LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208476

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208476

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208476
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 3e Chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX JRF AVOCATS (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 avril 2022 et le 16 mai 2023, Mme C B, représentée la SELARL Callon Avocat et Conseil, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme totale de 26 899,26 euros au titre de la réparation de ses préjudices, assortie des intérêts au taux légal, et de la capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'AP-HP a commis une faute dès lors qu'elle a été victime, les 14 et 22 octobre 2022, d'un défaut de prise en charge, à la suite de l'injection de gentalline, ayant occasionné un déficit vestibulaire unilatéral droit, qui a aggravé son état antérieur caractérisé par une maladie de Ménière ;

- la responsabilité de l'AP-HP est également engagée à raison d'un défaut d'information ;

- les préjudices en lien avec ces fautes s'élèvent à 26 899,26 euros, soit : 639,20 euros au titre des dépenses de santé actuelles, 757,15 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels, 1776,11 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs, 634,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 2 795 euros au titre de l'assistance tierce personne à titre temporaire, 7 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 2 000 euros au titre des souffrances endurées, 800 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ; 1000 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 4 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 5 000 euros au titre du préjudice d'impréparation.

Par un mémoire, enregistré le 31 janvier 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par Me Dontot, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 13 903,37 euros au titre des prestations servies dans l'intérêt de la requérante, avec intérêts de droit à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement à celle-ci et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement ;

2°) d'ordonner la capitalisation des intérêts échus pour une année en application de l'article 1343-2 du code civil ;

3°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

4°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.

La CPAM de Paris fait valoir qu'elle est fondée à solliciter la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 13 903,37 euros au titre des prestations servies dans l'intérêt de la requérante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, l'AP-HP conclut à ce que les prétentions de Mme B soient ramenées à de plus justes proportions, au rejet des demandes formulées par la CPAM de Paris, et au rejet des plus amples demandes.

L'AP-HP soutient que :

- elle n'entend pas contester sa responsabilité quant aux manquements qui lui sont reprochés dans le cadre de la prise en charge de Mme B ;

- les sommes suivantes pourront lui être allouées en réparation de ses préjudices : 496,80 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 757,75 euros au titre de l'incidence professionnelle, 1 600 euros au titre des souffrances endurée, 800 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 800 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 2 795 euros au titre de l'assistance tierce personne à titre temporaire, 1 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 5 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- une somme, dont le montant est laissé à l'appréciation du tribunal, pourra être allouée au titre du préjudice d'impréparation ;

- les demandes formulées par la CPAM de Paris doivent être rejetées en l'absence de production d'une attestation d'imputabilité et d'un relevé de débours.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pény,

- et les conclusions de M. Cicmen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 22 avril 1980 et atteinte d'une maladie de Ménière depuis 2013, a fait l'objet d'une injection médicamenteuse intra-auriculaire dans la caisse du tympan droit, le 10 octobre 2019, dans le cadre de sa prise en charge au sein du service d'oto-rhino-laryngologie de la Pitié-Salpêtrière. Les 14 et 22 octobre 2019, une deuxième et troisième injection ont été effectuées, en utilisant un produit à base de gentalline. A la suite de ces injections, Mme B a ressenti d'intenses vertiges l'ayant conduit à consulter aux urgences de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP- HP), puis à être hospitalisée au sein du service d'oto-rhino-laryngologie (ORL) de cet hôpital entre les 25 et 29 octobre 2019.

2. Mme B a présenté, le 15 septembre 2020, une demande d'indemnisation auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Ile-de-France (CCI), qui a confié une mission d'expertise, le 19 octobre 2020, au Dr A, oto-rhino-laryngologue. Ce dernier a rendu son rapport le 10 mars 2021. Par un avis, en date du 22 avril 2021, la CCI a considéré que l'AP- HP devait être reconnue responsable des préjudices subis par Mme B.

3. Par un courrier avec accusé de réception du 18 janvier 2022, reçu le 19 janvier suivant, Mme B a adressé à l'AP-HP une demande préalable, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'AP-HP à l'indemniser de ses préjudices.

