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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209320

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209320

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209320
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET KATO & LEFEBVRE (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, Mme E B et M. C D, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de leur fils A, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser la somme de 421 822 euros, en qualité de représentants légaux de leur fils A, en réparation des préjudices subis par ce dernier et à leur verser conjointement la somme de 188 088,90 euros et à verser 319 201,75 euros à Mme B au titre de leur préjudices propres, toutes sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2017 ;

2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert afin d'évaluer les préjudices subis par la victime directe et leurs préjudices propres ;

3°) de condamner l'AP-HP aux entiers dépens de l'instance ;

4°) de déclarer le jugement commun aux organismes de sécurité sociale et aux administrations chargées de la gestion des prestations sociales ;

5°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'AP-HP a commis une faute de nature à engager sa responsabilité eu égard aux conditions de réalisation de l'anesthésie du 12 novembre 2014 ;

- ils sont fondés à obtenir les sommes de 7 746 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, de 900 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, de 258 613 euros au titre de l'assistance par tierce personne antérieure à la date de consolidation, de 11 550 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, de 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément, de 140 013 euros au titre de l'assistance par tierce personne postérieure à la date de consolidation, de 38 088,90 euros au titre des frais divers supportés par les parents de la victime et de 150 000 euros au titre de leur préjudice d'affection ; Mme B est également fondée à obtenir une somme de 319 201,75 euros au titre de son préjudice économique.

Par deux mémoires, enregistrés le 11 juin 2023 et le 30 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, représentée par la SELARL Kato et Lefebvre associés, venant aux droits de la CPAM de l'Essonne, demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui verser la somme de 51 956,07 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage subi par M. A D, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2023 ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par le code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle est fondée à demander le remboursement par l'AP-HP des sommes de 51 365 euros et 591,07 euros qu'elle a exposées respectivement au titre des dépenses de santé actuelles et futures de la victime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut à ce que les conclusions des requérants soient ramenées à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que les demandes présentées au titre des frais d'optique et d'ophtalmologie, de l'assistance par tierce personne, du préjudice économique et de l'incidence professionnelle doivent être rejetées et le surplus ramené à de plus justes proportions.

La clôture de l'instruction est intervenue le 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rezard, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 17 octobre 2014, a été transféré le 20 octobre 2014 à l'hôpital Necker-Enfants malades, établissement relevant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), en raison d'une suspicion de maladie de Hirschsprung. Il y a subi une intervention le 12 novembre 2014, à la suite de laquelle ont été détectées des lésions cérébrales. Par un courrier du 12 janvier 2017, Mme B et M. D, ses parents, ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) d'Île-de-France, qui a confié la réalisation d'une expertise aux professeurs Bernard et Lardy. Sur la base de leur rapport, remis le 16 octobre 2017, la commission a émis le 7 décembre 2017 l'avis suivant lequel l'AP-HP avait commis une faute de nature à engager sa responsabilité et était invitée à accorder une provision à la victime. Par trois accords transactionnels des 13 juillet 2019, 23 juillet 2019 et 8 mars 2021, l'AP-HP a accordé, à titre provisionnel, des sommes totales de 10 482,27 euros pour la victime principale et de 7 359 euros pour ses parents. Une seconde expertise destinée à évaluer les préjudices a ensuite été confiée aux professeurs Bernard et Casteneau qui ont remis leur rapport le 7 juillet 2021. Sur cette base, par un avis du 18 novembre 2021, la CCI d'Île-de-France a invité l'AP-HP à réparer l'entièreté du dommage. L'AP-HP a adressé une offre d'indemnisation le 30 mars 2022, qui a été rejetée. Mme B et M. D demandent sa condamnation à leur verser 421 822 euros, en leur qualité de représentants légaux de leur fils, 188 088,90 euros au titre de leurs préjudice propres ainsi que 319 201,75 euros supplémentaires au titre des préjudices propres spécifiques à Mme B. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris, venant aux droits de la CPAM de l'Essonne, demande la condamnation de l'AP-HP à lui verser la somme de 51 956,07 euros, en remboursement des prestations qu'elle a versées en lien avec le dommage.

