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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2208786

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2208786

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2208786
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET MOSSE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 avril 2022, et 7 et 15 mars 2023, l'EURL Byck consulting, représentée par Me Jaricot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie respectivement au titre des exercices 2014 et 2015 et pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015 ;

2°) de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle s'estime bénéficiaire au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 pour un montant de 16 308 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le service a mis en œuvre la procédure d'évaluation d'office sur le fondement de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, dès lors que l'absence de réponse aux sollicitations du service est involontaire ;

- les rehaussements prononcés par le service en matière d'impôt sur les sociétés, à l'issue de la reconstitution du résultat, présentent un caractère exagéré ;

- elle bénéficie d'un crédit de TVA d'un montant de 16 308 euros, au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, en raison du caractère déductible des dépenses dont elle produit les justificatifs à l'instance ;

- la majoration de 100% appliquée sur le fondement de l'article 1732 du code général des impôts est infondée, par voie de conséquence du caractère exagéré des rehaussements mis à sa charge à l'issue de la reconstitution du résultat.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 octobre 2022 et 3 octobre 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au non-lieu à statuer à concurrence des dégrèvements prononcés en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2023.

Vu :

- la décision de dégrèvement partiel du 13 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- et les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Byck consulting, qui exerçait une activité de conseils et distribution en systèmes informatiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices 2014 et 2015. Ayant constaté une opposition à contrôle fiscal, le service lui a notifié, par une proposition de rectification du 27 juillet 2017, des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), assortis des intérêts de retard et de la majoration de 100% prononcée en application de l'article 1732 du code général des impôts. Ces impositions supplémentaires ont été mises en recouvrement par avis de mise en recouvrement du 31 octobre 2017. Par une réclamation du 16 décembre 2020, la requérante a demandé la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires mises à sa charge. Sa réclamation ayant été rejetée par un courrier du 9 février 2022, reçu le 17 février suivant, elle réitère ses prétentions devant le tribunal de céans.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 13 octobre 2022, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires à l'impôt sur les sociétés pour l'exercice 2015 à hauteur de 654 euros, le dégrèvement de la TVA au titre de l'exercice 2014 pour un montant de 982 euros ainsi que le dégrèvement des pénalités de 100 % correspondantes, pour un montant total de 3 272 euros. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de ces sommes.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. Aux termes de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales : " Les bases d'imposition sont évaluées d'office lorsque le contrôle fiscal ne peut avoir lieu du fait du contribuable ou de tiers. / Ces dispositions s'appliquent en cas d'opposition à la mise en œuvre du contrôle dans les conditions prévues aux I et II de l'article L. 47 A. ".

4. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que l'administration a adressé à la requérante, par un courrier du 27 mars 2017, un avis de vérification à son siège, mentionnant une première intervention de la vérificatrice le 19 avril 2017 et que, le pli étant revenu au service le 18 avril suivant avec les mentions " présenté / avisé le : 29/03/2017 " et " pli avisé et non réclamé ", la vérificatrice s'est présentée le 19 avril suivant au siège de la société et y a trouvé porte close. Il n'est pas non plus contesté que le service a adressé le même jour, par courriers simples et recommandés pour chacune des adresses, au siège de l'entreprise et à l'adresse de son gérant, M. A, la copie de l'avis de vérification et un courrier de première mise en garde avant opposition à contrôle. Les courriers simples n'ayant pas été retournés, la vérificatrice s'est présentée le 10 mai suivant au siège de la société et y a trouvé porte close. En conséquence, la vérificatrice a dressé, le 22 mai 2017, un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal, qu'elle a adressé, en courriers simples et recommandés, au siège de l'entreprise et à l'adresse de son gérant. La requérante précise, en outre, dans sa requête, n'avoir pas fait suivre son courrier en l'absence de son gérant. Il s'ensuit que son inertie a rendu matériellement impossible le déroulement de la vérification malgré les diligences réitérées et vaines effectuées par la vérificatrice, de sorte que la société requérante s'est placée dans une situation d'opposition à contrôle fiscal. Si

l'EURL Byck consulting fait valoir que l'absence de réponse aux sollicitations du service relève, non pas d'une volonté d'entraver le bon déroulement du contrôle fiscal, mais d'un manque de diligence dans le suivi du courrier de son gérant, lié aux voyages très réguliers effectués par lui pour des raisons professionnelles entre la France et le Cameroun, une telle circonstance, à la supposer établie, n'est pas de nature à remettre en cause le constat d'opposition à contrôle fait par le service. Dès lors, l'administration était légalement fondée à faire usage de la procédure d'évaluation d'office des bases d'imposition prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de la charge de la preuve :

5. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent et de ce qui a été dit au point 4 que, les résultats de l'EURL Byck consulting ayant été évalués d'office, la charge de la preuve du caractère exagéré des impositions lui incombe.

