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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208779

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208779

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208779
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET AVOCATS VIGO (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 avril 2022, le 27 septembre 2022, le 25 et le 26 novembre 2022, le 24 février 2023 et le 20 mars 2023, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 64/74 rue de la Fédération à Paris (75015), représenté par son syndic, la société Cabinet d'Immobilier Francilien, M. U H, M. T L, Mlle D G et M. O F, Mme P K, M. Z C et Mlle S V, M. Q X et Mme J AB, Mlle B N, M. AE Y et Mme AD I, M. W E, la société Advocatorum Domus, la société civile immobilière (SCI) H.H.1, la SCI Soixante-quatorze et la SCI ZS Fédération, représentés par Me Vigo, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris accordant le permis d'aménager sollicité par la République de Cuba pour la division de la parcelle DL 16 située au 12-14 rue de Presles à Paris (75015) en vue de la création deux unités foncières distinctes nommées DL 16 A et DL 16 B ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la République de Cuba une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable car ils justifient d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- le dossier de la demande de permis d'aménager était incomplet, en méconnaissance du 1° de l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme ;

- le préfet était tenu de rejeter la demande de permis d'aménager car le projet méconnaît le paragraphe 6 de l'article 1 concernant la zone bleue du plan de prévention des risques d'inondation ;

- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un permis de démolir, en méconnaissance de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme ;

- il est illégal, dans la mesure où la division des parcelles a conduit au dépôt de deux permis de construire concernant deux bâtiments constituant en réalité un ensemble immobilier unique, en méconnaissance du principe d'indivisibilité du permis de construire et en méconnaissance de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif à l'obligation de construire des logements sociaux ;

- les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatives aux

" constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif " et celles du 2 de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris sont illégales, par la voie de l'exception d'illégalité, et ne peuvent donc pas être appliquées aux permis de construire délivrés postérieurement au permis d'aménager.

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 juillet 2022, le 21 octobre 2022, le 16 décembre 2022, le préfet de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier d'un intérêt à agir ;

- les nouveaux moyens soulevés dans les mémoires n° 2 et n° 3 des requérants l'ont été plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense et sont donc irrecevables, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'elle s'en remet à l'argumentation présentée par le préfet de Paris.

Par un acte, enregistré le 28 octobre 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 64/74 rue de la Fédération à Paris (75015), représenté par son syndic, la société Cabinet d'Immobilier Francilien, déclare se désister purement et simplement de la requête.

Par des mémoires en intervention, enregistrés le 28 octobre 2022 et le 24 février 2023, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 74 rue de la Fédération à Paris (75015), représenté par son syndic, le Cabinet père et fils AA, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2022 du préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris accordant le permis d'aménager sollicité par la République de Cuba pour la division de la parcelle DL 16 située au 12-14 rue de Presles à Paris (75015) en vue de la création deux unités foncières distinctes nommées DL 16 A et DL 16 B ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat et de la République de Cuba une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le projet porte atteinte aux parties communes du sous-groupe F2 et aux intérêts des copropriétaires le composant ;

- il s'associe aux différents moyens soulevés par les requérants.

La requête a été communiquée à l'ambassadeur de la République de Cuba qui n'a pas présenté d'observations.

Par courrier du 5 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le tribunal est susceptible de fonder son jugement sur le moyen relevé d'office tiré de ce que l'autorisation attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des article R. 421-19 et R. 421-23 du code de l'urbanisme.

Par courrier du 9 avril 2024, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a répondu au moyen d'ordre public.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le décret n° 2012-290 du 29 février 2012 ;

- le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de Paris ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Joubert, avocat des requérants.

Une note en délibéré, enregistrée le 10 avril 2024, a été présentée par la Ville de Paris et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La République de Cuba est propriétaire d'un terrain cadastré DL 16 situé 12 et 14 rue de Presles à Paris (75015). Le préfet de la Région Ile-de-France, préfet de Paris a, par un arrêté du 11 février 2022, autorisé la division de cette parcelle en deux parcelles DL 16 A et DL 16 B. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur le désistement du syndicat des copropriétaires :

2. Par un acte enregistré le 28 octobre 2022, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 64/74 rue de la Fédération à Paris (75015) demande au tribunal de prendre acte de son désistement. Ce désistement est pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur l'intervention volontaire du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 74 rue de la Fédération à Paris :

3. Le syndicat des copropriétaires du 74, rue de la Fédération a intérêt à l'annulation de l'arrêté contesté. Par suite, son intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué :

