne la qualification d'activité occulte :
3. Aux termes de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, dans sa version en vigueur pour les années 2013 et 2014 : " Pour l'impôt sur le revenu (), le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due. / () / Par exception aux dispositions du premier alinéa, le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'à la fin de la dixième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due, lorsque le contribuable exerce une activité occulte. L'activité occulte est réputée exercée lorsque le contribuable n'a pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire et () n'a pas fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce () Le droit de reprise mentionné au deuxième alinéa du présent article ne s'applique qu'aux seules catégories de revenus que le contribuable n'a pas fait figurer dans une quelconque des déclarations qu'il a déposées dans le délai légal. Il ne s'applique pas lorsque des revenus ou plus-values ont été déclarés dans une catégorie autre que celle dans laquelle ils doivent être imposés ". Dans le cas où un contribuable n'a ni déposé dans le délai légal les déclarations qu'il était tenu de souscrire, ni fait connaître son activité à un centre de formalités des entreprises ou au greffe du tribunal de commerce, son activité est réputée occulte s'il n'est pas en mesure d'établir qu'il a commis une erreur justifiant qu'il ne se soit acquitté d'aucune de ses obligations déclaratives.
4. Mme B conteste s'être soustraite à ses obligations déclaratives, dès lors qu'elle a bien déclaré les revenus qu'elle a perçus de la part de la société T2A Conseil. Elle souligne ainsi qu'il ressort de l'avis d'imposition 2014, portant sur les revenus perçus au titre de l'année 2013, qu'elle a bien déclaré à titre de revenus la somme de 24 650 euros correspondant aux rémunérations qu'elle a perçu de la société T2A Conseil au titre de cette année, même si, par erreur, elle a fait figurer ces revenus dans la catégorie des traitements et salaires.
5. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas procédé de manière adéquate à la déclaration de ses revenus issus de son activité exercée pour le compte de la société T2A Conseil, ni déclaré cette activité à un centre de formation des entreprises. C'est en effet dans la catégorie des traitements et salaires, alors qu'elle n'avait pas de statut de salariée, en l'absence de tout contrat de travail la liant à la société T2A Conseil, que Mme B a déclaré des revenus de 24 650 euros au titre de l'année 2013, des revenus de 14 190 euros au titre de l'année 2014, aucune déclaration au titre de l'année 2015 n'ayant été déposée. Dès lors qu'elle n'établit pas avoir commis une erreur justifiant qu'elle ne se soit pas acquittée adéquatement de ses obligations déclaratives, Mme B doit être regardée comme n'ayant pas déclaré ses revenus nés d'une activité occulte. Par ailleurs, si Mme B entend, par leur argumentation, se prévaloir des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 169 précité du livre des procédures fiscales, les dispositions de cet alinéa ne s'appliquent que dans l'hypothèse où le service a fait usage du droit spécial de reprise prévu au deuxième alinéa, ce qui n'est pas le cas en l'espèce. En tout état de cause, et comme l'établit le service en défense, il n'existe pas, contrairement à ce que soutient Mme B, de concordance entre les montants qu'elle a déclarés dans la catégorie des traitements et salaires d'une part, et les sommes perçues de la société T2A Conseil, ces montants étant ainsi respectivement de 14 190 euros et de 21 500 euros en 2013.
En ce qui concerne le bénéfice de la franchise en base :
6. Aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France, à l'exclusion des redevables qui exercent une activité occulte au sens du troisième alinéa de l'article L. 169 du livre des procédures fiscales, bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : a) 81 500 euros l'année civile précédente ; b) Ou 89 600 euros l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; 2° Et un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : a) 32 600 euros l'année civile précédente ; () ".
7. Mme B soutient qu'en l'absence d'activité occulte, le régime de franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévu par l'article 293 B du code général des impôts est applicable, ce qui prive de bien-fondé les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiés. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit au point 5 ci-dessus, l'exercice d'une activité occulte par Mme B est établi. En outre, il y a lieu de relever que Mme B n'a produit aucun élément sur le montant exact du chiffre d'affaires qu'elle a réalisé dans le cadre de son activité libérale, que ce soit auprès de la société T2A Conseil ou auprès d'autres clients éventuels. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. () ".
9. Mme B conteste le bien-fondé de la majoration de 80 % qui lui a été appliquée, au motif notamment qu'elle aurait déposé une déclaration d'ensemble d'impôt sur le revenu faisant apparaître le revenu catégoriel correspondant. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas déposé de déclaration d'ensemble dans laquelle elle aurait mentionné le revenu catégoriel en cause. Par ailleurs, Mme B n'a produit aucun élément concernant le chiffre d'affaires qu'elle a réalisé durant l'année en cause dans le cadre de son activité libérale, activité qui a été découverte dans le cadre des opérations de contrôle. Enfin, la seule circonstance que, pour la seule année 2013, le service a substitué à cette majoration celle de 10 % prévue au a) du 1) de l'article 1728 du code général des impôts est sans incidence sur le bien-fondé de l'application de la majoration pour les années 2014 et 2015. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration leur a infligé la pénalité prévue au c) du 1) de l'article 1728 du code général des impôts.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à solliciter la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiées au titre des années 2013 et 2014.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Mme B n'établit par ailleurs pas avoir engagé de dépens au titre de la présence instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
M. Errera, premier conseiller,
Mme de Saint-Chamas, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
Le rapporteur,
A. ERRERALe président,
J. SORINLa greffière,
B. CHAHINE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2512599
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté préfectoral du 14 janvier 2025 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que le droit d'être entendu, garanti par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'imposait pas une nouvelle audition dans ce cas, la décision d'éloignement découlant nécessairement du rejet définitif de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. La juridiction a appliqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 611-1.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400857
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête d'un agent du SIAAP demandant la révision de son taux d'incapacité permanente partielle (IPP) et l'indemnisation de préjudices. Le tribunal juge que le taux d'IPP, fixé à 34% selon le barème légal, ne peut être modifié en raison de l'existence éventuelle d'une faute de l'employeur. Concernant l'indemnisation, le tribunal rappelle que le régime des accidents de service et maladies professionnelles des fonctionnaires, régi par la loi du 13 juillet 1983 et le décret du 2 mai 2005, répare forfaitairement certains préjudices, mais n'exclut pas une action en responsabilité pour faute visant à réparer d'autres chefs de préjudice.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401146
Le Tribunal administratif de Paris a annulé une sanction disciplinaire (un jour d'exclusion temporaire de fonction) infligée par l'AP-HP à un infirmier. La juridiction a estimé que la sanction, fondée sur une simple "suspicion d'inhalation de kalinox", ne reposait pas sur des faits établis, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint à l'administration d'effacer la sanction du dossier de l'agent et l'a condamnée à lui verser 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401760
**Sujet principal** : Contestation par une société de rappels de TVA et d'une majoration, concernant le taux applicable (taux réduit de 5,5% pour la vente de livres ou taux normal de 20% pour des prestations de voyance). **Juridiction** : Tribunal Administratif de Paris (formation de jugement). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête de la société. Il estime que l'activité principale constitue une prestation immatérielle de voyance taxable au taux normal et que, de toute façon, la société n'a pas apporté la preuve permettant d'isoler la part éventuelle de son chiffre d'affaires relevant de la vente de livres. **Textes appliqués** : Articles 278 et 278-0 bis A-3° du code général des impôts (taux normal et taux réduit de TVA).
30/03/2026