Sur la responsabilité :

2. En vertu du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, les établissements de santé " dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

3. Il résulte de l'instruction que le patient, a fait l'objet, au cours de l'intervention du 12 novembre 2014, d'une hypotension prolongée, à l'origine de ses lésions cérébrales, qui résulte du fait que l'anesthésiste n'a pas mis en place de mesures correctives comme il aurait dû le faire en constatant l'absence de réponse hémodynamique. Il résulte du rapport d'expertise que ce manquement est la cause directe et exclusive du dommage. Par suite, les requérants sont fondés à rechercher l'engagement de la responsabilité de l'AP-HP et à obtenir de sa part l'indemnisation intégrale des préjudices de la victime principale et de leurs préjudices propres pourvu qu'ils se rapportent au dommage causé par cette faute et non à la maladie ayant justifié l'intervention.

Sur l'évaluation des préjudices :

4. Il résulte de l'instruction que la consolidation de l'état de santé de la victime, née le 20 octobre 2014, est intervenue le 1er avril 2021, alors qu'elle était âgée de six ans.

En ce qui concerne la victime principale :

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la CPAM de Paris a exposé des dépenses de santé pour le compte de la victime en lien avec les suites de l'intervention du 12 novembre 2014, à hauteur de 51 365 euros, correspondant à des frais hospitaliers exposés entre le 15 et le 30 novembre 2014, à des frais médicaux pris en charge entre le 5 janvier 2015 et le 1er février 2021 et à des frais de transport du 11 juin 2017 au 23 juin 2020. Par suite, la CPAM de Paris est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui rembourser cette somme de 51 365 euros.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que les parents de la victime ont exposé pour son compte des dépenses de santé d'un montant total de 1731,90 euros correspondant au reste à charge de séances avec une psychomotricienne, à hauteur de 987 euros, et de renouvellement de paires de lunettes, à hauteur de 744,90 euros, pour une période distincte de celle pour laquelle ils ont déjà obtenu le versement par l'AP-HP d'une indemnité par accord transactionnel du 8 mars 2021. S'il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le dommage subi par la victime justifie la réalisation de séances de psychomotricité, il n'en résulte en revanche pas que les troubles de la vision de la victime présenteraient un lien direct et certain avec la faute commise par l'AP-HP. Par suite, les requérants sont seulement fondés à demander le remboursement par l'AP-HP de la somme de 987 euros.

Quant aux frais divers :

7. S'il est constant que Mme B a dû quitter son activité professionnelle à compter du 12 août 2015, faute de solution de garde envisageable en raison des troubles du comportement de son fils, afin de rester auprès de lui et de l'accompagner à ses consultations médicales, d'abord toute la journée puis, à compter de l'entrée de l'enfant en première classe de cours élémentaire (CE1), en dehors de ses heures d'école, il ne résulte pas de l'instruction que cette circonstance présente un lien de causalité direct et certain avec la faute commise par l'AP-HP. Dès lors, la demande des requérants pour ce poste de préjudice doit être rejetée.

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que la victime a subi un déficit fonctionnel en lien direct avec le dommage, déduction faite des périodes de déficit fonctionnel qu'elle aurait tout de même présenté si le dommage ne s'était pas réalisé, à hauteur de 90 % entre le 15 et le 31 novembre 2014, à hauteur de 50 % entre le 1er décembre 2014 et le 30 avril 2015, à hauteur de 30 % entre le 1er mai 2015 et le 31 mars 2016, à hauteur de 15 % entre le 1er avril 2016 et le 30 août 2017 et à hauteur de 10 % entre le 1er septembre 2017 et le 31 mars 2021. Par suite, en retenant une indemnité journalière de 20 euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en le fixant à 8 000 euros. Il résulte de l'instruction que, par accord transactionnel du 23 juillet 2019, les requérants ont déjà perçu, au titre de ce poste de préjudice, une somme de 4 071 euros. Dans ces conditions, il convient de condamner l'AP-HP à leur verser uniquement la différence entre ces deux sommes, c'est-à-dire une somme de 3 929 euros.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