Sur la responsabilité de l'Assistance Publique - hôpitaux de Paris :

En ce qui concerne la prise en charge opératoire de Mme B :

4. Aux termes des dispositions l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. -Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

5. Il résulte suffisamment de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que Mme B a bénéficié d'une première injection de corticoïdes avant de se voir administrer à deux reprises un produit à base de gentalline, à l'effet ototoxique, dans le tympan droit, conduisant à une aggravation du déficit vestibulaire dont elle souffrait en raison de sa maladie de Ménière. Il résulte également de l'instruction qu'en ne procédant qu'à une seule injection de corticoïdes pour lui administrer un autre produit à base de gentalline, sans vérifier au préalable si l'état de santé de Mme B s'en trouvait amélioré, alors que ce traitement avait pour objectif la diminution de la fréquence des crises vertigineuses, la prise en charge opératoire n'a pas été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science et constitue. Elle constitue, dès lors, une faute de nature à engager la responsabilité de l'AP-HP, qui au demeurant en admet le principe en défense. Mme B est, par suite, fondée à demander la réparation de ses préjudices du fait du dommage qu'elle a subi à la suite des injections effectuées les 14 et 22 octobre 2019.

En ce qui concerne le défaut d'information :

6. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () / Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser ".

7. Lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité, de refus du patient d'être informé, la seule circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. Un manquement des médecins à leur obligation d'information engage la responsabilité de l'hôpital dans la mesure où il a privé le patient d'une chance de se soustraire au risque lié à l'intervention en refusant qu'elle soit pratiquée. C'est seulement dans le cas où l'intervention était impérieusement requise, en sorte que le patient ne disposait d'aucune possibilité raisonnable de refus, que l'existence d'une perte de chance peut ne pas être reconnue

8. Mme B soutient qu'elle n'a pas été informée des risques fréquents ou graves normalement prévisibles lors d'une intervention consistant en l'injection d'un produit à base de gentalline. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, que la requérante a été informée des avantages et inconvénients inhérents à une telle intervention, en particulier du fait que la gentalline était un médicament plus agressif pour l'oreille interne que les corticoïdes et qu'il était susceptible d'aggraver le déficit vestibulaire dont elle souffrait déjà en raison de sa maladie de Ménière. Mme B est dès lors fondée à demander la réparation des préjudices qu'elle a subis à raison de ce défaut d'information.

Sur les préjudices :

9. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que cette responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance pour la victime d'obtenir une amélioration ou d'éviter une aggravation de son état. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale.

10. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de Mme B était consolidé au 1er juin 2020. L'intéressée, ainsi qu'il a été dit aux points 5 et 8, a droit à la réparation de ses préjudices. Il y a donc lieu de statuer poste par poste sur ces préjudices, conformément aux dispositions précitées. Il y a également lieu de statuer sur les droits de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé à la charge de Mme B :

11. Mme B allègue avoir engagé des frais médicaux qu'elle présente comme étant en lien direct avec les injections de gentalline subies et produit, à cet effet, une prescription établie par son médecin généraliste le 2 juin 2021 ainsi que plusieurs quittances de factures de kinésithérapie. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en l'absence notamment d'indications en ce sens dans le rapport d'expertise, que l'aggravation de son état de santé aurait nécessité la réalisation de séances de kinésithérapie. Il s'ensuit que ce chef de préjudice, qui ne présente de lien direct avec les dommages en cause, doit être écarté.

S'agissant des gains professionnels passés :

12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les arrêts de travail de Mme B entre le 24 octobre 2019 et le 12 février 2020 et le 24 février et le 1er juin 2020 sont en relation directe et certaine avec l'accident médical dont elle a été victime en raison de la nécessité de poursuivre une rééducation en vue d'obtenir une compensation centrale. Il résulte notamment d'une attestation de son employeur du 28 octobre 2021, que l'intéressée a subi une perte de revenus d'un total de 42 624,79 euros sur la période considérée, soit 192 euros par jour, conduisant à une perte réelle de revenus de 2 533,26 euros, après déduction de son salaire maintenu par l'employeur et des indemnités journalières versées par la sécurité sociale. Par suite, il y a lieu de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 724 euros au titre de la perte de gains professionnels pour les deux périodes retenues par l'expert, soit deux-cents-onze jours.

