mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2209440 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | SEMEDO MOREIRA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 19 avril, 6 et 29 août 2022, M. B A, représenté par Me Semedo Moreira, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet de police a procédé au retrait de la décision de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle valable du 16 mai 2018 au 15 mai 2022 ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour lui permettant de travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations lors de la réunion de la commission du titre de séjour ;
- il ne peut lui être reproché de ne pas avoir répondu au courrier du 10 novembre 2021 par lequel il était invité à présenter ses observations dès lors qu'il n'a pris que tardivement connaissance de ce courrier envoyé chez sa mère, où il ne vivait plus depuis le 3 septembre 2020 ;
- c'est à tort que cette décision mentionne une période d'incarcération du 19 mars 2019 au 13 mars 2020 dès lors qu'il est sorti de prison le 2 novembre 2019 ;
- sa présence sur le territoire ne constitue pas une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est inséré dans la vie active, en ayant travaillé à la fois pendant et à la suite de sa période d'incarcération, et que ses efforts d'insertion sociale depuis sa sortie de prison sont établis ;
- sa présence auprès de sa famille en France est indispensable ;
- la décision de retrait de son titre de séjour a conduit à son licenciement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lenoir,
- et les observations de Me Semedo Moreira, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 15 février 1993, s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable du 16 mai 2018 au 15 mai 2022 sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de police, par une décision du 16 février 2022, a procédé au retrait de cette carte de séjour. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 432-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. "
4. M. A, qui n'a pas fait l'objet d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ou d'un refus d'admission exceptionnelle au séjour et dont le retrait du titre de séjour n'est pas fondé sur les dispositions de l'article L. 423-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'entre dans aucun des cas prévus par l'article L. 432-13 du même code dans lesquels la commission du titre de séjour est obligatoirement saisie pour avis. Dans ces conditions, la circonstance que celui-ci n'ait pas pu faire valoir ses observations lors des réunions des 13 juillet et 14 septembre 2021 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. En tout état de cause, et alors qu'il ressort du procès-verbal de la réunion du 14 septembre 2021 de la commission du titre de séjour que celle-ci s'était également réunie en juillet de la même année, ainsi que le fait valoir le préfet de police, mais a choisi de prolonger son délibéré, M. A n'établit pas, pour expliquer son absence à la première séance, qu'il lui aurait été dit que la réunion du 13 juillet 2021 était annulée. En outre, en se prévalant de pièces justifiant d'interventions médicales les 10 et 16 septembre 2021, il ne justifie pas avoir été empêché de se présenter à la réunion de la commission du titre de séjour à la date du 14 septembre 2021. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas pu présenter ses observations en réponse au courrier du 10 novembre 2021 du préfet de police l'informant de l'intention de celui-ci de retirer son titre de séjour, dès lors qu'il ne résidait plus chez sa mère, où le courrier lui a été adressé, depuis le 3 septembre 2020, il n'établit ni même n'allègue avoir porté sa nouvelle adresse à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire doit en tout état de cause être écarté.
6. En troisième lieu, M. A soutient sans être contredit n'avoir été incarcéré que du 14 mars au 31 octobre 2019, et non au 13 mars 2020 au centre pénitentiaire Paris La Santé comme indiqué dans la décision attaquée. Il établit en outre avoir exercé les fonctions de livreur à domicile à pied au titre d'un contrat de travail à durée indéterminée signé le 2 novembre 2019. Toutefois, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de l'arrêté dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.
7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été par deux fois, par ordonnance des 12 mars et 16 avril 2015 du tribunal correctionnel de Paris, condamné pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et qu'il a également été condamné, par un arrêt du 13 mars 2019 de la cour d'appel de Paris, pour des faits, commis le 11 mars 2019, de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail de six jours, aggravé par une autre circonstance en récidive, à un emprisonnement de deux ans, avec sursis d'un an. Dans ces conditions, au regard de la nature et du caractère répété et récent de ces faits, et alors même que le requérant soutient sans être contesté n'avoir été incarcéré que jusqu'au 31 octobre 2019 et justifie de son insertion professionnelle avant cette incarcération ainsi que de ses efforts en ce sens depuis cette période, le préfet de police n'a pas fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce en estimant que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
9. M. A soutient qu'il est entré sur le territoire français en 2004, que ses parents résident sur le territoire ainsi que ses deux frères, de nationalité française, et qu'il travaille pour aider financièrement sa mère. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté du 16 février 2022, non contestés par M. A, qu'il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, eu égard à ce qui a été dit au point 8, et en tout état de cause dès lors que la décision attaquée n'a pas pour conséquence l'éloignement de l'intéressé, le préfet de police n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui retirant son titre de séjour a été prise. Il n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En sixième lieu, la circonstance que M. A a perdu son emploi à la suite et du fait de la décision par laquelle le préfet de police a procédé au retrait de la décision de délivrance de la carte de séjour pluriannuelle valable du 16 mai 2018 au 15 mai 2022 est sans incidence sur la légalité de cette décision.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026