jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2208859 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | GIOVANDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, Mme D C A, représentée par Me Giovando, demande au juge des référés saisi sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser une provision de 50 000 euros à valoir sur l'indemnisation des dommages qu'elle estime avoir subis à raison d'une infection nosocomiale contractée à l'hôpital Necker.
Par des mémoires, enregistrés le 10 juin 2022 et le 13 octobre 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'AP-HP à lui verser une provision de 30 000 euros ;
2°) de condamner l'AP-HP à lui verser une somme de 1 162 euros au titre de l'indemnisation forfaitaire de gestion prévue par l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée pour faute à raison d'une infection nosocomiale et d'un défaut d'information préalable ainsi que l'a reconnu l'AP-HP en accordant à Mme C A une provision de 40 000 euros ;
- son préjudice s'élève à la somme der 58 580,57 euros correspondant aux prestations versées directement imputables aux faits en cause et elle a droit à ce titre à une provision à hauteur de 30 000 euros.
Une demande de maintien de ses conclusions a été adressée à Mme C A en application des dispositions de l'article L. 612-5-1 du code de justice administrative.
Par un acte, enregistré le 12 octobre 2023, Mme C A déclare se désister purement et simplement de sa requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delesalle pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, née le 1er avril 1998 au Portugal, est atteinte depuis sa naissance d'une myéloméningocèle, une malformation de la partie basse de la moelle épinière et des méninges ainsi qu'une hydrocéphalie, dont elle a été opérée deux jours puis onze jours après sa naissance. Elle a été suivie à compter de 2013 à l'hôpital Trousseau, à Paris, et son état de santé a nécessité plusieurs opérations réalisées à l'hôpital Necker de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Le 3 février 2017, Mme C A a subi une opération consistant en une libération de la moelle attachée multi-opérée. Pendant la nuit, une fuite du liquide céphalo rétrospinale à la partie supérieure de la cicatrice est apparue et la désunion de la cicatrice a été traitée dans le lit de la patiente. Mme C A a présenté les jours suivants des complications et a de nouveau été opérée les 11 et 14 février 2017. Les analyses ont mis en évidence une méningite et une ostéite à Escherichia coli. Une nouvelle dérivation ventriculo-péritonéale a été mise en place le 2 mars 2017 et la requérante a regagné son domicile le 10 mars 2017, fortement diminuée. A compter de l'intervention du 3 février 2017, son état de santé s'est nettement dégradé et elle a été hospitalisée en neurochirurgie du 30 juin au 2 juillet 2017 à l'hôpital Necker pour douleurs majorées et aggravation de la gêne fonctionnelle. Elle a présenté en août 2017 une nouvelle désunion de la cicatrice et a été hospitalisée par la suite en rééducation au sein de l'hôpital Rothschild. Le 18 janvier 2018, elle a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux qui a ordonné une expertise médicale qui a donné lieu à un rapport rédigé le 20 avril 2018. N'ayant pas accepté la proposition d'indemnisation de l'AP-HP, Mme C A a saisi le juge des référés du tribunal qui, par une ordonnance n° 2003329 du 27 juillet 2020, a désigné le Dr B, neurochirurgien pour réaliser une expertise médicale et a fixé sa mission. L'expert a déposé son rapport le 18 novembre 2020 et a conclu que le geste de suture pratiqué à la suite de l'intervention du 3 février 2017 lors de la désunion de la cicatrice avec fuite de liquide n'a été ni conforme aux règles de l'art, ni entouré de précautions adaptées et que le caractère inadapté, précaire, non conforme de ce geste a été à l'origine de l'infection survenue et des conséquences de celle-ci. Mme C A a adressé à l'AP-HP une demande indemnitaire préalable le 6 janvier 2022, laquelle a été implicitement rejetée. Mme D C A, qui a présenté par ailleurs une requête indemnitaire au fond, a demandé au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de provision à valoir sur l'indemnisation des dommages qu'elle estime avoir subis à l'occasion de sa prise en charge médicale à l'hôpital Necker.
Sur la cadre juridique :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état. Dans l'hypothèse où l'évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d'une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui parait revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Aux termes du premier paragraphe de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".
Sur présentée par Mme C :
4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 16 février 2023 adressé à Mme C A, l'AP-HP a reconnu sa responsabilité à raison d'une faute commise à la suite de l'intervention du 3 février 2017, et a proposé à l'intéressée, qui a accepté, le versement d'une somme de 40 000 euros à titre de provision, laquelle lui a été versée le 6 avril 2023.
5. Par un acte enregistré le 12 octobre 2023, Mme C A a déclaré se désister de sa requête. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur présentée par la caisse d'assurance maladie (CPAM) de l'Oise :
6. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que si la réalisation de la libération de moelle attachée multi opérée pratiquée le 3 février 2017 a été conforme aux règles de l'art, en revanche, le geste de suture de la cicatrice pratiqué en postopératoire immédiat dans la nuit du 3 au 4 février 2017 n'a été ni conforme aux règles de l'art, ni entouré de précautions adaptées. L'expert a conclu que " la reprise aurait dû être réalisée dans un bloc opératoire, et dans des conditions d'asepsie rigoureuses " et que le " caractère inadapté, précaire, non conforme de ce geste a été à l'origine de l'infection survenue et des conséquences de celles-ci ". Par conséquent, l'obligation dont se prévaut la CPAM de l'Oise, en tant que subrogée, présente un caractère non sérieusement contestable dans son principe, ce que ne conteste pas au demeurant l'AP-HP qui n'a pas produit et a par ailleurs admis sa responsabilité ainsi qu'il a été dit au point 4.
7. Pour établir le montant des débours auxquels elle a été exposée à la suite de l'infection nosocomiale dont a souffert Mme C A, dont la date de consolidation de l'état de santé a été fixée au 5 avril 2018 par l'expert, la CPAM de l'Oise produit une attestation d'imputabilité et une notification définitive de débours d'un montant de 58 580,57 euros correspondant aux frais hospitaliers pris en charge du 12 février au 10 mars 2017, dates auxquelles l'assurée a été prise en charge à la suite de la contraction de l'infection nosocomiale relevée par l'expert. Par suite, il y a lieu de condamner l'AP-HP à lui verser une provision d'un montant non sérieusement contestable de 30 000 euros ainsi qu'elle le demande.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 376-1 du code de sécurité sociale : " () / En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. (). A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget (). / () ".
9. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 7, la CPAM de l'Oise est fondée à demander à ce que soit mise à la charge de l'AP-HP l'indemnité forfaitaire prévue par les dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, dont le montant maximal a été fixé par l'arrêté interministériel du 18 décembre 2023 à 1 191 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'instance de Mme C A.
Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise une provision de 30 000 euros.
Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise une somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Oise et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.
Fait à Paris, le 11 avril 2024.
Le juge des référés,
H. Delesalle
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de sa santé et des solidarités, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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