13. En revanche, il résulte du rapport d'expertise que les arrêts de travail postérieurs au 1er juin 2020 relèvent d'autres causes que l'accident médical subi, en particulier de l'existence d'un état antérieur lié à la maladie de Ménière de Mme B et du retentissement anxieux lié aux phénomènes vertigineux redoutés. Si la requérante produit un certificat du 6 avril 2021 de son médecin généraliste qui indique qu'elle a connu une aggravation de ses symptômes depuis le 24 octobre 2019, nécessitant un arrêt de travail au long cours, cette production ne permet pas, à elle seule, de remettre en cause les conclusions du rapport d'expertise. Dès lors, les arrêts de travail pour la période comprise entre le 1er juin 2020 et le 31 décembre 2022 ne peuvent être considérés comme imputables à l'injection de gentalline reçue. Il s'ensuit que la demande de Mme B doit être écarté s'agissant de cette période.

S'agissant des frais d'assistance à tierce personne exposés antérieurement à la date de consolidation :

14. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une aide aurait effectivement été apportée à Mme B au cours de la période comprise entre octobre 2019 et le 1er juin 2020, alors en outre que le rapport d'expertise indique que ce chef de préjudice est " sans objet ". Il s'ensuit que ce chef de préjudice, qui ne présente pas de caractère certain, doit être écarté.

En ce qui concerne les préjudices personnels :

S'agissant du préjudice d'impréparation :

18. Indépendamment de la perte de chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.

19. Dans les circonstances particulières de l'espèce marquées par l'absence de recueil de consentement libre et éclairé de Mme B quant aux risques fréquents ou graves normalement prévisibles inhérents aux injections de gentalline qu'elle a subies, et l'importante crise vertigineuse qui s'en est suivie, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral d'impréparation de l'intéressée en le fixant à la somme de 3 000 euros, laquelle sera mise à la charge de l'AP-HP.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

15. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi, du fait des fautes imputables à l'AP-HP dans le cadre de sa prise en charge, un déficit fonctionnel de 10 % du 14 au 24 octobre 2019 puis un déficit fonctionnel temporaire total au cours de sa période d'hospitalisation du 25 au 29 octobre 2019, et un déficit fonctionnel temporaire de 10 % du 30 octobre 2019 au 30 mai 2020. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme totale de 550 euros, qui sera mise à la charge de l'AP-HP.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

16. Il résulte du rapport d'expertise, et il n'est pas contesté, que Mme B subit un taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % directement en lien avec les séquelles qu'elle conserve à la suite des injections de gentalline reçues les 14 et 22 octobre 2019. La requérante étant âgée de trente-neuf ans à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 5 000 euros, laquelle sera mise à la charge de l'AP-HP.

S'agissant des souffrances endurées :

17. Compte tenu des souffrances physiques subies par Mme B à la suite des injections de gentalline les 14 et 22 octobre 2019, évaluées à 2 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en mettant à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros destinée à le réparer.

S'agissant des préjudices esthétiques temporaire et permanent :

18. Il résulte de l'instruction qu'en raison d'une démarche instable et d'un " élargissement du polygone de sustentation ", le préjudice esthétique temporaire de Mme B imputable au défaut de prise en charge dont elle a été victime, tout comme son préjudice esthétique permanent, ont chacun été évalués par l'expert à 1 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ces chefs de préjudice en les évaluant à la somme de 1 000 euros et 1 500 euros, soit une somme globale de 2 500 euros, qui sera mise à la charge de l'AP-HP.

S'agissant du préjudice d'agrément :

19. Mme B soutient que la faute dont elle a été victime l'empêche désormais de pratiquer des activités sportives, telles que le renforcement cardio-musculaire qu'elle pratiquait auparavant, et produit, à cet effet, plusieurs attestations, notamment de la présidente d'une association sportive de Romainville (Seine-Saint-Denis) indiquant qu'elle n'a pu reprendre ses activités en club depuis octobre 2019. Ce préjudice étant suffisamment établi, il en sera fait une juste appréciation en mettant à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros destinée à le réparer.

