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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208206

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208206

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208206
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantFALALA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 avril 2022 et 25 septembre 2024, M. A, représenté par Me Joliff, demande au tribunal :

1°) de condamner le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) à lui verser une somme de 33 119,28 euros au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi qui lui est due pour la durée résiduelle de ses droits de quinze mois à compter du 30 juillet 2021, de laquelle doivent être déduits les revenus perçus pendant cette période, assortie des intérêts au taux légal à compter du 9 décembre 2021 et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision par laquelle le GHU a refusé de reprendre le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à laquelle il avait droit au titre de la période comprise entre le 30 juillet 2021 et jusqu'à l'expiration de ses droits est illégale et constitue une faute de nature à engager la responsabilité du GHU ;

- il sera fait une juste appréciation de son préjudice financier en l'indemnisant à hauteur de 33 119,28 euros.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 15 avril 2024, le directeur général du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant une somme de 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête, tardive, est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont en tout état de cause pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n°2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- les conclusions de M. Coz, rapporteur public,

- et les observations de Me Holchaker, représentant M. A, et de Me Gorse, représentant le groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.

Considérant ce qui suit :

1. M A, psychiatre, a été employé au sein du groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences (GHU) en tant que praticien contractuel entre le 2 novembre 2017 et le 31 décembre 2017, en tant qu'assistant-spécialiste entre le 1er janvier 2018 et le 31 décembre 2019, et en dernier lieu en tant que praticien contractuel du 1er janvier 2020 au 30 avril 2020, contrat prolongé jusqu'au 7 juillet 2020. Par une décision du 28 octobre 2020, le GHU lui a accordé le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 8 juillet 2020 pour une durée de 730 jours, avec une allocation journalière d'un montant de 72,63 euros. Le versement de cette allocation a été suspendu entre le 29 mars et le 29 juillet 2021 alors que le requérant exerçait un emploi en contrat à durée déterminée auprès de Médecins sans Frontière. Le 23 septembre 2021, il a sollicité auprès du GHU la réouverture de ses droits à l'assurance chômage et le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi correspondante à compter du 30 juillet 2021. Le 28 septembre 2021, le GHU a refusé de procéder au versement de cette allocation au motif que le requérant ne saurait être regardé comme involontairement privé d'emploi dès lors que des postes étaient vacants au sein du GHU et lui avaient été proposés par un courrier du 27 septembre 2021. Le 7 décembre 2021, le requérant a introduit un recours administratif préalable auprès du GHU. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de constater son droit au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le GHU :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. Lorsque dans le délai initial du recours contentieux ouvert à l'encontre de la décision, sont exercés contre cette décision un recours gracieux et un recours hiérarchique, le délai du recours contentieux, prorogé par l'exercice de ces recours administratifs, ne recommence à courir à l'égard de la décision initiale que lorsqu'ils ont été l'un et l'autre rejetés. "

3. Il est constant que le GHU a refusé au requérant la reprise du versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi par une décision du 28 septembre 2021, à la suite de laquelle le requérant a sollicité la mise en place d'une médiation puis adressé au directeur général du GHU un recours gracieux par un courrier du 7 décembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Si le GHU soutient que ce recours, adressé plus de deux mois après la décision du 28 septembre 2021, était tardif, il résulte de l'instruction que cette décision, consistant en un courriel, ne porte pas la mention des voies et délais de recours dont disposait le requérant, qui ne lui sont par suite pas opposables.

4. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir soulevée par le GHU doit être écartée.

Sur le versement de l'aide de retour à l'emploi :

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer. Il en va notamment ainsi en ce qui concerne les agents publics privés d'emploi.

6. D'une part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires () ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance. Ceux-ci peuvent, par convention conclue avec l'opérateur France Travail, pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1, lui confier cette gestion. " Aux termes de l'article 2 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont considérés comme ayant été involontairement privés d'emploi : () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé dont le contrat est arrivé à son terme et n'est pas renouvelé à l'initiative de l'employeur ".

7. Lorsqu'une personne, après avoir été employée par contrat à durée déterminée par un employeur public qui n'est pas affilié au régime d'assurance, a travaillé pour un employeur qui y est affilié, dans le cadre d'un contrat à durée déterminée venu à échéance, cet employeur public est redevable du versement de l'aide au retour à l'emploi lorsqu'il a employé l'intéressé sur une plus longue période. L'employeur public ne peut soutenir que, dans une telle situation, l'intéressé ne peut être regardé comme n'ayant pas été involontairement privé d'emploi au motif qu'il aurait refusé son offre d'un nouvel emploi en contrepartie du non versement de l'aide au retour à l'emploi.

8. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de convention entre l'opérateur France Travail et le GHU, ce dernier était responsable de la charge et de la gestion de l'allocation d'assurance concernant M. A, sans pouvoir se prévaloir de la circonstance, à la supposer établie, qu'il aurait refusé de postuler aux postes sélectionnés par le GHU.

9. D'autre part, aux termes de l'article 30 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage de l'Unédic : " Le salarié privé d'emploi qui remplit les conditions fixées au Titre I peut cumuler les rémunérations issues d'une ou plusieurs activité(s) professionnelle(s) salariée(s) ou non et l'allocation d'aide au retour à l'emploi. / Les activités prises en compte sont celles exercées en France ou à l'étranger, déclarées lors de l'actualisation mensuelle et justifiées dans les conditions définies par un accord d'application. / Le cumul de l'allocation d'aide au retour à l'emploi avec les rémunérations procurées par une activité professionnelle non salariée est déterminé selon des modalités définies par un accord d'application. " Aux termes de l'article 31 du même règlement : " Les rémunérations issues de l'activité professionnelle réduite ou occasionnelle reprise sont cumulables, pour un mois civil donné, avec une partie des allocations journalières au cours du même mois, dans la limite du salaire brut antérieurement perçu par l'allocataire, selon les modalités ci-dessous. "

10. Dès lors que le cumul des allocations d'aide au retour à l'emploi et des revenus tirés d'une activité, y compris non salarié, est prévu par les textes, il incombait au GHU, dans le cadre du régime de l'auto-assurance, de s'assurer que M. A remplissait les conditions ouvrant droit au bénéfice de l'allocation d'assurance et, le cas échéant, de prendre en compte l'exercice par l'intéressé, durant la période d'ouverture des droits, d'une activité non salariée, sans que l'exercice de cette activité libérale fasse par principe obstacle au versement de l'ARE.

11. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il incombait au GHU de reprendre le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, à compter du 30 juillet 2021, et jusqu'à l'épuisement des droits du requérant ou, le cas échéant, à la date à laquelle il aurait demandé à ne plus être inscrit auprès de France Travail.

12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au GHU de procéder au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à laquelle avait droit le requérant, pour une période comprise entre le 30 juillet 2021 et l'épuisement de ses droits ou la date à laquelle il a demandé à être rayé de la liste des demandeurs d'emploi, pour un montant qu'il revient au GHU de calculer en prenant en compte, le cas échéant, les revenus issus de l'activité libérale du requérant.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu de mettre à la charge du GHU une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le GHU demande au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : Il est enjoint au GHU de procéder, dans un délai de deux mois, au versement des allocations d'aide au retour à l'emploi dues à M. A, dans les conditions énoncées au point 12 du présent jugement.

Article 2 : Le GHU versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions du GHU présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au groupe hospitalier universitaire Paris psychiatrie et neurosciences.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Errera, premier conseiller,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

La rapporteure,

G. ABDATLe président,

J. SORINLa greffière,

D.-E. JEANG

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208206/2-

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