S'agissant du rejet de la comptabilité et de la reconstitution du résultat :

7. D'une part, concernant le rejet de la comptabilité, la requérante fait valoir que les rehaussements prononcés par le service présentent un caractère exagéré au regard des éléments comptables qu'elle produit à l'instance, à savoir les bilans et liasses fiscales détaillées, les factures émises justifiant des recettes, les factures des fournisseurs justifiant des charges déductibles, le grand livre des comptes, et les relevés de compte bancaire au titre des deux années litiges, cette comptabilité ne souffrant, selon elle, aucune critique de la part de l'administration fiscale qui ne l'a pas écartée comme non probante ou non sincère. L'administration, sur qui pèse la charge de la preuve des irrégularités graves conduisant au rejet de la comptabilité, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, soutient en défense que les manquements constatés en matière de produits et de charges conduisent à remettre en cause la sincérité de la comptabilité, justifiant la reconstitution du résultat opérée par le service.

8. Il résulte de l'instruction que, s'agissant des produits, le service souligne des discordances entre les sommes encaissées sur le compte bancaire de la requérante, le montant total des factures clients émises par elle et les sommes comptabilisées en tant que produits dans le grand livre des comptes, discordances que ni les documents produits à l'instance par la requérante ni le tableau récapitulatif des crédits bancaires inséré dans la requête, au demeurant peu explicite, ne suffisent à justifier. En particulier, l'EURL Byck consulting fonde, dans sa requête, la différence entre son résultat imposable et le cumul des crédits de son compte bancaire sur l'existence de produits constatés d'avance, pour un montant, pour 2015, de 133 729 euros sur un total de 604 710 euros, lesquels ont pour conséquence de diminuer le résultat de la société. Toutefois, la requérante ne produit pas à l'instance d'éléments de nature à établir la réalité de ces produits constatés d'avance qui, en tout état de cause, et comme le relève à juste titre l'administration, auraient pour effet d'accroître l'écart entre les sommes encaissées sur le compte bancaire et les écritures comptables. S'agissant des charges, l'administration démontre, sans être sérieusement contredite, que les factures fournisseurs produites par la requérante en tant que pièces justificatives de sa comptabilité, qui présentent au demeurant des doublons, se rattachent dans certains cas à un autre exercice, correspondent à des transferts de fonds ou ne constituent pas des documents justificatifs et ne permettent pas de couvrir les sommes comptabilisées en comptes fournisseurs, comptes de charges ou de TVA déductible. Dès lors, l'administration est fondée à soutenir que la comptabilité de la société Byck consulting au titre des exercices en litige est irrégulière en raison de son manque de valeur probante et a, ainsi, à bon droit, procédé à la reconstitution du résultat imposable.

9. D'autre part, concernant la reconstitution du résultat, aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. / 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés (). ". Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

10. Pour procéder à la reconstitution du résultat de la société Byck consulting, le service s'est fondé sur les sommes encaissées sur le compte bancaire de la requérante, annexées à la proposition de rectification, auxquelles elle a déduit un montant forfaitaire, correspondant à un coefficient de charges de 60%, en s'appuyant, à des fins de réalisme économique, sur un panier de deux entreprises exerçant la même activité déclarée que la requérante, intervenant dans le même secteur géographique et dont le montant de chiffre d'affaires déclaré est proche de celui reconstitué de la requérante. Si celle-ci soutient que les bilans détaillés, les fichiers des écritures comptables et les factures des fournisseurs qu'elle a pu retrouver, produites à l'instance, démontrent le caractère exagéré des rehaussements prononcés, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que c'est à bon droit que le service a écarté la comptabilité de la société et s'est fondé, pour reconstituer les recettes, sur les sommes encaissées, méthode que la requérante, qui se borne à mettre en avant ses documents comptables sans en expliquer le contenu, ne conteste pas sérieusement. De la même manière, alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 8, le service a, à bon droit, écarté la comptabilité comme dépourvue de valeur probante, la requérante, à qui il incombe de justifier du montant de charges, ne démontre pas que le coefficient retenu par l'administration présenterait un caractère exagéré.

11. Il résulte de ce qui précède que la société Byck consulting n'établit pas l'exagération des impositions mises à sa charge au terme des opérations de contrôle en litige.

S'agissant des rappels de TVA :

12. Si la requérante soutient qu'elle bénéficie d'un crédit de TVA d'un montant de 16 308 euros, au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 en raison du caractère déductible des dépenses dont elle produit les justificatifs à l'instance, l'administration fait valoir, sans être contestée, que ce crédit a été pris en compte dans les conséquences financières relatives à la TVA. Le moyen doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les pénalités :

13. Aux termes de l'article 1732 du code général des impôts : " La mise en œuvre de la procédure d'évaluation d'office prévue à l'article L. 74 du livre des procédures fiscales entraîne : / a. L'application d'une majoration de 100 % aux droits rappelés ou aux créances de nature fiscale qui doivent être restituées à l'Etat (). ".

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 11 que la société Byck consulting n'établit pas l'exagération des impositions mises à sa charge au terme des opérations de contrôle en litige. Dès lors, le moyen tiré de ce que les pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement des dispositions citées au point précédent seraient infondées par voie de conséquence du caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge ne peut qu'être écarté.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme de 3 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en décharge de l'EURL Byck consulting, à concurrence, en droits et pénalités, de 982 euros en ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée et de 654 euros en ce qui concerne l'impôt sur les sociétés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EURL Byck consulting est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Byck consulting et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

La rapporteure,

I. OSTYNLe président,

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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