9. Il résulte du second rapport d'expertise que le port de lunettes par la victime est la conséquence de troubles visuels en lien avec le dommage qu'elle a subi. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, ces troubles ne présentent pas de lien de causalité avec la faute commise par l'AP-HP. Par suite, la demande présentée au titre de ce poste de préjudice doit être rejetée.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant aux dépenses de santé futures :

10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de son médecin conseil, que la CPAM de Paris a exposé des dépenses de santé pour le compte de la victime en lien avec les suites de l'intervention du 12 novembre 2014 postérieurement à la date de consolidation du dommage, fixée au 1er avril 2021, à hauteur de 591,07 euros, correspondant à des frais médicaux supportés entre le 31 janvier 2022 et le 27 février 2023 et à des frais de transport exposés entre le 6 octobre 2022 et le 27 février 2023. Par suite, la CPAM de Paris est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui rembourser cette somme de 591,07 euros.

11. En second lieu, il résulte du second rapport d'expertise que les dépenses de santé requises par la victime en lien avec le dommage qu'elle a subi et qui sont de nature à rester à sa charge tiennent uniquement à la réalisation de séances de psychomotricité et à des frais de déplacement, les troubles de la vision n'étant en revanche pas imputables au manquement commis par l'AP-HP. Il résulte de l'instruction que les frais de transport en cause se rapportent à un trajet de quarante kilomètres effectué chaque semaine par la victime et sa mère pour la réalisation de séances d'orthophonie, conformément aux prescriptions formulées notamment dans des certificats médicaux des 13 octobre 2017 et 24 octobre 2019. Les frais correspondant à ces frais de transport, en prenant en compte le barème kilométrique employé notamment par l'administration fiscale, peuvent être évalués à 1 100 euros par an. Il résulte par ailleurs des factures produites que les requérants ont exposé, pour le compte de la victime, une dépense annuelle moyenne de 1 000 euros au titre des séances de psychomotricité depuis la date de consolidation. Il y a lieu, dans ces conditions, de condamner l'AP-HP à verser aux requérants, d'une part, un capital de 6 300 euros au titre de la période comprise entre le 1er avril 2021, date de consolidation de dommage, et le 1er avril 2024, et, d'autre part, à compter de cette date, une rente annuelle de 2 100 euros versée en début d'année glissante mais dont le montant sera ensuite revu à la hausse ou à la baisse en fin d'année, au vu des factures ou devis produits par la victime concernant le montant du reste à charge des séances de psychomotricité et la fréquence des séances d'orthophonie.

Quant à l'assistance par tierce personne :

12. Pour les mêmes motifs que ceux figurant au point 7, les requérants ne justifient pas qu'il existe un besoin en assistance par tierce-personne de la victime qui présenterait un lien de causalité direct et certain avec le fait générateur du dommage. Par suite, leur demande au titre de ce poste de préjudice ne peut qu'être rejetée.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

13. Il résulte de l'instruction que la victime présente, du fait du dommage, un déficit fonctionnel permanent évalué par les experts à 5 %, tenant à des difficultés d'intégration scolaire et à des troubles relationnels et de l'humeur. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, en tenant compte de ce taux, de l'âge de la victime à la date de la consolidation du dommage et des perspectives d'amélioration de son état, en l'évaluant à 10 000 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

14. Si les requérants soutiennent que la victime a subi un préjudice d'agrément, celle-ci n'a pu, eu égard à la date de survenue du dommage, alors qu'elle était âgée de moins d'un mois, exclure ou limiter la réalisation d'activités sportives ou de loisirs auxquelles elle s'adonnait antérieurement. Si les conséquences du dommage pourraient conduire à limiter sa faculté de découvrir certaines activités, actuellement ou à l'avenir, le préjudice se rapportant à une telle limitation est déjà intégré dans la réparation accordée au titre du déficit fonctionnel permanent. Par suite, la demande des requérants au titre du préjudice d'agrément doit être rejetée.

