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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208453

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208453

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208453
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET REINHART, MARVILLE, TORRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, la société High Technology Consulting Ltd, représentée par le cabinet King et Spalding International LLP, demande au tribunal :

1°) de prononcer, à titre principal, la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;

2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, à hauteur d'un montant de 396 634 euros en droits, 39 663 euros en majorations et 41 374 euros en intérêts de retard, correspondant à des opérations ayant déjà fait l'objet d'une collecte de taxe sur la valeur ajoutée ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le chef de rectification retenu par le service, relatif à l'existence d'un établissement stable en France, a été insuffisamment motivé dans la proposition de rectification dont elle a été destinataire ; la jurisprudence citée par le service quant à la motivation des chefs de rectification est inopérante dès lors qu'elle traite du bienfondé de l'imposition et non du caractère suffisant de la proposition de rectification, qui est l'objet de son moyen ;

- dès lors qu'à la suite des opérations de contrôle diligentées, elle a émis des factures rectificatives auprès des clients n'ayant pas été en mesure de justifier qu'ils avaient auto-liquidé la taxe sur la valeur ajoutée à raison des prestations rendues, et a reversé au Trésor la taxe sur la valeur ajoutée correspondante, il y a lieu de prononcer la décharge des rappels prononcés à hauteur de cette double imposition ;

- la demande qui précède est alternative à la demande déposée à son centre des impôts tendant à une restitution de taxe sur la valeur ajoutée, sous la forme de quatre réclamations en date du 23 décembre 2020, n'ayant pas donné lieu à réponse de l'administration fiscale ;

- cette demande est conforme à la jurisprudence européenne, dès lors que le principe de neutralité s'oppose à une situation de double imposition, à plus forte raison lorsque le contribuable est de bonne foi ;

- quand bien même elle serait le redevable légal des rappels réclamés, dès lors que les prestations et paiements sur lesquels sont assis ces rappels, ont déjà, pour partie, donné lieu à versement de taxe sur la valeur ajoutée de la part de ses clients, par voie d'autoliquidation, et que ceux-ci sont forclos à contester cette taxe sur la valeur ajoutée spontanément acquittée, il y a lieu de prononcer la décharge des rappels réclamés à hauteur du montant de taxe sur la valeur ajoutée déjà collecté, conformément à la jurisprudence européenne et au principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société High Technology Consulting Ltd ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société High Technology Consulting Ltd, qui exerce une activité de conseil en systèmes et logiciels informatiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. A l'issue de ce contrôle, le service a fait connaître à la société, par une proposition de rectification en date du 2 août 2018, son intention, notamment, de lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, à raison du caractère taxable en France des prestations réalisées par la société en France en application des dispositions de l'article 259 du code général des impôts. Ces impositions ont été mises à la charge de la société High Technology Consulting Ltd par avis de mise en recouvrement en date du 31 décembre 2018 et ont fait l'objet de trois réclamations successives, ayant donné lieu, pour la première d'entre elle, à acceptation partielle. La réclamation présentée par la société en date du 13 août 2021 ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 8 février 2022, la société High Technology Consulting Ltd demande, par la requête susvisée, la décharge, à titre principal, et la réduction, à titre subsidiaire, des impositions ainsi maintenues à sa charge.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une notification de redressement doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile.

3. La proposition de rectification en date du 2 août 2018 mentionne qu'eu égard aux renseignements réunis à l'occasion de la procédure de visite et de saisie diligentée par le service en application de l'article L. 16 B du livre des procédures fiscales, d'une part, et au cours de la vérification de comptabilité d'autre part, il y a lieu de considérer que la société High Technology Consulting Ltd, société de droit britannique, n'avait pas, au cours de la période vérifiée, d'activité réelle au Royaume-Uni mais exerçait une activité en France, pays depuis lequel elle était alors également dirigée. Le service en déduit que le siège de l'activité économique de la société était en France et que, sur le fondement de l'article 259 du code général des impôts, les prestations réalisées par celle-ci y étaient taxables. Relevant que le chiffre d'affaires qui aurait dû être soumis à la taxe sur la valeur ajoutée au titre des exercices clos en 2015 et 2016 a été reconstitué sur le fondement des documents obtenus lors des procédures de contrôle ainsi que de visite et de saisie, le service en conclut que des montants de rappels de 242 853 euros, d'une part, et de 265 060 euros, d'autre part, doivent être réclamés à la société. Dès lors qu'une telle motivation est conforme aux exigences de l'article L. 57 précité du livre des procédures fiscales, et alors que la société High Technology Consulting Ltd ne saurait utilement se prévaloir des mentions de la doctrine administrative pour contester la régularité de la procédure d'imposition, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée auto-liquidée par les clients de la société :

4. D'une part, aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France auquel les services sont fournis ; / b) Ou un établissement stable auquel les services sont fournis ; / c) Ou, à défaut du a ou du b, son domicile ou sa résidence habituelle () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 283 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée doit être acquittée par les personnes qui réalisent les opérations imposables, sous réserve des cas visés aux articles 274 à 277 A où le versement de la taxe peut être suspendu. / 2. Pour les opérations imposables mentionnées aux 3°, 4° bis, 5° et 6° de l'article 259 A et réalisées par un prestataire établi hors de France, ainsi que pour celles qui sont mentionnées à l'article 259 B, la taxe doit être acquittée par le preneur. Toutefois, le prestataire est solidairement tenu avec ce dernier au paiement de la taxe ".