4. Aux termes de l'article R. 422-2 du code de l'urbanisme : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis () d'aménager () : / a) Pour les projets réalisés pour le compte d'Etats étrangers () ; / () : Le préfet peut déléguer sa signature au responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction ou à ses subordonnés () ". En vertu de l'article 15 de l'arrêté du 29 mars 2021 portant organisation de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France le 30 mars suivant : " Les unités départementales (UD) de Paris () sont dirigées par des directeurs adjoints et placées, lorsqu'elles agissent dans le périmètre départemental, sous l'autorité fonctionnelle du préfet de département. / Chaque unité () instruit l'ensemble des autorisations d'urbanisme relevant de l'Etat ". Selon l'article 4 de l'arrêté du 8 novembre 2021 portant délégation de signature à Mme AC A, directrice régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région Ile-de-France : " Délégation de signature est () donnée à Mme AC A, ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts, directrice régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France, à l'effet de signer, au nom du préfet de Paris, tous arrêtés () relevant des attributions des autres domaines en matière d'aménagement () ".

5. Il ressort de l'article 1er de la décision du 3 décembre 2021 portant subdélégation de signature pour les matières exercées pour le compte du préfet de Paris régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour que M. R M, administrateur général, directeur régional et interdépartemental adjoint de l'environnement, de l'aménagement et des transports, directeur de l'unité départementale de Paris et signataire de l'arrêté attaqué, a notamment reçu délégation pour signer, au nom de la directrice régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France, les arrêtés relevant de l'article 4 de l'arrêté du 8 novembre 2021 cité au point précédent et pris en matière d'aménagement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'incomplétude du permis d'aménager :

6. Aux termes l'article R. 441-4 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend également : / 1° Un plan de l'état actuel du terrain à aménager et de ses abords faisant apparaître () les équipements publics qui desservent le terrain () ".

7. La circonstance qu'un dossier de demande de permis d'aménager ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

8. Il ressort des pièces du dossier que les éléments joints à la demande de permis d'aménager, qui ne comportent pas d'informations en ce qui concerne les équipements publics de distribution d'eau potable et d'électricité, permettent uniquement de s'assurer que le réseau d'eaux usées dessert la parcelle. Toutefois, cette parcelle, d'une superficie réduite, est située au cœur de la capitale, en bordure d'une voie publique ouverte à la circulation et dans la continuité du contexte urbain, comme le relève le préfet en défense. Dans ces conditions, l'incomplétude du dossier de demande de permis d'aménager n'a, dans les circonstances particulières de l'espèce, pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'absence de permis de démolir :

9. Aux termes de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : / a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; / b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement ".

10. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a seulement pour objet de diviser la parcelle DL 16 en deux parcelles DL 16 A et DL 16 B, division qui ne suppose aucune démolition, contrairement à la réalisation, postérieure à l'arrêté attaqué, des projets de construction sur le terrain d'assiette de ces nouvelles parcelles pour lesquels les pétitionnaires ont, chacun, obtenu un permis de construire valant permis de démolir, permis qui constituent des actes distincts de l'acte attaqué et qui en sont autonomes. Par ailleurs, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'absence de délivrance de permis de démolir a empêché le préfet de s'assurer du respect des règles du PPRi.

En ce qui concerne la méconnaissance la compatibilité des futures constructions avec les règles d'urbanisme :

11. Il résulte des dispositions du code de l'urbanisme que les lotissements, qui constituent des opérations d'aménagement ayant pour but l'implantation de constructions, doivent respecter les règles tendant à la maîtrise de l'occupation des sols édictées par le code de l'urbanisme ou les documents locaux d'urbanisme, même s'ils n'ont pour objet ou pour effet, à un stade où il n'existe pas encore de projet concret de construction, que de permettre le détachement d'un lot d'une unité foncière. Il appartient, en conséquence, à l'autorité compétente de refuser le permis d'aménager sollicité ou de s'opposer à la déclaration préalable notamment lorsque, compte tenu de ses caractéristiques telles qu'elles ressortent des pièces du dossier qui lui est soumis, un projet de lotissement permet l'implantation de constructions dont la compatibilité avec les règles d'urbanisme ne pourra être ultérieurement assurée lors de la délivrance des autorisations d'urbanisme requises.

S'agissant de la méconnaissance du principe de divisibilité du permis de construire :

12. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords () ".

