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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208158

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208158

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208158
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantMENIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 avril 2022 et le 24 mai 2023, M. A B, représenté par Me Meniri, demande au tribunal :

1°) de condamner la Fédération français de football (FFF) à lui verser la somme totale de 100 000 euros en réparation de préjudices que lui a causé l'illégalité du classement des arbitres fédéraux futsal 2 de la saison 2015/2016 le plaçant en dernière position de cette catégorie et le rétrogradant dans la catégorie inférieure pour la saison 2016/2017 ;

2°) de mettre à la charge de la FFF une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le classement illégal, qui a été annulé e dernier lieu pour un motif d'illégalité interne par un jugement du 22 décembre 2020 du tribunal administratif de Paris, constitue une faute de la FFF qui l'a privé, d'une part, d'exercer son activité d'arbitre fédéral de futsal en deuxième division de ce championnat national pour la saison 2016/2017 et, d'autre part, de se maintenir comme arbitre de cette division pendant une durée de 16 ans ;

- ce dommage lui a causé un préjudice financier de 5 000 euros par saison, à prendre en compte pour les 16 saisons dont il a été illégalement privé, soit une somme totale de 80 000 euros ;

- il est en outre fondé à demander la réparation d'un préjudice moral et d'un préjudice tiré des troubles dans les conditions de l'existence, pour une somme totale de 20 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 janvier et 21 juin 2023, la Fédération française de football conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 4 000 euros en application des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité de la FFF n'est pas engagée dès lors que, d'une part, l'illégalité motif de l'annulation du classement par le tribunal administratif ne faisait pas obstacle à ce que ce classement puisse être légalement établi en maintenant M. B à la dernière place et, d'autre part, les préjudices invoqués n'ont pas de lien de causalité avec cette illégalité ;

- les préjudices invoqués sont éventuels ou inexistants et, en tout état de cause, surévalués.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du sport ;

- les règlements de la Fédération française de football et notamment le statut de l'arbitrage, pour les saisons 2016-2017 à 2023-2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lesaint pour la FFF.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B appartenait à la catégorie arbitre fédéral Futsal 2 de la Fédération française de football (FFF) pour la saison 2015-2016. A l'issue des observations de cette saison, il a été classé à la dernière position de cette catégorie et rétrogradé de ce niveau national au niveau de la ligue Rhône-Alpes pour la saison 2016-2017. Par un jugement du 22 décembre 2020, ce tribunal a annulé la décision du 30 août 2018 par laquelle le comité exécutif de la FFF a refusé de faire droit à sa demande de repêchage et a validé le classement des arbitres fédéraux futsal 2 de la saison 2015/2016 établi par la décision du 8 juin 2016 de la commission fédérale des arbitres de la FFF au motif que le comité exécutif, en ne procédant pas à une péréquation des notes des observateurs, avait méconnu le principe d'égalité. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la FFF à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité du classement et de sa rétrogradation d'arbitre fédéral à arbitre de ligue.

2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.

3. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que l'utilisation d'un mécanisme de péréquation des notes conforme au principe d'égalité aurait conduit en tout état de cause à rétrograder ce dernier vers la catégorie arbitre de ligue pour la saison 2016-2017. Dans ces conditions, il ne peut être considéré que la FFF aurait pu légalement prendre une décision équivalente sur un autre fondement que celui entaché d'illégalité. En revanche, M. B ne produit aucun élément permettant d'établir que les arbitres fédéraux 2 Futsal se maintiennent en moyenne seize ans dans cette catégorie alors même que chacun d'entre eux est susceptible d'être rétrogradé en ligue à chaque fin de saison. Dans ces conditions, en raison de l'aléa inhérent au déroulé de toute saison sportive, y compris pour les arbitres, M. B est uniquement fondé à demander que la responsabilité de la FFF soit engagée pour les préjudices découlant de façon directe et certaine de sa rétrogradation comme arbitre de ligue pour la seule saison 2016-2017.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du statut de l'arbitrage de la FFF, dans sa rédaction constante, qui définit les catégories d'arbitres et notamment celle d'arbitre Futsal : " L'appartenance à une catégorie n'implique pas pour autant le droit absolu à la désignation pour diriger des rencontres dans cette catégorie ".

5. Il résulte de l'instruction, et notamment des dispositions précitées et de l'historique des matchs dirigés lors de la saison 2015-2016 par M. B, dont il ressort qu'il n'a officié comme arbitre de champ que pour 3 matchs de division 1, 13 matchs de division 2, 2 matchs de coupe de France de Futsal et 2 matchs de barrage d'accession en Futsal D2, que ce dernier, quand bien même il aurait été maintenu en catégorie fédérale Futsal 2, n'aurait eu aucune certitude quant au nombre de matchs pour lequel il aurait été appelé à officier s'il s'était maintenu dans cette catégorie. En outre, et alors qu'il résulte des éléments produits par les parties que M. B, avait, au titre des seules indemnités de match, perçu de la FFF une somme totale de 1 202 euros pour la saison 2015-2016 et qu'il est constant qu'il a été désigné pour la saison 2016-2017 pour arbitrer des matchs de ligue régionale, il n'établit pas, par les éléments qu'il fait valoir, la réalité même d'un différentiel de rémunération entre les deux saisons. Dans ces conditions, la perte financière alléguée tirée de la non-perception d'indemnités de matchs n'est pas indemnisable. Enfin, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait subi une perte financière tirée de la non-réception des indemnités kilométriques, celles-ci ayant pour seul objet d'indemniser des frais de déplacements et ne pouvant être ainsi considérées comme un élément de rémunération.

6. En troisième lieu, M. B fait valoir qu'il aurait subi, sans les distinguer, un préjudice moral et un préjudice tiré des troubles dans les conditions de l'existence. Il est toutefois constant que le requérant a pu continuer à pratiquer l'arbitrage du Futsal en ligue régionale Rhône-Alpes, au sein de laquelle il peut percevoir des indemnités à ce titre. En outre, s'il soutient qu'il ne pouvait plus être promu en catégorie fédérale Futsal 2 dès lors qu'un âge limite de 31 ans a été fixé pour y candidater, il n'en justifie pas alors même qu'il résulte de l'article 23 du règlement intérieur de la commission fédérale des arbitres pour la saison 2022-2023, seul document produit en demande, que l'âge limite est fixé à 32 ans au 1er janvier de l'année du dépôt du dossier. M. B, né le 21 janvier 1985 et qui aurait eu moins de 32 ans au 1er janvier 2017, aurait donc pu de nouveau solliciter dans ces conditions sa ligue pour qu'elle présente sa candidature à une remontée à l'issue de la saison 2016-2017. Par suite, M. B ne peut être regardé comme ayant subi des troubles dans les conditions de l'existence et il sera fait une juste appréciation de la réparation du seul préjudice moral tiré de la perte de l'opportunité d'arbitrer à un niveau supérieur pour la saison 2016-2017 en la fixant à 2 000 euros, somme qui sera mise à la charge de la FFF.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la FFF, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la FFF tendant à ce qu'une somme de 4 000 euros lui soit versée à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La Fédération française de football versera à M. B la somme de 2 000 euros.

Article 2 : La Fédération française de football versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la Fédération française de football.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

B. Lautard-Mattioli

La présidente,

K. WeidenfeldLe greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des jeux Olympiques et Paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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