Sur les droits de la CPAM de Paris :

20. La CPAM de Paris justifie, par la production d'un relevé définitif de ses débours émis le 25 janvier 2023, avoir pris en charge, pour le compte de Mme B, le versement de frais hospitaliers, de frais médicaux, de frais d'appareillage, de frais de transports et d'indemnités journalières entre le 22 octobre 2019 et le 1er juin 2020, pour un montant total de 13 903,37 euros. Contrairement à ce que soutient l'AP-HP en défense, ces frais sont suffisamment détaillés dans l'attestation d'imputabilité établie par le médecin-conseil de la caisse. Il y a donc lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 13 903,37 euros.

Sur les intérêts :

21. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.

22. D'une part, Mme B a droit aux intérêts au taux légal, à compter du 19 janvier 2022, date de réception de sa première demande préalable, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à compter du 19 janvier 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

23. D'autre part, la CPAM de Paris, qui a demandé le remboursement de ses débours par un mémoire enregistré au greffe du tribunal le 31 janvier 2023, a droit aux intérêts à compter de cette date, ainsi qu'à la capitalisation des intérêts à compter du 31 janvier 2024 puis à chaque échéance annuelle éventuelle à compter de cette date. Par suite, les sommes mises à la charge de l'AP-HP au titre des débours que la CPAM de Paris a engagés antérieurement au 31 janvier 2023 doivent être assorties des intérêts au taux légal à compter de cette date. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse aurait engagées des sommes entre le 31 janvier 2023 et la date du présent jugement.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. En vertu de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, le montant maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion est de 1 191 euros. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP en application de ces dispositions une somme de 1 191 euros au profit de la CPAM de Paris.

Sur les frais liés au litige :

25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 1 500 euros au bénéfice de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en revanche, de mettre à sa charge une somme au bénéfice de la CPAM de Paris au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 15 274 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 janvier 2022 et sera capitalisée à compter du 19 janvier 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 13 903,37 euros, en remboursement des dépenses engagées par Mme B. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 31 janvier 2023.

Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Delesalle, président,

- M. Pény, premier conseiller,

- M. Doan, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

A. Pény

Le président,

H. Delesalle

La greffière,

A. Cardon

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2/6-3

Décisions similaires

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525597

**Sujet principal** : La requérante, une ressortissante salvadorienne, demande l'annulation du rejet implicite de sa demande de titre de séjour et l'injonction au préfet de police de lui délivrer un titre. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (6e Section - 3e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la requête. Il estime que la requête dirigée contre un rejet implicite est irrecevable, car un refus exprès (un arrêté du 25 mars 2025) avait déjà été notifié. Le tribunal considère que les moyens au fond, invoquant notamment les articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du CESEDA, ne sont pas de nature à justifier la délivrance d'un titre. **Textes appliqués** : Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), notamment ses articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4, ainsi que le code de justice administrative.

02/04/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2524412

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant algérien, qui contestait les décisions du préfet du Val-de-Marne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour douze mois. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et fondé sur un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé, qui était entré et séjournait irrégulièrement en France. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-algérien de 1968.

19/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2414908

Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours en excès de pouvoir concernant la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris pour une infection nosocomiale survenue après une intervention chirurgicale. La juridiction a reconnu la responsabilité de l'établissement et a procédé à une évaluation des préjudices du requérant, en se fondant notamment sur une expertise médicale ordonnée par le tribunal. La décision implicite de rejet de la demande d'indemnisation est annulée, et l'AP-HP est condamnée à verser une indemnité, dont le montant est déterminé par le tribunal en application des principes de responsabilité administrative.

19/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419249

Le Tribunal administratif de Paris a rejeté comme irrecevable la requête de M. B... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. La juridiction a jugé que le recours contre la décision implicite de rejet était devenu sans objet, une décision expresse de rejet ayant été prise avant l'introduction de la requête et le recours contre cette dernière ayant fait l'objet d'un désistement. Le tribunal s'est fondé sur les règles de procédure du code de justice administrative pour constater l'irrecevabilité, sans avoir à examiner le fond du litige.

19/03/2026

← Retour aux décisions