mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208334 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LAMBALLAIS & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 avril 2022 et le 23 août 2022, M. A B représenté par Me Jarre du Cabinet Lamballais et associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a réformé son compte de campagne présenté pour l'élection départementale général des 20 juin 2021 et 27 juin 2021 pour le canton d'Istres dans le département des Bouches-du-Rhône, en tant qu'elle fixe la part remboursable des dépenses électorales engagées à la somme de 19 814 euros au lieu de 25 934 euros, soit une réduction de 6 120 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient qu'il est en droit d'obtenir le remboursement du surcoût des dépenses de fabrication et de livraison des bulletins de vote, professions de foi et affiches dont la finalité est l'obtention des suffrages des électeurs, ce surcoût de dépenses étant justifié tant par la situation sanitaire que par des délais d'action très courts, et étant distinct des dépenses de la campagne officielle directement prises en charge par l'Etat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 24 août 2023, la clôture de l'instruction a été reportée au 7 septembre 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code électoral ;
- l'arrêté du 7 mai 2021 fixant les tarifs maxima de remboursement des frais d'impression et d'affichage des documents électoraux pour l'élection des conseillers départementaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino ;
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B candidat à l'élection départementale générale des 20 juin 2021 et 27 juin 2021 pour le canton d'Istres dans le département des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler la décision du 14 février 2022 par laquelle la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a réformé son compte de campagne présenté pour cette élection, en tant qu'elle fixe la part remboursable des dépenses électorales engagées à la somme de 19 814 euros au lieu de 25 934 euros, soit une réduction de 6 120 euros.
2. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 167 du code électoral, relatif à l'élection des conseillers départementaux : " () il est remboursé aux candidats ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés le coût du papier, l'impression des bulletins de vote, affiches, circulaires ainsi que les frais d'affichage ". Aux termes de l'article R. 39 de ce code : " Lorsqu'il est prévu par la loi, le remboursement par l'Etat des frais d'impression ou de reproduction et d'affichage exposés avant chaque tour de scrutin par les candidats, les binômes de candidats ou les listes est effectué, sur présentation des pièces justificatives, pour les imprimés suivants : / a) Deux affiches identiques d'un format maximal de 594 mm × 841 mm, par emplacement prévu à l'article L. 51 ; / b) Deux affiches d'un format maximal de 297 mm × 420 mm pour annoncer la tenue des réunions électorales, par emplacement prévu à l'article L. 51 () Toutefois, la somme remboursée ne peut excéder celle résultant de l'application, au nombre des imprimés admis à remboursement, des tarifs d'impression et d'affichage fixés par arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre chargé de l'économie. Les tarifs sont établis par référence à des documents imprimés sur papier blanc et conformes au grammage et au format fixés par les articles R. 29 et R. 30. Ils peuvent varier en fonction des quantités imprimées et du tour de scrutin ".
3. Les " frais d'impression et de reproduction ou d'affichage " mentionnés par les dispositions précitées de l'article R. 39 du code électoral, qui donnent lieu à remboursement par l'Etat, sous réserve que la liste concernée ait obtenu au moins 5% des suffrages exprimés, dans la limite du plafond que ces dispositions prévoient, incluent nécessairement les dépenses engagées par une liste pour le conditionnement des affiches, leur transport et leur livraison.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 52-4 du code électoral : " [Le mandataire] règle les dépenses engagées en vue de l'élection et antérieures à la date du tour de scrutin où elle a été acquise, à l'exception des dépenses prises en charge par un parti ou groupement politique ". Aux termes de l'article L. 52-11 du même code : " Pour les élections auxquelles l'article L. 52-4 est applicable, il est institué un plafond des dépenses électorales, autres que les dépenses de propagande directement prises en charge par l'Etat, exposées par chaque candidat ou chaque liste de candidats, ou pour leur compte, au cours de la période mentionnée au même article () ". Aux termes de l'article L. 52-11-1 de ce code : " Les dépenses électorales des candidats aux élections auxquelles l'article L. 52-4 est applicable font l'objet d'un remboursement forfaitaire de la part de l'Etat égal à 47,5 % de leur plafond de dépenses. Ce remboursement ne peut excéder le montant des dépenses réglées sur l'apport personnel des candidats et retracées dans leur compte de campagne ". Aux termes, enfin, de l'article L. 52-12 de ce code : " Le compte de campagne retrace, selon leur origine, l'ensemble des recettes perçues et, selon leur nature, l'ensemble des dépenses engagées ou effectuées en vue de l'élection par le candidat ou le candidat tête de liste ou pour son compte, à l'exclusion des dépenses de la campagne officielle ".
