vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208463 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | KERAVEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Kéravec, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale contradictoire afin d'évaluer la perte de chance ainsi que la nature et l'étendue des préjudices qu'elle a subis en lien avec le défaut d'information fautif de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 50 000 euros en réparation des préjudices subis et d'assortir cette somme des intérêts aux taux légaux à compter du 28 octobre 2019 ;
3°) de condamner l'Etat à verser la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L 761-1 du Code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Elle soutient que :
- la requête est recevable dès lors qu'elle a initialement déposé sa demande d'aide juridictionnelle devant le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris dans le délai de recours contentieux ;
- l'AP-HP ne lui a fourni aucune information quant aux risques attachés à la néphrectomie dont elle a bénéficié, en méconnaissance des articles L 1111-4 et R 4127-35 du code de la santé publique et elle n'a dès lors pu donner son consentement éclairé à la réalisation de l'intervention chirurgicale du 26 novembre 2011 ;
- Elle a subi des dommages corporels et psychologiques à la suite de cette intervention, auquel elle n'a pu se préparer ;
- la mesure d'expertise demandée est utile dès lors qu'elle permettra d'évaluer la perte de chance ainsi que la nature et l'étendue des préjudices subis et leurs liens de causalité avec les fautes commises par l'AP-HP ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à solliciter une indemnisation de 50 000 euros en réparation des préjudices moraux et patrimoniaux qu'elle a subis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de paris conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la demande d'aide juridictionnelle a été déposée par Mme B après l'expiration du délai de recours ;
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute susceptible d'engager sa responsabilité et, en tout état de cause, les préjudices allégués ne sont pas établis.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris qui n'a pas produit d'observations.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny en date du 13 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lautard-Mattioli,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique,
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, née le 20 mars 1972, a été opérée le 26 décembre 2011 à l'hôpital Tenon, établissement dépendant de l'AP-HP, pour réaliser une néphrectomie partielle gauche visant l'exérèse d'un angiomyolipome épithélioïde de 5,5 centimètres de grand axe. A la suite de cette intervention, elle s'est plainte de douleurs dans la zone rénale puis s'est vu diagnostiquer le 20 octobre 2015 une marsupialisation du rein gauche avec cavités gauches fonctionnelles mais incorporées dans la paroi latérale de l'abdomen. Une imagerie réalisée le 20 avril 2019 a mis en évidence un rein droit en hypertrophie compensatrice, ainsi qu'un rein gauche atrophique et dévié avec adhérences à la paroi gauche, présentant en outre de multiples calculs non obstructifs et l'intéressée s'est vu prescrire un suivi annuel. Estimant que l'AP-HP avait méconnu son obligation d'information en négligeant de l'avertir de ces risques consécutifs à l'intervention chirurgicale sur son rein gauche réalisée en 2011, elle a adressé le 28 octobre 2019 une demande préalable à l'établissement, rejetée par une décision expresse du 19 janvier 2021, reçue le 21 janvier suivant. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal, à titre principal, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale contradictoire et, à titre subsidiaire, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme totale de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ".Par ailleurs, aux termes de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991 pris pour l'application la loi du 10 juillet 1991 : " Lorsqu'une action en justice doit être intentée avant l'expiration d'un délai devant la juridiction du premier degré, () l'action est réputée avoir été intentée dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice est introduite dans un nouveau délai de même durée à compter : / a) De la notification de la décision d'admission provisoire ; / b) De la notification de la décision constatant la caducité de la demande ; / c) De la date à laquelle la décision d'admission ou de rejet de la demande est devenue définitive ; / d) Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. "
3. En l'espèce, la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable formée par Mme B lui a été notifiée le 21 janvier 2021. Mme B disposait d'un délai de deux mois pour contester cette décision, qui expirait le 22 mars suivant. Il résulte de l'instruction que cette dernière a déposé une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 22 mars 2021 par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, lequel s'est déclaré incompétent et a transmis la demande au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny. Par suite, la demande d'aide juridictionnelle a été adressée au bureau d'aide juridictionnelle dans le délai de recours contentieux et la fin de non-recevoir soulevée par l'AP-HP sur ce fondement ne peut qu'être rejetée.
Sur la responsabilité pour le défaut d'information :
4. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser ".
5. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
6. Mme B soutient n'a pas été informée des risques consécutifs à la chirurgie d'exérèse de l'angiomyolipime qu'elle a subie le 26 décembre 2011. Il résulte de l'instruction, et notamment des documents versés par l'intéressée et par l'AP-HP, que la victime a été, préalablement au geste opératoire, uniquement informée lors de la consultation du 7 octobre 2011 que la tumorectomie serait particulièrement difficile sans que la circonstance que le compte-rendu de l'intervention mentionne que " la patiente a été prévenue du risque de néphrectomie " permette à elle seule de considérer que l'AP-HP a rempli son obligation d'information. Toutefois, Mme B produit elle-même un certificat médical daté du 12 octobre 2011 indiquant qu'elle nécessite des soins en urgence et que l'abstention entrainerait des conséquences d'une gravité exceptionnelle et ne soutient pas que l'indication opératoire était erronée. Dans ces conditions, à supposer que les risques de survenue de complications aient été correctement portés à sa connaissance, il résulte de l'instruction que Mme B aurait néanmoins consenti à l'opération. Il en résulte que cette faute n'a pas privé la victime d'une chance de se soustraire au dommage. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise judiciaire, laquelle n'aurait pas de caractère utile, Mme B est uniquement fondée à demander à ce que l'AP-HP répare son préjudice moral d'impréparation. Il en sera fait une juste appréciation en le fixant à une somme de 2 500 euros qui sera mise à la charge de l'AP-HP.
7.
Sur les intérêts :
8. Il y a lieu de faire droit aux conclusions de Mme B tendant à ce que la somme qui lui est allouée au point 6 du présent jugement porte intérêt au taux légal à compter du 28 octobre 2019, date à laquelle l'AP-HP indique avoir été saisie d'une réclamation préalable.
Sur les frais non compris dans les dépens :
9. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Kéravec, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'AP-HP le versement à Me Kéravec de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 2 500 euros, assortie des intérêts légaux à compter du 28 octobre 2019.
Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera la somme de 1 500 euros à Me Kéravec, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Kéravec, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
M. Rezard, premier conseiller,
M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
B. Lautard-Mattioli
La présidente,
K. WeidenfeldLe greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande d'indemnisation du fils d'un tirailleur sénégalais décédé lors du massacre de Thiaroye en 1944. Le tribunal a jugé que l'action en responsabilité était prescrite, le délai de cinq ans prévu par la loi du 31 décembre 1945 étant écoulé depuis la connaissance du décès. La juridiction a ainsi fait primer les règles de prescription sur la reconnaissance historique des faits par les autorités françaises.
27/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2401235
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... D... visant à annuler la décision du conseil départemental de l'ordre des médecins de Paris refusant de poursuivre disciplinairement un médecin. Le tribunal a jugé que la décision ordinale, relevant d'un large pouvoir d'appréciation sur l'opportunité d'engager des poursuites, n'était pas une décision administrative individuelle défavorable à l'égard de la plaignante et n'avait donc pas à être motivée. Les moyens tirés du défaut de motivation et des vices de procédure ont été écartés.
20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2600963
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20/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2527029
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20/03/2026