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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208655

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208655

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208655
TypeDécision
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantAUBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 avril 2022, la société Négoce Inter Matériaux, représentée par Me Daniel Aubé, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) correspondant à la période du 7 mars 2017 au 31 décembre 2019 pour un montant s'élevant à 2'259'412 euros et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018, s'élevant à 825'314 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de taxation d'office des bases d'imposition sur le fondement de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales est irrégulière, son dirigeant ayant été empêché d'échanger avec le vérificateur en raison de ses problèmes de santé et le débat oral et contradictoire ayant dû reprendre le 22 avril 2021 sur proposition de son dirigeant et de son expert-comptable ;

- elle n'a pas obtenu communication des informations recueillies auprès des tiers ;

- s'agissant de la TVA déductible, les achats en gros réalisés correspondant à son objet social et le droit à déductibilité de la TVA ne pouvant être remis en cause pour une condition de forme, elle a facturé la TVA et respecté le mécanisme dit des paiements fractionnés ce qui est attesté par les factures en possession de l'administration ;

- s'agissant du crédit de TVA, sa qualité d'assujetti à la TVA ne peut pas, sauf fraude ou abus, lui être retirée rétroactivement quand bien même elle renoncerait finalement à réaliser l'activité économique ; elle n'a pas fourni à l'appui de ses demandes de remboursement de crédit de TVA de fausses déclarations pour en bénéficier indument ;

- s'agissant de la TVA collectée sur les livraisons intracommunautaires et les opérations non imposables, il s'agit pour la plupart de produits achetés pour l'essentiel au Portugal et acheminés directement auprès des sociétés clientes situées en Bulgarie, aucune TVA n'ayant été déduite à raison des achats correspondants en ce qui concerne une vente en exonération de TVA en l'absence de consommation en France à raison de ces ventes ;

- s'agissant du profit sur le Trésor, le rehaussement des bases de l'impôt sur les sociétés de l'année 2018 est contesté pour les mêmes motifs que les rappels de TVA ;

- s'agissant de la reconstitution de recettes, si le chiffre d'affaires reconstitué et retenu par le service correspond bien à la somme totale de 1 533 493 euros HT au titre de l'année 2018, le montant des charges engagées ne peut pas être seulement de 154 043 euros puisqu'il faut prendre en compte les achats de marchandises et toutes les dépenses notoires, notamment les frais de transport, de déplacement, de téléphone, de restaurant, d'hôtel, de loyers, notamment pour le stockage de marchandises, nécessaires à la réalisation du chiffre d'affaires, lesquels correspondent à environ 80 % du chiffre d'affaires réalisé comme il ressort habituellement des statistiques dans la profession ;

- elle conteste l'existence de revenus distribués et leurs montants ;

- les pénalités sont particulièrement sévères, l'état de santé de son dirigeant étant à l'origine de la situation rencontrée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2022, l'administratrice générale des finances publiques représentant la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 :

- le rapport de M. Medjahed, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Degand, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Négoce Inter Matériaux, qui exerce une activité de commerce de gros, de bois et de matériaux de construction, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité dont les opérations se sont déroulées en 2020 et 2021 pour la période du 7 mars 2017 au 31 décembre 2018, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 31 décembre 2019. L'administration fiscale a notifié une proposition de rectification datée du 26 mai 2021 au titre de la période de mars 2017 à décembre 2018 pour l'impôt sur les sociétés et de mars 2017 à décembre 2019 pour la taxe sur la valeur ajoutée. Par la présente requête, la société Négoce Inter Matériaux demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits, pénalités et intérêts de retard, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondant à la période du 7 mars 2017 au 31 décembre 2019, s'élevant à 2'259'412 euros, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018, s'élevant à 825'314 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. / () ".

3. Il résulte de l'instruction que M. Calmel, président et unique associé de la société Négoce Inter Matériaux, a reporté un premier rendez-vous du 28 juillet 2020 pour la vérification de sa comptabilité et n'a proposé aucune autre date de rendez-vous malgré trois demandes de l'administration fiscale des 20, 27 juillet et 2 septembre 2020. Des avis des 8 septembre et 26 octobre 2020 informaient également M. Calmel des sanctions encourues en cas d'opposition à contrôle fiscal avec un dernier rendez-vous fixé le 10 novembre 2020 au siège de la société et aucune suite n'a été donnée aux lettres ainsi adressées par l'administration. En conséquence, le 10 novembre 2020, le service a dressé un procès-verbal pour opposition à contrôle fiscal qui a été porté à la connaissance de l'intéressé par pli recommandé avec accusé de réception le 18 novembre 2020. Si M. Calmel soutient qu'il était dans l'impossibilité de répondre à l'administration fiscale en raison de son état de santé, les documents médicaux produits qui consistent en un arrêt de travail du 17 juin au 31 juillet 2021 sont postérieurs tant à la période au cours de laquelle le contrôle a été engagé qu'à la date de la proposition de rectification. Ainsi, le requérant ne justifie pas de son indisponibilité au cours de l'ensemble de la période, ni, en tout état de cause, de son impossibilité de mandater une personne pour le représenter. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales que l'administration a procédé à l'évaluation d'office des bases d'imposition de la société Négoce Inter Matériaux au titre des années 2017 à 2019.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article 57 ou de la notification prévue à l'article 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande. ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.