13. Il résulte de ces dispositions que le permis de construire a pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'il autorise avec la législation et la réglementation d'urbanisme. Il s'ensuit, d'une part, que si une construction constituée de plusieurs éléments formant, en raison des liens physiques ou fonctionnels entre eux, un ensemble immobilier unique, doit en principe faire l'objet d'un seul permis de construire, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que, lorsque l'ampleur et la complexité du projet le justifient, notamment en cas d'intervention de plusieurs maîtres d'ouvrage, les éléments de la construction ayant une vocation fonctionnelle autonome puissent faire l'objet de permis distincts, sous réserve que l'autorité administrative ait vérifié, par une appréciation globale, que le respect des règles et la protection des intérêts généraux que garantirait un permis unique sont assurés par l'ensemble des permis délivrés. Il s'ensuit, d'autre part, que lorsque deux constructions sont distinctes, la seule circonstance que l'une ne pourrait fonctionner ou être exploitée sans l'autre, au regard de considérations d'ordre technique ou économique et non au regard des règles d'urbanisme, ne suffit pas à caractériser un ensemble immobilier unique.

14. Il ressort des pièces du dossier que les deux bâtiments projetés et dont le terrain d'assiette sont les parcelles DL 16 A et DL 16 B présentent des entrées propres et que la circulation, tant verticale qu'horizontale, à l'intérieur de ceux-ci, se fait de manière indépendante. Par ailleurs, l'existence de l'un de ces bâtiments n'est pas légalement conditionnée par l'existence de l'autre. Enfin, la double circonstance que ceux-ci aient fait l'objet d'une conception commune et qu'il existe un lien financier entre la construction de la parcelle DL 16 A est sans influence pour déterminer si ces biens constituent un ensemble immobilier unique au sens de ce qui a été rappelé au point précédent. Dans ces conditions, compte tenu de l'indépendance structurelle et donc physique de ces deux bâtiments et de l'absence de liens fonctionnels entre eux, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'ils forment un ensemble immobilier unique et que c'est à tort que la construction de chacun d'entre eux a conduit au dépôt d'un permis de construire distinct. Ce moyen doit donc être écarté.

S'agissant de la fraude et la méconnaissance de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris :

15. Aux termes du VIII intitulé " Définitions " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " ()Pour la détermination de la destination d'un ensemble de locaux présentant par leurs caractéristiques une unité de fonctionnement et relevant d'un même gestionnaire, il est tenu compte exclusivement de la destination principale de ces locaux, sous réserve des dispositions particulières précisées ci-après (logements de fonction, ateliers d'artistes, commerce, entrepôts, artisanat). / Habitation : / Cette destination comprend tous les logements, y compris les logements de fonction et les chambres de service. Elle exclut les logements visés dans la définition de l'hébergement hôtelier. Elle inclut les chambres d'hôtes et les logements mis à disposition occasionnellement en cas d'absence de durée limitée de leurs occupants en titre. / () / CINASPIC (constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif) et Locaux nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif : / Ces constructions et locaux recouvrent les destinations correspondant aux catégories suivantes : / les () ambassades, consulats, () ; ". En vertu de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " 1 - Dans la zone de déficit en logement social délimitée aux documents graphiques du règlement, tout projet de construction neuve, de restructuration lourde ou de changement de destination, entrant dans le champ d'application du permis de construire ou de la déclaration préalable portant sur la création de surfaces d'habitation doit prévoir d'affecter au logement locatif social* au moins 30 % de la surface de plancher relevant de la destination* Habitation, créée, transformée ou objet du changement de destination. / Ces dispositions ne sont pas applicables : / si la surface de plancher d'habitation est inférieure à 800 m² ; / (). En cas de division d'un terrain, l'obligation s'applique globalement audit terrain. / 2- Les emplacements réservés en vue de la réalisation de logements et de logements locatifs sociaux* sont indiqués aux documents graphiques du règlement sous la légende LS suivie de deux nombres fixant les obligations que doit respecter tout projet de construction neuve, de restructuration lourde ou de changement de destination (que l'opération relève du permis de construire ou de la déclaration préalable) réalisé dans l'emprise réservée : / () / Le second indique, en pourcentage, le ratio minimal de logement social que doit comporter la surface de plancher soumise à obligation de programme. / () / La surface de plancher soumise à obligation de programme est la surface de plancher du projet, calculée après exclusion : / () / b. des surfaces de CINASPIC*. () ".

16. Aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme dans sa version issue du décret n° 2012-290 du 29 février 2012 relatif aux documents d'urbanisme et pris pour l'application de l'article 51 de la loi n° 2010-874 du 27 juillet 2010 de modernisation de l'agriculture et de la pêche abrogé par le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 relatif à la partie réglementaire du livre Ier du code de l'urbanisme et à la modernisation du contenu du plan local d'urbanisme : " Le règlement peut comprendre tout ou partie des règles suivantes : / () Les règles édictées dans le présent article peuvent être différentes, dans une même zone, selon que les constructions sont destinées à l'habitation, à l'hébergement hôtelier, aux bureaux, au commerce, à l'artisanat, à l'industrie, à l'exploitation agricole ou forestière ou à la fonction d'entrepôt. En outre, des règles particulières peuvent être applicables aux constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif. / () ".

17. Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme créé par le décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 : " Les destinations de constructions sont : / () 2° Habitation ; () 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; () ". En vertu de l'article R. 151-28 du même code issu du même décret : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : / () 2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ; / () 4° Pour la destination " équipements d'intérêt collectif et services publics " : locaux et bureaux accueillant du public des administrations publiques et assimilés, locaux techniques et industriels des administrations publiques et assimilés, établissements d'enseignement, de santé et d'action sociale, salles d'art et de spectacles, équipements sportifs, autres équipements recevant du public ; () ". Selon l'article 12 du décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015 : () / VI. - Les dispositions des articles R. 123-1 à R. 123-14 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur au 31 décembre 2015 restent applicables aux plans locaux d'urbanisme dont l'élaboration, la révision, la modification ou la mise en compatibilité a été engagée avant le 1er janvier 2016. () ". Selon l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu : " La destination de construction " habitation " prévue au 2° de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme comprend les deux sous-destinations suivantes : logement, hébergement. / La sous-destination " logement " recouvre les constructions destinées au logement principal, secondaire ou occasionnel des ménages à l'exclusion des hébergements couverts par la sous-destination " hébergement ". La sous-destination " logement " recouvre notamment les maisons individuelles et les immeubles collectifs. / La sous-destination " hébergement " recouvre les constructions destinées à l'hébergement dans des résidences ou foyers avec service. Cette sous-destination recouvre notamment les maisons de retraite, les résidences universitaires, les foyers de travailleurs et les résidences autonomie ".

18. En premier lieu, il ressort de ce qui a été indiqué au point 14 que les projets de construction assis sur les terrains DL 16 A et DL 16 B ne forment pas un ensemble immobilier unique et pouvaient donc, légalement, faire l'objet de deux permis de construire distincts. Par ailleurs, il ressort expressément du 1° de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris applicable au projet en cause, dès lors qu'il est situé dans la zone de déficit en logement social, que l'obligation fixée par ce texte s'applique à l'ensemble d'un terrain, quand bien même celui-ci ait fait l'objet d'une division. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en présentant une demande de permis de construire distincte pour les parcelles DL 16 A et DL 16 B, la République de Cuba et le pétitionnaire ont entendu se soustraire de manière frauduleuse à l'obligation de construction de logements sociaux prévue au 1° de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris.

19. En deuxième lieu, et comme cela a été indiqué au point précédent, les parcelles DL 16 A et DL 16 B se situent dans la zone de déficit en logement social. Elles relèvent donc du 1 de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Dans ces conditions, les requérants ne peuvent utilement exciper de l'illégalité du 2 de l'article UG 2.2.3 du règlement précité en tant qu'il renvoie à la notion de constructions et installations nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif (CINASPIC) pour calculer la surface de plancher soumise à obligation de programme de logements sociaux, notion à laquelle il n'est, par ailleurs, pas fait référence dans le 1 de ce texte applicable au terrain d'assiette du projet. Par ailleurs et en tout état de cause, le plan local d'urbanisme de Paris, adopté en juin 2016, a fait l'objet d'une révision engagée avant le 1er janvier 2016. Aussi, conformément aux dispositions du VI de l'article 12 du décret n° 2015-1783 du 28 décembre 2015, la destination de CINASPIC prévue à l'article R.123-9 du code de l'urbanisme peut donc continuer à figurer dans le plan local d'urbanisme de Paris et ainsi s'appliquer aux constructions qui sont situées dans son périmètre. Les requérants ne sont donc pas fondés à exciper de l'illégalité du règlement du plan local d'urbanisme de Paris en tant qu'il inclut, dans sa définition des destinations des locaux, la notion de CINASPIC. Pour le même motif, ils ne sont, en tout état de cause, pas non plus fondés à exciper du 2 de l'article UG 2.2.3 de ce règlement en tant qu'il se réfère à cette notion dans le cadre du calcul du ratio minimal de logement social que doit comporter la surface de plancher soumise à obligation de programme.

20. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du document PC04a qui présente le projet d'extension de l'ambassade de Cuba sur la parcelle DL 16 A que si le rez-de-chaussée du bâtiment est destiné à accueillir le nouveau consulat de cet Etat, implanté au rez-de-chaussée, les autres niveaux du bâtiment, qui constituent l'extension de l'ambassade et sont accessibles par une entrée privée et indépendante sur la rue, accueilleront des unités d'accueil de passage pour le personnel cubain. Les requérants soutiennent que la surface de plancher de ces unités d'accueil relève de la destination " Habitation " au sens du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, si bien qu'elle doit être prise en compte dans le cadre de l'application de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris relatif à la création de surface de logement locatif social.

21. Toutefois, d'une part, c'est au regard de la définition des destinations prévues au plan local d'urbanisme de Paris qui consistent en la reprise des destinations énumérées à l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme précité qu'il convient d'apprécier la destination des bâtiments projetées. Les requérants ne peuvent donc utilement se prévaloir des dispositions des articles R. 151-27 et R. 151-28 du code de l'urbanisme, ainsi que de celles de l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2016 pour soutenir que les étages du bâtiment en cause sont destinés à l'habitation. Par ailleurs et en tout état de cause, les unités d'accueil à construire ne peuvent être regardées comme destinées au logement principal, secondaire ou occasionnel des ménages, mais seulement à l'accueil temporaire du personnel cubain de passage à Paris, dans le cadre de l'exercice de fonctions diplomatiques, notamment. Ces unités, intégrées à l'ambassade cubaine, ne constituent pas non plus une résidence ou un foyer avec service. Elles ne peuvent donc, en tout état de cause, pas être regardées comme constituant des logements ou des hébergements au sens de l'article 2 de l'arrêté du 10 novembre 2016 précité, ainsi qu'au titre des articles R. 151-27 et R. 151-28 du code de l'urbanisme.

22. D'autre part, le projet de construction assis sur la parcelle DL 16 A constitue, en ce qui concerne ses étages et comme cela a été indiqué précédemment, une extension de l'ambassade cubaine, si bien qu'elle relève de la destination de CINASPIC au sens et pour l'application du règlement du plan local d'urbanisme de Paris. Si ces étages sont organisés en unités d'accueil, celles-ci visent uniquement à recevoir temporairement le personnel cubain de passage à Paris dans le cadre de l'exercice de fonctions diplomatiques ou d'une autre nature mais exercées pour le compte de la république de Cuba et ne sont donc pas détachables de la destination générale de l'ambassade, qui constitue un CINASPIC. La circonstance que la partie du bâtiment projeté destinée à la création de ces unités d'accueil dispose d'une entrée réservée au personnel est sans incidence sur ce point. Il en va de même de la circonstance que la commission de sécurité de la préfecture de police a, dans son avis du 24 mai 2022, qualifié ces unités d'accueil d'habitation au sens de la législation du code de la construction et de l'habitation, dès lors que l'usage d'une telle destination est sans influence sur la détermination, par l'autorité administrative compétente en matière d'urbanisme, de la destination du bâtiment au regard des règles du droit de l'urbanisme. Enfin, le pétitionnaire du projet assis sur la parcelle DL 16 A n'était pas tenu de produire les plans des étages du bâtiment projeté à l'autorité administrative en charge de l'instruction du permis de construire, nonobstant la circonstance que l'avis favorable du préfet de police rendu le 24 mai 2022 était conditionné à la transmission à, ses services, des plans de niveau du projet. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les surfaces de plancher créées dans les étages du bâtiment assis sur la parcelle DL 16 A constituaient des surfaces de plancher relevant de la destination Habitation. Ainsi, sur le terrain divisé formé des parcelles DL 16 A et DL 16 B, seul le bâtiment assis sur cette dernière parcelle et dont la construction a été autorisée par l'arrêté attaqué présente des surfaces de plancher destinées à l'habitation. Celles-ci s'élevant à 798 m2, et donc à moins de 800 m2, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article UG 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris en autorisant le projet de construction alors qu'il ne prévoit pas la création de logements sociaux. Ce moyen doit donc être écarté.

