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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209262

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209262

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209262
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET ACCANTO AVOCATS (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril 2022 et 6 novembre 2022, Mme D B, représentée par Me Montpellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 février 2022 par laquelle le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a fixé la date de consolidation de ses blessures sans séquelles au 29 juillet 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de réexaminer la date de consolidation et les séquelles indemnisables ;

3°) d'ordonner que les séquelles fixées au taux de 5 % par deux médecins soient considérées comme imputables à l'accident de service ;

4°) à défaut, d'ordonner avant dire droit une expertise qui sera confiée à un médecin rhumatologue expert en traumatologie afin de déterminer si son état est consolidé et dans l'affirmative à quelle date, et son taux d'incapacité permanente, en mettant les frais d'expertise à la charge de l'administration ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761­1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ; elle n'a pas bénéficié, avant la réunion de la commission de réforme, d'un délai suffisant pour trouver un médecin susceptible de l'assister ;

- elle est entachée d'inexactitude matérielle en ce qui concerne l'existence d'un état antérieur et l'absence de séquelles ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle n'a pas adressé de certificat final de consolidation à son employeur ; en l'absence d'état antérieur tous les arrêts de travail sont en lien avec l'accident de service de sorte que la date de consolidation ne pouvait pas être fixée au 29 juillet 2020 ; à titre subsidiaire, un accident de service peut révéler une pathologie antérieure et l'aggraver.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, présidente-rapporteure ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Mme A pour le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, adjointe administrative au ministère de l'éducation nationale et de l'enseignement supérieur, a été victime, le 24 septembre 2019, d'un accident de trajet provoquant une gonalgie chronique bilatérale. Par une décision du 12 février 2021, le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a fixé la date de consolidation de sa blessure au 29 juillet 2020. A la suite du recours administratif de Mme B, une contre­expertise a été diligentée le 24 novembre 2021 puis la commission de réforme ministérielle a été consultée le 8 février 2022. Le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a ensuite maintenu la date de consolidation sans séquelles au 29 juillet 2020 par une décision du 18 février 2022. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article 19 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. / La commission de réforme, si elle le juge utile, peut faire comparaître le fonctionnaire intéressé. Celui-ci peut se faire accompagner d'une personne de son choix ou demander qu'une personne de son choix soit entendue par la commission de réforme. / L'avis formulé en application du premier alinéa de l'article L. 31 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit être accompagné de ses motifs. / Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : / - de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; / - de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été informée par lettres de convocation des 13 décembre 2021 et 14 janvier 2022 de la possibilité de faire entendre le médecin de son choix et qu'elle a bénéficié, à sa demande, d'un délai supplémentaire d'un mois afin de lui permettre de trouver un médecin à cet effet. Si elle fait valoir qu'elle n'a pu en trouver dans ce délai, qui est suffisant, son conseil a transmis ses observations écrites à la commission de réforme par un courrier 3 février 2022 et la requérante, présente à la commission de réforme du 8 février 2022, a pu être entendue par celle-ci. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la date de consolidation :

4. Il ressort des pièces du dossier que le rapport d'expertise du 29 juillet 2020 a constaté que le repos n'était plus justifié médicalement comme stratégie thérapeutique de sorte que les arrêts de travail, prolongés jusqu'au 20 juillet 2021, qui ne sont pas justifiés par des soins ayant pour objet de remédier aux séquelles de l'accident de service, ne permettent pas de remettre en cause la date de consolidation fixée au 29 juillet 2020. En outre, il en ressort également que le traitement par cortisone, visco-supplémentation, mésothérapie et kinésithérapie effectué après le 29 juillet 2020 a été prescrit pour le traitement de la gonarthrose (chondropathie de grade II) diagnostiquée par arthroscanner le 12 août 2020. Si Mme B soutient que cette pathologie a été provoquée par l'accident de service, en l'absence d'état antérieur, il ressort du rapport d'expertise médico-légale du docteur C dont elle se prévaut, d'une part, qu'une IRM du genou gauche du 10 janvier 2020 a notamment mis en évidence une " surcharge lipomateuse majeure ", celle-ci pouvant être mise en lien avec le surpoids important de la requérante et avoir eu un rôle dans l'apparition et l'évolution de la pathologie, et que la requérante a fait, selon ses dires, une nouvelle chute sur les deux genoux fin juin ou début juillet 2020. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et sans qu'il y ait lieu de faire procéder avant-dire droit à une expertise, l'existence de pathologies au niveau du genou gauche faisant toujours l'objet de traitements après le 29 juillet 2020, en particulier la gonarthrose, ne peut être regardée comme présentant un lien direct et certain mais non nécessairement exclusif avec l'accident de service du 24 septembre 2019. Dès lors, la date de consolidation a pu être fixée au 29 juillet 2020 sans entacher la décision attaquée d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.

S'agissant de l'incapacité résultant de l'accident de service :

5. Il ressort des pièces du dossier que le premier rapport d'expertise du 28 juillet 2020 avait retenu un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) de 5 % imputable à l'accident de trajet et que ces conclusions sont confirmées par le rapport du 15 avril 2022 qui relève " une douleur au niveau de la face antéro-interne du genou gauche correspondant à des atteintes musculo-tendineuses du genou " et précise qu'il s'agit de séquelles du traumatisme de 2019. Dès lors, en refusant de reconnaître l'existence de ces séquelles de l'accident de trajet, le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation a commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle ne retient pas de séquelles au taux de 5 % imputables à l'accident de trajet.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse prenne une nouvelle décision fixant le taux d'incapacité permanente imputable à l'accident de trajet à 5 %.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation du 18 février 2022 est annulée en tant qu'elle n'a pas reconnu un taux d'incapacité permanente de 5 % imputable à l'accident de trajet du 24 septembre 2019.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de fixer le taux d'incapacité permanente imputable à l'accident de trajet du 24 septembre 2019 à 5 %.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

Mme Massiou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La présidente-rapporteure,

S. AUBERT

L'assesseur le plus ancien

S. JULINET

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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