6. La société High Technology Consulting Ltd soutient que certains de ses clients se sont acquittés, par voie d'auto-liquidation, de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur des factures qui leur avaient été adressées, et que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés ne sauraient, sauf à créer une situation de double imposition, comprendre un montant de taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux mêmes prestations.

7. Toutefois, la société High Technology Consulting Ltd, qui n'avait pas contesté, dans sa réponse à la proposition de rectification en date du 2 août 2018, le chef de rectification relatif aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés, ne conteste pas dans le cadre de la présente instance, au titre du bienfondé des impositions litigieuses, qu'elle était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à ces prestations. Dans ces conditions, le principe de neutralité ne faisait pas obstacle à ce que l'administration soumette les prestations litigieuses à la taxe sur la valeur ajoutée française sur le fondement des dispositions de l'article 259 du code général des impôts et établisse les rappels correspondants au nom de la société High Technology Consulting Ltd, laquelle en est légalement redevable en application du 1 de l'article 283 de ce code. La circonstance que certains de ses clients, s'estimant à tort redevables de cette taxe, auraient fait application du mécanisme d'autoliquidation est sans incidence sur ce point.

Sur la demande de prise en compte de la régularisation effectuée à la suite des opérations de contrôle :

8. Aux termes de l'article L. 203 du livre des procédures fiscales : " Lorsqu'un contribuable demande la décharge ou la réduction d'une imposition quelconque, l'administration peut, à tout moment de la procédure et malgré l'expiration des délais de prescription, effectuer ou demander la compensation dans la limite de l'imposition contestée, entre les dégrèvements reconnus justifiés et les insuffisances ou omissions de toute nature constatées dans l'assiette ou le calcul de l'imposition au cours de l'instruction de la demande ". L'article L. 204 du même code dispose que : " La compensation peut aussi être effectuée ou demandée entre les impôts suivants, lorsque la réclamation porte sur l'un d'eux : / 1° A condition qu'ils soient établis au titre d'une même année, entre l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les sociétés, la contribution prévue à l'article 234 nonies du code général des impôts, la taxe sur les salaires, la taxe d'apprentissage, la cotisation perçue au titre de la participation des employeurs à l'effort de construction ". Aux termes de l'article L. 205 du même code : " Les compensations de droits prévues aux articles L. 203 et L. 204 sont opérées dans les mêmes conditions au profit du contribuable à l'encontre duquel l'administration effectue une rectification lorsque ce contribuable invoque une surtaxe commise à son préjudice ou lorsque la rectification fait apparaître une double imposition. "

9. La société High Technology Consulting Ltd soutient qu'à la suite des opérations de contrôle, elle a émis des factures rectificatives auprès des clients n'ayant pas été en mesure de lui prouver qu'ils avaient procédé à l'auto-liquidation de la taxe sur la valeur ajoutée collectée sur les factures qui leur avaient été adressées et dont elle a été considérée redevable par le service. Sans contester les motifs de la rectification à laquelle a procédé le service, elle sollicite la décharge des rappels qui lui ont été réclamés à la suite de la procédure d'imposition dont elle a fait l'objet, à hauteur de la taxe sur la valeur ajoutée collectée à raison de ces factures rectificatives et par la suite acquittée. La société requérante précise que cette demande est alternative aux demandes de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a effectuées, à raison des mêmes factures, par quatre demandes en date du 23 décembre 2020. Dans ces conditions, la société High Technology Consulting Ltd doit être regardée comme sollicitant, par voie de compensation, l'imputation sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle s'estime titulaire au titre des factures rectificatives établies à la suite des opérations de contrôle.

10. Toutefois, dès lors qu'une demande de compensation en matière de taxe sur la valeur ajoutée doit s'exercer pour la période litigieuse, soit en l'espèce au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, la demande de compensation présentée par la société requérante avec des droits relevant d'un autre exercice n'entre pas dans le champ des demandes de compensation susceptibles d'être accueillies au titre des dispositions citées au point 8. Au demeurant, le service fait valoir que les demandes qui lui ont été adressées par la société en date du 23 décembre 2020 sont en cours d'instruction.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées à fin de décharge et de réduction par la société High Technology Consulting Ltd doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le montant demandé par la société High Technology Consulting Ltd au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société High Technology Consulting Ltd est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société High Technology Consulting Ltd et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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