lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209095 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ANDRÉ HOIN & PARTENAIRES (SELAS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril 2022, 29 décembre 2023 et 19 janvier 2024, la société Pam Prod, représentée par Me Hoin, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer le rétablissement de son crédit de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 67 291 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
- la procédure est irrégulière dès lors que la vérification de comptabilité dont elle a fait l'objet n'a pas été précédée d'un avis de vérification qui lui rappelle sa faculté d'être assistée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ; le courrier du 2 août 2018 laissait entendre que seule l'existence de déclarations de taxe sur la valeur ajoutée allait être vérifiée ;
- elle a été privée d'un débat oral et contradictoire ; le contrôle a eu lieu dans les locaux de son expert-comptable alors qu'elle n'en a jamais fait la demande ; il n'y a eu que deux interventions sur place qui ont duré une quinzaine de minutes ; la gérante n'a jamais rencontré le vérificateur, ce dernier ne pouvait lui imposer de signer un mandat pour se faire représenter par son comptable et ce dernier est postérieur à la première intervention ;
- la procédure est irrégulière dès lors que l'administration fiscale n'a pas répondu à ses observations, lesquelles ont été envoyées dans le délai, après prorogation, de soixante jours prévu par l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, en méconnaissance de l'alinéa 5 de cet article ;
En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition en litige :
- la somme de 34 799 euros portée sur le compte de passif " TVA collectée à régulariser " au titre de l'année 2017 ne pouvait constituer un rappel de taxe en droit mais devait représenter un rappel de passif fictif.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 octobre 2022, 3 janvier et 31 janvier 2024, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société Pam Prod n'est fondé.
Par ordonnance du 5 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barruel,
- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Pam Prod, qui exerce une activité de production d'arts du spectacle vivant, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017. L'administration lui a notifié, par proposition de rectification du 26 septembre 2018, des rectifications de taxe sur la valeur ajoutée, selon la procédure de rectification contradictoire prévue par l'article L. 55 du livre des procédures fiscales, au titre de l'année 2017, conduisant à une réduction du crédit de taxe sur la valeur ajoutée dont elle titulaire. Par la présente requête, la société Pam Prod doit être regardée comme demandant la restitution de son crédit de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 67 291 euros.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11, ce délai est prorogé de trente jours. () Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". L'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application du dernier alinéa de cet article s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci. Par ailleurs, l'administration n'est tenue de motiver sa réponse aux observations du contribuable que sur les éléments relatifs au bien-fondé des impositions qui lui ont été notifiées.
3. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a notifié à la société Pam Prod une proposition de rectification datée du 26 septembre 2018. Si elle produit la copie du feuillet de l'avis de réception de ce courrier qui mentionne que ce dernier a été distribué le 27 septembre 2018, la société Pam Prod produit la copie du site de suivi des courriers de La Poste qui indique, pour ce même recommandé, qu'il a seulement été présenté à cette date, qu'un avis de passage a été déposé et qu'il a été effectivement distribué le 11 octobre suivant. Ces informations sont corroborées par les mentions qui ont été portées sur le dos de l'enveloppe, contenant ce courrier, sur laquelle a été cochée la case " Pas de procuration ", ce qui révèle que le pli n'a pas pu être remis lors de la première présentation du facteur chez le destinataire. Dans ces conditions, l'administration n'apporte pas la preuve que la proposition de rectification a été notifiée à la société requérante avant le 11 octobre 2018. Cette dernière ayant sollicité par courrier du 23 octobre la prolongation du délai, prévu par les dispositions précitées, de trente jours pour produire ses observations, elle avait jusqu'au 11 décembre 2018 pour ce faire. Par suite, les observations qu'elle a adressées à l'administration fiscale le 11 décembre 2018, jour de l'expiration de ce délai, n'étaient pas tardives. Par conséquent, l'administration n'y ayant pas répondu, alors que la société Pam Prod y contestait le bien-fondé des rappels en litige, elle a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales et entaché la procédure d'imposition d'irrégularité.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Pam Prod est fondée à demander la restitution d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 67 291 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Pam Prod et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est restitué à la société Pam Prod un crédit de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 67 291 euros au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2017.
Article 2 : L'Etat versera à la société Pam Prod une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Pam Prod est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Pam Prod et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Barruel, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
L. BARRUELLa présidente,
M-O. LE ROUX
La greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026