6. Il résulte de l'instruction que l'administration a, d'une part, transmis à la société, par cédérom, des documents qu'elle a obtenus dans le cadre de son droit de communication et, d'autre part, listé en annexe à sa réponse aux observations du contribuable du 22 juin 2021 les autres pièces qu'elle a mis à sa disposition dans ses locaux en raison de leur volume, cette mise à disposition ayant eu lieu avant la mise en recouvrement des impositions en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

7. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". La société Négoce Inter Matériaux, dont les impositions ont été régulièrement établies selon la procédure d'évaluation d'office prévue par l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, supporte la charge de la preuve de l'exagération de ses bases d'imposition.

S'agissant des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

Quant à la déduction de TVA :

8. Aux termes de l'article 167 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 (ci-après : " la directive TVA ") : " Le droit à déduction prend naissance au moment où la taxe déductible devient exigible ". L'article 168 de cette directive dispose que : " Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de ses opérations taxées, l'assujetti a le droit, dans l'État membre dans lequel il effectue ces opérations, de déduire du montant de la taxe dont il est redevable les montants suivants : a) la TVA due ou acquittée dans cet État membre pour les biens qui lui sont ou lui seront livrés et pour les services qui lui sont ou lui seront fournis par un autre assujetti ; () ". Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans son arrêt du 29 février 1996 INZO (C-110/94), que le droit à déduction peut être exercé lorsque la taxe devient exigible chez le fournisseur, dès lors que l'assujetti s'est acquitté du prix des biens ou services et détient une facture mentionnant la taxe sur la valeur ajoutée, même lorsque l'activité économique envisagée ne donne pas lieu à des opérations ouvrant droit à déduction ou lorsque l'assujetti n'a pas utilisé les biens ou services ayant donné lieu à déduction dans le cadre d'une opération taxable, comme il prévoyait de le faire, en raison de circonstances indépendantes de sa volonté et en l'absence de toute intention frauduleuse ou abusive.

9. Aux termes du 1 du I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe à la valeur ajoutée applicable à cette opération ". Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière des dispositions de l'article 1er et de l'article 168 de la directive TVA, que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit. Le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des biens et services lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti.

10. L'administration a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée sur les achats réalisés par la société Négoce Inter Matériaux au titre de la période allant de mars 2017 à décembre 2019. Si la société a engagé des dépenses d'achat de matelas, de chaises et de linge de maison, ce qui n'est démontré ni par des factures ni par aucun autre document en dehors de la production ponctuelle de deux factures d'achats et trois factures de ventes établies au cours de l'année 2020, elle ne justifie pas avoir acquitté à ce titre de la taxe sur la valeur ajoutée ce qui constitue l'une des conditions du droit à déduction dont elle se prévaut. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que l'administration a méconnu son droit à déduction.

Quant au crédit de TVA :

11. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts dans sa rédaction alors applicable : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 256 A du même code : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / () ". En outre, aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / () / 3. La déduction de la taxe ayant grevé les biens et les services est opérée par imputation sur la taxe due par le redevable au titre du mois pendant lequel le droit à déduction a pris naissance. / () ". Lorsque l'administration fiscale a admis la qualité d'assujetti à la taxe à la valeur ajoutée d'une société qui a déclaré son intention de commencer une activité économique donnant lieu à des opérations imposables, cette qualité ne peut être retirée avec effet rétroactif au motif que l'activité économique envisagée n'a pas donné lieu à des opérations imposables, sauf dans le cas de situations frauduleuses ou abusives. Il appartient à l'administration, si elle entend retirer rétroactivement la qualité d'assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, d'établir qu'il s'agissait d'une situation frauduleuse ou abusive. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que tel peut être le cas, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de son intention de procéder à une activité économique taxable.