En ce qui concerne les préjudices propres des parents de la victime :

15. S'il est constant que Mme B a dû quitter son emploi pour s'occuper de son enfant du fait des difficultés à le faire garder et de l'impossibilité d'assurer sa prise en charge de front avec son activité professionnelle, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 et 12 que les pertes de revenus qu'elle a subies en conséquence ne présentent pas un lien de causalité direct avec la faute commise par l'AP-HP. Il résulte en revanche de l'instruction que les parents de la victime ont subi, en conséquence de la faute commise par l'AP-HP, des troubles significatifs dans leurs conditions d'existence et un préjudice d'affection, dont il sera fait une juste appréciation en leur accordant une somme globale de 50 000 euros chacun.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B et M. D sont fondés, sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'expertise, à demander la condamnation de l'AP-HP à leur verser une somme de 21 216 euros, en leur qualité de représentants légaux de leur fils A, et leur une somme de 50 000 euros chacun au titre de leurs préjudices propres. Les requérants sont également fondés à demander la condamnation de l'AP-HP à leur verser une rente annuelle de 2 100 euros en début d'année glissante, dont le montant sera ensuite revu à la hausse ou à la baisse en fin d'année, au vu des factures ou devis produits par la victime concernant le montant du reste à charge des séances de psychomotricité et la fréquence des séances d'orthophonie. La CPAM de Paris est enfin fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui rembourser la somme de 51 956,07 euros qu'elle a exposée en lien avec le dommage.

Sur les intérêts :

18. Les requérants et la CPAM de Paris sont fondés à demander à ce que les indemnisations qui leur sont accordées soient assorties des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2017 concernant les premiers, date à laquelle leur dossier de demande d'indemnisation a été déclaré complet par la CCI d'Île-de-France, et à compter du 11 juin 2023 concernant la CPAM de Paris, date à laquelle a été enregistré son premier mémoire. Il y a lieu d'assortir les condamnations prononcées au point précédent des intérêts au taux légal à compter de ces dates.

Sur la déclaration de jugement commun :

19. Aux termes du 8ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, () à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt (). "

20. Les requérants sont fondés à demander à ce que le jugement soit déclaré commun à la CPAM de l'Essonne et à la CPAM de Paris, qui sont parties dans la présente instance. Ils ne sont en revanche pas fondés à demander à ce qu'il en soit de même pour les autres organismes de sécurité sociale et les administrations chargées de la gestion des prestations sociales dès lors qu'ils n'ont pas indiqué que la victime principale aurait été affiliée à une autre caisse de sécurité sociale ou qu'elle aurait perçu de prestations sociales de la part d'une administration.

Sur les frais liés à l'instance :

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

21. Aux termes du 9ème alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () " Pour leur application, l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 fixe respectivement à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.

22. Il y a lieu de condamner l'AP-HP à verser à la CPAM de Paris la somme de 1 191 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion instituée par ces dispositions.

En ce qui concerne les dépens :

23. Aucun dépens n'ayant été exposé dans la présente instance, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'AP-HP une somme de 2 000 euros à verser conjointement à Mme B et à M. D au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a, en revanche, pas lieu de mettre également à la charge de l'AP-HP une somme à verser à la CPAM de Paris au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B et à M. D, en leur qualité de représentants légaux de M. A D, la somme de 21 216 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2017, ainsi qu'une rente annuelle de 2 100 euros versée en début d'année glissante à compter du 1er avril 2024, dont le montant sera ensuite revu à la hausse ou à la baisse en fin d'année, au vu des factures ou devis produits par la victime concernant le montant du reste à charge des séances de psychomotricité et la fréquence des séances d'orthophonie.

Article 2 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à Mme B la somme de 50 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2017.

Article 3 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à M. D la somme de 50 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 janvier 2017.

Article 4 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris la somme de 51 956,07 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 juin 2023.

Article 5 : L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris une indemnité forfaitaire de gestion de 1 191 euros.

Article 6 : Le jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Article 7 : L'Assistance publique - hôpitaux de Paris versera conjointement à Mme B et à M. D une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Les conclusions de la caisse d'assurance maladie de Paris tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, première dénommée pour les requérants, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne et à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

M. Rezard, premier conseiller,

M. Lautard-Mattioli, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le rapporteur,

A. Rezard

La présidente,

K. Weidenfeld

Le greffier,

A. Lemieux

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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