5. Il résulte de ces dispositions que les dépenses de la campagne officielle constituent des dépenses engagées en vue de l'élection au sens de l'article L. 52-4 du code électoral et doivent, à ce titre, être réglées par le mandataire financier. Il en résulte également que celles de ces dépenses qui, par dérogation, ne doivent pas figurer dans le compte de campagne et ne peuvent faire l'objet du remboursement forfaitaire des dépenses électorales prévu à l'article L. 52-11-1 du code électoral, s'entendent des seules dépenses de cette nature ouvrant droit au remboursement prévu, de manière distincte, par les dispositions citées au point 2, relatives à la campagne officielle.
6. Par suite, les dépenses d'impression ou de reproduction et d'affichage qui ne peuvent donner lieu à remboursement au titre des articles L. 167 et R. 39 du code électoral parce qu'elles excèdent le plafond fixé en application de ces dispositions doivent être retracées dans le compte de campagne des candidats et peuvent faire l'objet du remboursement prévu à l'article L. 52-11-1 du code électoral. Il suit de là qu'en refusant de rembourser au titre des dépenses électorales la part de ces dépenses de campagne, engagées par M. B, excédant celle remboursée par l'Etat au motif que seuls peuvent être imputés les frais d'impression correspondant à des suppléments quantitatifs, la commission a commis une erreur de droit. M. B est dès lors fondé à soutenir que l'excédent de 6 120 euros correspondant à ces dépenses de campagne doit être pris en compte pour le calcul du montant maximum de ses dépenses électorales remboursables.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction en particulier des mentions mêmes de la décision de la commission que le plafond des dépenses prévu à l'article L. 52-11 du code électoral est fixé à 47 076 euros pour le canton d'Istres et que, par conséquent, la fraction remboursable, qui est égale à 47,5% de ce plafond en application de l'article L. 52-11-1 s'élève à 22 362 euros. Il résulte également de l'instruction que le compte de campagne de M. B faisait apparaître un montant de dépenses déclarées de 25 934 euros et un montant de recettes déclarées de 26 533 euros, dont 22 333 euros d'apport personnel. Par suite, dès lors qu'il résulte de l'article L. 52-11-1 du code électoral que le remboursement des dépenses électorales ne peut excéder le montant des dépenses réglées sur l'apport personnel des candidats et retracé dans leur compte de campagne, la part des dépenses exposées pour la campagne officielle de M. B qui excède le montant maximum de remboursement par l'Etat fixé par l'article R. 39 du code électoral et ses arrêtés d'application, doit être remboursée jusqu'à concurrence de la somme globale de 22 333 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander, dans cette mesure, l'annulation de la décision de la commission nationale des comptes de campagne et le remboursement des frais d'impression ou de reproduction et d'affichage exposées pour sa campagne officielle.
9. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La décision du 14 février 2022 par laquelle la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques a réformé le compte de campagne présenté par
M. B pour l'élection départementale général des 20 juin 2021 et 27 juin 2021 pour le canton d'Istres dans le département des Bouches-du-Rhône, en tant qu'elle fixe la part remboursable des dépenses électorales engagées à la somme de 19 814 euros au lieu de 25 934 euros, soit une réduction de 6 120 euros est annulée.
Article 2 : La part des dépenses d'impression ou de reproduction et d'affichage exposées pour la campagne officielle de M. B et qui excède le montant maximum de remboursement par l'Etat fixé par l'article R. 39 du code électoral et ses arrêtés d'application, doit être remboursée jusqu'à concurrence de la somme globale de 22 333 euros correspondant au montant de son apport personnel.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président ;
- Mme Merino, première conseillère ;
- et Mme Renvoise, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026