12. Il résulte de l'instruction que la société Négoce Inter Matériaux a pour objet social le commerce de gros, de bois et de matériaux de construction pour laquelle elle est assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée et au titre de laquelle elle a bénéficié d'un crédit de taxe de 96 136 euros en 2018. Il n'est pas contesté par la société requérante qu'elle a exercé sans pouvoir en justifier des activités de vente au détail de matelas, de chaises ou de linge de maisons sur les marchés ou par démarchage à domicile et de travaux sur toitures sans lien avec son objet social et qu'elle ne dispose que d'une domiciliation postale sans aucun local ni aucun actif. Ainsi, l'administration doit être regardée comme apportant des éléments suffisants tendant à démontrer l'intention abusive de la société requérante. Par suite, l'administration fiscale pouvait remettre en cause rétroactivement le crédit de TVA dont elle a bénéficié pour l'année 2018 au titre de l'activité prévue par son objet social.

Quant aux livraisons intracommunautaires et aux opérations non imposables :

13. Aux termes du I de l'article 262 ter du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : / 1° Les livraisons de biens expédiés ou transportés sur le territoire d'un autre État membre de la Communauté européenne à destination d'un autre assujetti ou d'une personne morale non assujettie. / L'exonération ne s'applique pas lorsqu'il est démontré que le fournisseur savait ou ne pouvait ignorer que le destinataire présumé de l'expédition ou du transport n'avait pas d'activité réelle. / () ".

14. Il résulte de ces dispositions que l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée des livraisons intra-communautaires de biens est notamment subordonnée à la condition, d'une part, que l'acquéreur des biens soit assujetti à cette taxe ou ait la qualité de personne morale non assujettie et ne bénéficiant pas dans l'Etat membre dans lequel elle est établie d'un régime dérogatoire l'autorisant à ne pas soumettre à la taxe sur la valeur ajoutée ses acquisitions intra-communautaires et, d'autre part, que le bien ait été expédié ou transporté hors de France par le vendeur, par l'acquéreur ou par un tiers pour leur compte, à destination d'un autre Etat membre. S'agissant de la réalité de la livraison d'une marchandise sur le territoire d'un autre Etat membre de l'Union européenne, pour l'application des dispositions précitées de l'article 262 ter du code général des impôts, seul le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est en mesure de produire les documents afférents au transport de la marchandise, lorsqu'il l'a lui-même assuré, ou tout document de nature à justifier la livraison effective de la marchandise, lorsque le transport a été assuré par l'acquéreur.

15. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la société Négoce Inter Matériaux, le service a remis en cause l'exonération de la taxe sur la valeur ajoutée applicable en matière intracommunautaire en vertu de l'article 262 ter du code général des impôts concernant deux sociétés clientes de droit bulgare au motif que la société requérante n'avait produit aucun document probant justifiant du transfert physique des marchandises de la France vers la Bulgarie. La société requérante ne produit aucune pièce ni aucun élément de nature à établir la réalité de ces livraisons intra-communautaires. Par suite, elle n'est pas fondée à contester la remise en cause par le service de l'exonération de taxe.

S'agissant des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

Quant au profit sur le Trésor :

16. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige étant fondés, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration n'était pas en droit de constater l'existence d'un profit sur le Trésor d'un montant égal à ces rappels qu'elle a rapportés au résultat imposable de l'année 2018.

Quant aux charges déductibles :

17. En se bornant à soutenir que les charges constituées par les achats de marchandises et toutes les dépenses notoires, notamment les frais de transport, de déplacement, de téléphone, de restaurant, d'hôtel, de loyers des locaux étant utilisés pour le stockage de marchandises, nécessaires à la réalisation du chiffre d'affaires, correspondent dans son secteur d'activité à environ 80% du chiffre d'affaires réalisé, la société requérante ne justifie pas de manière suffisante, tant dans son principe que dans son montant, de charges professionnelles d'un montant supérieur à celui résultant du taux forfaitaire de déduction de 10 % appliqué par le service. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Quant aux revenus distribués :

18. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés. ".

19. En se bornant à se prévaloir de recherches en cours de justificatifs de nature à démontrer que les dépenses que le service a réintégrées dans ses bases d'imposition comme n'ayant pas été engagées dans son intérêt mais dans l'intérêt personnel de son président et unique associé doivent, en conséquence, être regardées comme constituant des revenus distribués et non des charges déductibles, la société requérante, qui n'a pas produit les justificatifs ainsi annoncés, n'assortit pas son moyen de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

S'agissant des pénalités :

20. Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : / a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat ; / () ".

21. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales en cas d'opposition du contribuable au contrôle fiscal a été mise en œuvre à bon droit à l'encontre de la société Négoce Inter Matériaux. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à contester la majoration de 100 % qui a assorti, sur le fondement des dispositions de l'article 1732 du code général des impôts, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Négoce Inter Matériaux est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Négoce Inter Matériaux et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

N. MEDJAHED

La présidente,

S. AUBERT

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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