S'agissant de la méconnaissance du Plan de prévention du risque d'inondation :

23. Aux termes de l'article UG. 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " a - Dans les zones de risque délimitées par le Plan de prévention du risque d'inondation (P.P.R.I.) du Département de Paris, la réalisation de constructions, installations ou ouvrages, ainsi que les travaux sur les bâtiments existants et les changements de destination sont subordonnés aux dispositions réglementaires énoncées par ledit document (Voir, dans les annexes du PLU, les plans et listes des servitudes d'utilité publique, § IV, B : servitudes relatives à la sécurité publique) ". En vertu du D du II du règlement du P.P.R.I : " Le PPRI est établi à partir des plus hautes eaux connues. Dans le cas de Paris, ces plus hautes eaux correspondent aux niveaux des eaux atteints par la crue de janvier 1910. Ces niveaux sont connus aux ponts de Paris. Ils décroissent d'environ dix centimètres par pont en raison de la pente de la ligne d'eau, soit un dénivelé dans la traversée de Paris (hors Bois de Boulogne) de 3,20 m pour 30 ponts. / Pour une application plus aisée du PPRI, il a été choisi, dans la mesure du possible de définir une cote unique de référence par parcelle, voire par îlot. Cette cote de référence, dénommée " plus hautes eaux connues " ou " PHEC " dans le règlement est déterminée à partir de la cote atteinte au premier pont amont, arrondie au dix centimètres. Cette cote est donc constante sur un casier cohérent délimité en général par les voiries. () ". Selon le C du III du règlement du P.P.R.I : " Sont exemptées des dispositions du présent chapitre les unités foncières bâties ou non bâties dont l'altitude est supérieure ou égale à la cote des PHEC et dont l'accès reste possible par une voirie publique ou privée non inondée. () L'altitude d'une unité foncière est déterminée par levé de géomètre en considérant la cote du point le plus bas de l'unité foncière, exprimée dans le référentiel IGN 69 et arrondie aux 5 centimètres supérieurs. () ".

24. Il ressort des pièces du dossier que la cote des PHEC sur la parcelle où se trouve le terrain d'assiette du projet est de 32,70 mètres NGF tandis que l'altitude de cette parcelle est comprise entre 33,44 et 33,99 NGF, étant précisé qu'aucun texte du code de l'urbanisme n'impose qu'un tel relevé soit effectué par un géomètre. Il ressort également des pièces du dossier que cette parcelle est accessible par la rue des Presles, qui présente une cote de nivellement supérieure à la cote des PHEC et qui se situe en dehors du périmètre des zones potentiellement inondées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du P.P.R.I reprises à l'article UG. 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris doit être écarté. Par ailleurs, et pour ce motif, la circonstance que le préfet a délivré le permis attaqué sans avoir connaissance du permis de démolir, contenu, en l'espèce, dans le permis de construire le bâtiment à édifier sur la parcelle DL 16 A, et n'a pu s'assurer du respect des règles du PPRi est sans aucun incidence sur la légalité de l'autorisation d'urbanisme attaqué dans la présente instance.

S'agissant de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

26. Compte tenu de ce qui a été dit au point 24 et alors qu'il n'est pas établi que l'altimétrie des parcelles sur lesquelles seront assis les projets seront amenées à diminuer et à passer en dessous de la référence des niveaux des PHEC définie par le PPRi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir, en tout état de cause, que les permis de construire les bâtiments à édifier sur ces deux parcelles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

27. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Paris et la Ville de Paris, que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 février 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de la République de Cuba, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que demande les requérants au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 64/74 rue de la Fédération à Paris (75015).

Article 2 : L'intervention du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 74 rue de la Fédération à Paris (75015) est admise.

Article 3 : La requête de M. U H, M. T L, Mlle D G et M. O F, Mme P K, M. Z C et Mlle S V, M. Q X et Mme J AB, Mlle B N, M. AE Y et Mme AD I, M. W E, la société Advocatorum Domus, la société civile immobilière (SCI) H.H.1, la SCI Soixante-quatorze et la SCI ZS Fédération est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 64/74 rue de la Fédération à Paris (75015), au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 74 rue de la Fédération à Paris (75015), à M. U H, M. T L, Mlle D G et M. O F, Mme P K, M. Z C et Mlle S V, M. Q X et Mme J AB, Mlle B N, M. AE Y et Mme AD I, M. W E, la société Advocatorum Domus, la société civile immobilière (SCI) H.H.1, la SCI Soixante-quatorze et la SCI ZS Fédération, à l'ambassadeur de la République de Cuba, au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris et à la maire de Paris.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La rapporteure,

C. VOILLEMOT

Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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